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Plomb dans le sirop d'érable : les acériculteurs québécois à pied d'oeuvre

Les explications de Maxime Bertrand

Nombreux sont les acériculteurs québécois qui accélèrent le pas pour réduire la teneur en plomb du sirop d'érable qu'ils produisent. Ils n'ont pas le choix, puisque s'ils ne font pas les ajustements nécessaires avant 2020, le marché américain leur sera interdit.

Un texte de Fannie Bussières-McNicoll

Au Centre des Congrès de Victoriaville, où plus de 400 acériculteurs du Centre du Québec étaient rassemblés, une question était sur bien des lèvres : comment s'assurer de respecter rapidement l'entente californienne sur le plomb?

Cet accord conclu avec la Californie en 2014 prévoit que tous les producteurs acéricoles de la province, grands comme petits, doivent faire passer, d'ici octobre 2020, la teneur en plomb du sirop d'érable à moins de 11 parties par milliard, la norme de concentration qui s'applique généralement à l'eau potable.

Il s'agit d'une norme vingt fois plus sévère que celle du Québec, qui est de 250 parties par milliard.

Martin Pelletier, ingénieur forestier et chef d'équipe au Centre de recherche, de développement et de transfert technologique acéricole, reconnaît qu'il s'agit d'une norme particulièrement sévère, mais il ne la considère pas comme excessive. Il pense en fait que l'industrie doit aller dans cette direction.

Martin Pelletier, ingénieur forestier.Martin Pelletier estime que la norme californienne n'est pas exagérée, et que l'industrie québécoise devrait la suivre. Photo : Radio-Canada / Fannie Bussières-McNicoll

Avec la consommation normale moyenne de sirop d'érable, l'apport en plomb n'est pas des plus significatifs. Mais c'est toujours louable d'essayer de réduire au maximum l'apport de produits nocifs dans l'alimentation.

Martin Pelletier, ingénieur forestier au Centre de recherche, de développement et de transfert technologique acéricole

Assainir l'équipement

Le plomb est déjà présent dans la sève d'érable à l'état naturel. Ce que veut la Californie, c'est éliminer de l'équipement des acériculteurs ce métal lourd nocif pour la santé.

Les équipementiers ont donc été les premiers à terminer leur transition vers des produits entièrement composés d'acier inoxydable, qui ne contient pas de plomb.

Le directeur des ventes en érablières chez H2O Innovation, Mathieu Fortier, explique que plusieurs modifications ont dû être apportées notamment aux concentrateurs de sève d'érable : « Plusieurs de nos équipements contenaient des matières qui pouvaient contenir du plomb. Dans beaucoup de cas, il a fallu apporter des changements, en remplaçant le laiton par l'acier inoxydable. »

Mathieu Fortier, directeur des ventes en érablières chez H2O Innovation, debout devant un appareil.Comme l'explique Mathieu Fortier, les équipementiers ont été les premiers à s'adapter aux nouvelles normes californiennes. Photo : Radio-Canada / Fannie Bussières-McNicoll

Cette entente avec la Californie force évidemment bien des acériculteurs à remplacer leur vieil équipement par des modèles plus récents, que les équipementiers ont ajustés aux nouvelles exigences.

Évaporateurs, concentrateurs, pompes, valves, barils d'entreposage, tout l'attirail des producteurs acéricoles doit être exempt de plomb pour éviter la contamination du précieux sirop. Pour certains, ces changements représentent des dizaines de milliers de dollars.

Le producteur acéricole Nicolas Saint-Pierre, pour qui la production de sirop d'érable est une passion qui s'est passée de génération en génération, juge que cette nouvelle norme est un peu exagérée.

C'est être un peu plus catholique que le pape. Je comprends qu'il faut garder des normes de qualité alimentaire. Mais là, on rajoute une norme qui est à mon avis très élevée.

Nicolas Saint-Pierre, acériculteur

Mais pourquoi toute l'industrie québécoise du sirop d'érable doit-elle se plier aux exigences de la Californie? C'est que d'importants centres de distribution s'y trouvent. La norme californienne doit donc être respectée pour que le sirop d'érable soit distribué chez nos voisins du Sud. Se priver du marché californien, ce serait donc se priver de tout le marché américain, le principal client du Québec, résume David Lapointe, ingénieur forestier au ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation.

David Lapointe, de la Direction régionale du Centre-du-Québec au ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation.Selon David Lapointe, la Californie joue un important rôle de distributeur du sirop d'érable. Photo : Radio-Canada / Fannie Bussières-McNicoll

Se mettre à pied d'oeuvre pour respecter la norme californienne est également une stratégie des plus futées pour une autre raison, selon M. Lapointe.

« Le fait de respecter la norme californienne, c'est un avantage concurrentiel, parce qu'on pense que les Américains sont moins bien préparés que nous. On a fait le pari qu'en informant rapidement les entreprises [sur les changements à faire], on va tous être prêts pour respecter la date butoir en 2020. »

Bref, en acceptant de se conformer à la norme californienne, le Québec s'assure également de conserver sa position dominante sur le marché du sirop d'érable à l'échelle internationale.

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