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L’hélium pourrait-il gonfler l’économie albertaine?

Une nuée de ballons gonflés à l'hélium dans le ciel.
La Ville de Medicine Hat espère faire de l'exploitation de l'hélium, ce gaz utilisé pour gonfler les ballons, une nouvelle source de revenus. Photo: Getty Images / Attila Kisbenedek/AFP

Avec la chute du pétrole et du gaz, l'Alberta cherche à diversifier son économie. Ce nouveau souffle se trouverait-il dans une autre ressource naturelle? La Ville de Medicine Hat, dans le sud-est de la province, croit que sa prochaine ruée vers l'or se situe dans le marché d'un gaz noble, l'hélium.

Un texte de Tiphanie Roquette

« Ça n’aura jamais l’ampleur des sables bitumineux ou du secteur agricole, mais nous croyons que l’hélium pourrait devenir une source de revenus pour le gouvernement albertain », affirme le gestionnaire de la division pétrole et gaz de la Ville de Medicine Hat, Brad Maynes.

La Ville ne se bat pas contre des moulins à vent. La présence du gaz dans le sol du sud-est de l’Alberta et du sud-ouest de la Saskatchewan a été confirmée dans les analyses des forages de puits de gaz et de pétrole des dernières décennies. Son exploitation a cependant été peu envisagée avant ces derniers mois.

100 fois plus cher que le gaz

C’est que le prix de l’hélium est devenu attractif, surtout pour une municipalité comme Medicine Hat qui tirait ses revenus de l’exploitation du gaz naturel. « L’hélium se vend 100 fois plus cher que le gaz naturel. Alors, même s’il y a moins de réserves, ça se vend plus », s’enthousiasme M. Maynes.

La Ville estime que ses réserves se situent entre 1et 2 milliards de pieds cubes d’hélium. En plus de rechercher le gaz dans ses puits de pétrole, la Municipalité a déjà foré deux puits d’hélium, un en Alberta et un en Saskatchewan. Elle espère en forer cinq de plus cette année.

Qu’est-ce que l’hélium et à quoi sert-il?

  • L’hélium est le deuxième des gaz les plus légers des éléments chimiques. S’il est très présent dans l’univers, il se dissipe aussi très facilement dans l’atmosphère. Il peut cependant être emprisonné dans certaines formations rocheuses.
  • Selon le professeur de physique de l’Université de Montréal Normand Mousseau, son utilité réside surtout dans le fait qu'il ne gèle pas.
  • S’il est surtout connu du grand public pour gonfler des ballons et donner aux voix un son bizarre, le plus gros utilisateur d’hélium est le milieu médical. Le gaz sous forme liquide sert à refroidir les composants des scanners d’imagerie par résonnance magnétique. L’hélium est aussi utilisé en soudure et dans la fabrication de la fibre optique.

La Municipalité de Médicine Hat n’est pas la seule attirée par le potentiel de ce gaz. Une entreprise établie en Virginie, Weil Group, a annoncé que, si les réserves d’hélium sont confirmées, elle prévoit de construire une usine de liquéfaction, une sorte de raffinerie d’hélium dans la région.

Medicine Hat sera le centre nerveux de l’hélium au pays.

Jeff Vogt, président de Weil Group

De quoi permettre à Medicine Hat de rêver. Selon Brad Maynes, même si l’exploitation de l’hélium est légèrement différente de celle du gaz naturel, bon nombre des anciens travailleurs du secteur pourraient se reconvertir dans l’hélium.

Il croit également que, en raison des difficultés pour transporter l’hélium, des entreprises utilisant le gaz dans leur production pourraient vouloir se rapprocher de cette nouvelle source, ce qui diversifiera un peu plus l’économie de la municipalité.

Deux travailleurs travaillent sur un forage gazier. Le taux de chômage à Medicine Hat tourne encore autour de 6 %. La principale industrie de la ville était l'exploitation du gaz naturel. Photo : La Presse canadienne

Du bon et du mauvais

Le potentiel est là, croit un consultant en hélium de New York, Phil Kornbluth. Le marché international de l’hélium est petit et compétitif. Plus de la moitié de la production provient des États-Unis, suivis du Qatar et de l’Algérie.

Les réserves américaines sont cependant en diminution, selon M. Kornbluth. Le Canada pourrait s’insérer dans le marché en bénéficiant de sa proximité avec les États-Unis et de sa stabilité politique.

« Si on arrive à prouver qu’il y a une réserve suffisante, il y aura des gens prêts à acheter l’hélium en Amérique du Nord », dit-il.

Un patient est allongé pour passer un examen au scanner par résonnance magnétiqueLe plus gros consommateur d'hélium est le scanner par résonnance magnétique. Le milieu médical utilise ainsi un cinquième de la production d'hélium. Photo : iStock

La croissance est cependant limitée, prévient Phil Kornbluth. Aucune autre nouvelle application de l’hélium n’a récemment été trouvée. Lorsque les prix augmentent fortement, les industries trouvent de nouvelles manières de recycler l’hélium ou de le substituer.

Ce n’est pas un marché illimité.

Phil Kornbluth, consultant en hélium

Le risque est aussi de tomber dans le mouvement cyclique de toute ressource naturelle, ajoute Normand Mousseau. Les forts prix attirent plus de joueurs, la production augmente, et les prix baissent.

Les joueurs albertains doivent donc se positionner rapidement sur le marché, conclut-il.

Deux bâtiments blancs dans un paysage enneigé. Un des bâtiments dit hélium compressé. La Saskatchewan est en avance sur l'Alberta dans l'exploitation de l'hélium. L'usine Weil, près de Mankota, a ainsi ouvert ses portes en avril 2016. Photo : Radio-Canada / Mike Zartler

La menace saskatchewanaise

La plus grande compétition pourrait d’ailleurs venir de leur plus proche voisine, la Saskatchewan. La province a un cadre réglementaire propre à l’hélium. En Alberta, l’exploitation du gaz suit la même réglementation que celle du pétrole et du gaz naturel. Les redevances y sont beaucoup plus élevées.

Medicine Hat espère cependant convaincre le gouvernement provincial de changer la réglementation.

Alberta

Ressources naturelles