•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
chronique

Bientôt, vous ne verrez peut-être plus cet article sur Facebook

Mark Zuckerberg s'était engagé à collaborer avec les commissions du Congrès enquêtant sur les soupçons d'ingérence russe lors de la campagne électorale américaine de 2016.
Mark Zuckerberg s'était engagé à collaborer avec les commissions du Congrès enquêtant sur les soupçons d'ingérence russe lors de la campagne électorale américaine de 2016. Photo: dpa via AP / Kay Nietfeld
Jeff Yates

CHRONIQUE - Voilà, c'est fait. Comme on s'en doutait depuis un certain moment, Facebook a annoncé une refonte majeure de son algorithme. Les publications de vos proches seront désormais priorisées dans votre fil d'actualité au détriment de celles des pages, des personnalités publiques et des médias auxquels vous êtes abonnés. Encore une fois, le géant des réseaux sociaux pourrait chambouler nos vies numériques.

« Nous effectuons un changement majeur dans la façon dont Facebook est construit. À ma demande, nos équipes changeront d'objectif. Plutôt que de se concentrer à vous aider à trouver du contenu qui vous plaît, elles chercheront à vous aider à avoir des interactions sociales plus significatives », a annoncé hier, sans tambour ni trompette, le fondateur de Facebook, Mark Zuckerberg, sur sa page.

La nouvelle avait déjà été annoncée en juin 2016. Mais le langage utilisé ici montre que les changements liés à cette nouvelle refonte de l'algorithme seront importants.

Dans son message, M. Zuckerberg reconnaît que les gens passeront probablement moins de temps sur Facebook. Qui dit moins de temps sur Facebook dit moins de revenus pour l'entreprise. C'est une déclaration qui a le potentiel de faire peur aux annonceurs. D'ailleurs, l'action de Facebook a chuté dès l'ouverture des marchés vendredi matin.

En d'autres mots, que Mark Zuckerberg prenne soin d'inclure cet avertissement dans son message, c'est signe que la refonte est considérable.

Quelles conséquences pour les médias?

L'annonce n'a pas tardé à faire bondir les médias d'information. Au cours de la dernière décennie, les salles de nouvelles ont dû adapter leur modèle d'affaires avec l'arrivée de Facebook. Le réseau social a fondamentalement changé la façon dont les informations circulent, transportant l'auditoire d'un modèle de consommation à un modèle participatif. Les médias ont tout fait pour tenter de tirer leur épingle du jeu en adoptant les Instant Articles, en misant sur la vidéo ou les diffusions Facebook Live.

Et puis, au bout du compte, Facebook laisse tomber.

Il faut dire que M. Zuckerberg a probablement senti beaucoup de pression depuis l'élection américaine de 2016. Le réseau social a connu une année difficile, notamment en raison de l'industrie des fausses nouvelles, de la désinformation qui s'est bâtie autour de l'élection, de l'achat de publicités électorales américaines sur Facebook par des Russes et du climat parfois hostile qui y règne. Il s'est même retrouvé devant le Congrès américain dans le cadre de l'enquête sur l'ingérence russe dans le processus électoral.

Pour un site qui a comme but de favoriser le rapprochement entre ses utilisateurs, ce n'est pas très attrayant, avouons-le.

Nous ne savons pas comment cette annonce influencera la portée des médias sur Facebook. Déjà, Google a dépassé Facebook en matière de référencement de clics vers les sites d'information en 2017. Il est très probable que cette tendance se poursuive. Twitter, qui est aux prises avec des problèmes financiers, mais qui est tout de même perçu comme le réseau social à adopter pour rester informé, doit se frotter les mains.

À l'heure actuelle, beaucoup d'internautes s'informent sur Facebook. Changeront-ils d'habitude? Se tourneront-ils vers Twitter? Consommeront-ils des nouvelles de façon plus traditionnelle, en visitant les sites d'information? Nous verrons.

Et les fausses nouvelles?

Reste à voir aussi si cette mesure aura une incidence réelle sur le fléau des fausses nouvelles. J'en doute. Les mèmes, les photos trompeuses, les publications bourrées de mensonges - souvent relayées par de vraies personnes et non par des pages - ne seront pas touchés. Par contre, la mesure risque de porter un coup fatal aux pages de fausses nouvelles qui créaient des canulars dans le but de faire grimper leur nombre d'abonnés et de susciter des réactions, tout comme aux pages de pièges à clics. Mais tout n'est pas positif.

Un des problèmes du modèle de distribution des nouvelles imposé par Facebook est que les amis et la famille remplacent en quelque sorte la salle de nouvelles. Ce sont eux qui décident ce qui est important en créant de l'engagement. Ils dictent aussi en quelque sorte le procédé journalistique en amont, en influençant ce que les médias publient sur la plateforme. « Non, ne publie pas ça, je suis certain que ça ne "pognera" pas », entend-on souvent.

L'annonce risque de renforcer encore plus cette tendance, du moins en ce qui a trait à ce qu'on voit défiler sur notre fil d'actualité. Les articles de médias d'information ne disparaîtront pas de Facebook. Mais ce sont davantage ceux qui ont été relayés par vos amis qui circuleront, et moins ceux que les journalistes ont sélectionnés pour leur pertinence. Ça a de bons côtés, mais pas exclusivement.

S'il y a une chose très positive qui ressort de tout ça, c'est que ça force tout le monde à prendre conscience du quasi-monopole dont bénéficie Facebook. Qu'un seul homme, ou qu'une seule entreprise, puisse apporter autant de changements à notre vie numérique avec une proclamation publiée sur une page Facebook personnelle est absurde. Ça obligera les médias à revoir leur relation - souvent vampirique - avec Facebook. Ça encouragera les utilisateurs à aller voir ailleurs pour s'informer.

Comme preuve de la concentration des pouvoirs du web dans les mains d'un cercle restreint d'entreprises de plus en plus géantes et omniprésentes, on n'aurait pas pu faire mieux.

Réseaux sociaux

Techno