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Des chercheurs de l’Université Laval inquiets des discours haineux

Les pavillons des sciences de l'éducation et Félix-Antoine-Savard sur le campus de l'Université Laval.

Une portion du campus de l'Université Laval

Photo : Radio-Canada / Carl Boivin

Radio-Canada

Des professeurs en sciences sociales de l'Université Laval affirment être la cible de propos haineux dans l'espace public québécois.

Un texte de Charles D'Amboise

Dans une lettre publiée dans Le Devoir jeudi, plus d’une centaine de professeurs condamnent « des violences verbales » à leur égard véhiculées par les chroniqueurs de certains médias et leur auditoire.

Ces propos sont tenus de façon plus récurrente en 2016, affirme le collectif de 103 professeurs dans une lettre envoyée aux ministres de l'Enseignement supérieur, Hélène David, et de la Sécurité publique, Martin Coiteux, ainsi qu'au Conseil de presse du Québec.

« On reproche régulièrement aux chercheurs universitaires de ne pas prendre la parole en public et de se contenter de débattre à huis clos dans leur prétendue tour d’ivoire. La possibilité d’être exposé à de tels propos rend l’engagement public peu attrayant, voire le décourage », peut-on lire dans la lettre.

Le collectif cite en exemple des propos violents adressés par un citoyen à un professeur à la suite d’une récente conférence.

Extrait de propos récemment reçus par un professeur à la suite d’une conférence

« Ces intellos gauche-caviar mériteraient juste qu’on les parachute en Syrie au beau milieu de ces fous d’Allah. Juste pour voir si leur beau discours de complaisance leur sauverait la vie… Ils la trouveraient pas mal moins drôle habillés en jaune orange et se faisant filmer pendant qu’on les décapiterait avec un petit couteau » - Extrait tiré de la lettre

Abdelwahed Mekki-Berrada, professeur en anthropologie Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Abdelwahed Mekki-Berrada, professeur en anthropologie

Photo : Radio-Canada

Ces propos haineux découragent certains professeurs de prendre parole dans l’espace public, selon le regroupement. Ceux qui le font en paient souvent le prix, estime Abdelwahed Mekki-Berrada, l’un des porteurs de la lettre et professeur titulaire au Département d’anthropologie de l'Université Laval.

« Nous sommes responsables de partager le savoir, c’est ce que nous faisons et nous demandons tout simplement de pouvoir le transmettre sans être harcelés ou menacés », affirme M. Mekki-Berrada.

Le regroupement demande aux élus et aux Conseil de presse du Québec de faire preuve de vigilance face au discours haineux.

« Nous proposons un dialogue et des critiques sans haine, ni violences, ni menaces », souligne-t-il.

Réalité québécoise?

La professeure de l’UQAM Maryse Potvin s'est spécialisée dans les questions liées au racisme au cours des 20 dernières années. Elle a reçu des courriels dégradants après avoir commenté la manifestation du groupe La Meute et les affrontements avec les groupes antifascistes le 20 août dernier à Québec.

« Bitch, gauchiste, tu devrais arrêter d’intervenir dans les médias […] Ça m’accusait de tous les torts et que je n’avais pas raison et que c’était de la fausse nouvelle. C’était des insultes. »

Mme Potvin aurait souhaité que les professeurs de l'Université Laval consultent d'autres établissements pour accroître l'impact de leur missive lancée jeudi. « On aurait sans doute été plus nombreux », souligne-t-elle.

Hélène David réagit

La ministre de l'Enseignement supérieur, Hélène David, se dit pour sa part consciente de ce que vivent les professeurs qui sont la cible de propos haineux. Elle estime qu'ils doivent cependant continuer de prendre la parole sur la place publique.

Vous n'aimeriez pas ça vous faire traiter de bitch. Moi non plus, certainement pas. Nous sommes exposés dès que nous prenons position en société.

Hélène David, ministre de l'Enseignement supérieur

« Si on arrête la parole des chercheurs dans notre société, on est en danger de manque de démocratie. Lâchez pas d'être présent dans la société. Il n'y a pas que vous qui avez à subir toutes sortes d'opinions, mais personne ne veut la violence. Personne ne doit accepter la violence ou les propos haineux », soutient Mme David.

Avec la collaboration de Cathy Senay

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