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Méthamphétamine en cristaux à Winnipeg : des intervenants tirent la sonnette d'alarme

Une chambre incendiée

La chambre qui a été mise à feu dans la maison de transition Morberg House

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Des travailleurs de première ligne implorent le Manitoba de sévir contre une crise de méthamphétamine en cristaux qui prend de l'ampleur à Winnipeg, après qu'un sans-abri en épisode de psychose amphétaminique a mis le feu à la maison transitoire qui l'hébergeait.

Vers 0 h 30 dimanche, un homme manifestement sous les effets de la « crystal meth » s’est barricadé dans sa chambre du dernier étage de la Morberg House, une résidence de transition pour les hommes sans-abri chroniques du quartier Saint-Boniface où travaille Chris Mitton.

Ce travailleur en santé mentale relate que l’homme a ensuite déclenché un incendie à l’aide du contenu de son matelas et de cigarettes.

En quelques minutes, deux autres résidents de l’édifice du boulevard Provencher ont défoncé la porte de la chambre à coucher. Ils ont éteint les flammes avec des extincteurs et l’auteur du brasier a été retrouvé sur le toit.

M. Mitton précise que les pompiers et la police se sont précipités sur le lieu du feu, mais que le résident soupçonné d’être en état de psychose méthamphétaminique n’a pas été intercepté, ni arrêté ou accusé d’incendie criminel.

Nous avions quelqu’un qui a déclenché un incendie, un incendie criminel, qui présente un risque à la société et à lui-même – et la police le relâche sans rien faire. C’est incroyablement frustrant.

Chris Mitton, travailleur en santé mentale, Morberg House

En raison de l’état mental de l’homme, la police n’a pas réussi à prendre une déclaration du présumé incendiaire. Elle ne possédait donc pas les motifs raisonnables nécessaires pour arrêter ce dernier, confirme l’agent Rob Carver, porte-parole de la police de Winnipeg.

Le policier ajoute que le service de l’ordre fait son possible pour éviter d’arrêter une personne en détresse médicale et de lui trouver plutôt les soins nécessaires.

Une autre porte de fermée

En fin de compte, Morberg House a dû prendre des dispositions pour que l’homme soit transporté à l’Hôpital Saint-Boniface, où il était surveillé par le personnel de la maison transitoire.

Chris Mitton, qui était l’un des travailleurs qui a accompagné l’homme en question, confirme que celui-ci a avoué ouvertement qu’il avait consommé de la méthamphétamine en cristaux lors de son évaluation psychiatrique.

Le moment où il a admis avoir pris de méthamphétamine en cristaux, [la médecin] a quitté brusquement la salle d’examen.

Chris Mitton, travailleur en santé mentale, Morberg House

Un porte-parole de l’Office régional de la santé de Winnipeg fait savoir à Radio-Canada que bien des personnes se remettent d’une psychose causée par une drogue dans les 24 heures suivant sa consommation. Cependant, certaines crises psychotiques peuvent durer des semaines, voire des mois.

« Si le patient éprouve un épisode psychotique prolongé, le médecin des urgences fera appel au psychiatre de service », informe le porte-parole. « Dans les cas où le psychiatre détermine que la psychose est sévère et que la personne pose un risque à lui-même ou à autrui, alors la personne peut être détenue en vertu de la Loi sur la santé mentale du Manitoba ».

Des conditions non respectées

Durant l’évaluation, l’homme avait en sa possession des comprimés du tranquillisant Xanax, ce qui contrevenait les conditions de sa libération pour une infraction antérieure, dit l’employé de Morberg House, Chris Mitton.

Chris MittonAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le travailleur en santé mentale Chris Mitton se dit frustré par ce qu'il croit être l'inaction de la police de Winnipeg.

Photo : Radio-Canada

La police a été appelée sur les lieux de l’hôpital, mais aucune arrestation n’a eu lieu et la police a demandé au personnel de soutien de Morberg House de reconduire l’homme à sa résidence.

Toutefois, la maison de transition défend l’homme de regagner sa chambre, par souci de la sécurité des autres résidents. Il se retrouve donc dans la rue, et le personnel de Morberg House affirme avoir reçu des messages textes de la personne indiquant qu’il est actuellement suicidaire.

Un changement qui s'impose

La directrice générale de Morberg House, Marion Willis, se dit incrédule que cet homme soit entré en contact deux fois avec la police et une fois avec le système de santé, et que personne ne lui est venu en aide.

C’est le même refrain partout dans la ville. Personne ne veut s’occuper des psychoses reliées à la drogue. Personne. C’est inconcevable.

Marian Willis, directrice générale, Morberg House

Mme Willis voit quotidiennement les ravages de la méthamphétamine, ajoutant que la grande majorité de ses 100 clients en sont dépendants. « Ça les rend paranoïaques, irrationnels et violents », regrette-t-elle.

La solution, selon elle, serait un centre de stabilisation pour toxicomanes, où les patients qui font une crise et qui ont des besoins immédiats peuvent trouver de l’aide.

« Ça doit absolument changer », conclut Mme Willis.

Raido-Canada a communiqué mardi avec le ministre de la Santé du Manitoba, Kelvin Goertzen, mais attend toujours une réponse.

Manitoba

Drogues et stupéfiants