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Chroniques du Wild West politique

Pierre Martineau dans une rue de Vancouver en format illustration.
Dans son blogue, Pierre Martineau revient sur les procès pour corruption des anciens premiers ministres de Colombie-Britannique Glen Clark et Bill Vander Zalm. Photo: Radio-Canada / Alex Lamic/Mylène Briand (image)
Radio-Canada

Quelques mois avant les dernières élections, le New York Times (All the News That's Fit to Print) qualifiait la politique en Colombie-Britannique de « Wild West ». Les règles, ou le manque de règles en matière de financement des partis politiques, amenaient le journal à cette conclusion.

Un blogue de Pierre Martineau

Qu'est-ce que le journal aurait écrit s'il avait fait un reportage sur la politique dans la province dans les années 1990? Deux premiers ministres, un créditiste et un néo-démocrate, sont forcés de démissionner pour des affaires de corruption. Tous les deux vont se retrouver devant les tribunaux, où ils seront acquittés.

Bill Vander Zalm

Tout frais arrivé du Québec à Vancouver, je marchais avec le premier ministre Bill Vander Zalm à la fin d'un événement médiatique à l'Hotel Vancouver. On arrive devant une porte un peu étroite pour laisser passer deux adultes confortablement. Je veux m'effacer pour laisser passer le premier ministre. Il me prend par le bras, me serre un peu contre lui, et on passe la porte, ensemble!

Bill Vander Zalm : un sourire en publicité de dentifrice, un mot passe-partout : fantastic (prononcé faaan-tastic), teinté d'un reste d'accent néerlandais.

Image transformée en illustration de Bill Vander Zalm, ancien premier ministre de la Colombie-BritanniqueBill Vander Zalm, ancien premier ministre de la Colombie-Britannique Photo : Radio-Canada / CBC/Mylène Briand (image)

Fin des années 1980, Bill Vander Zalm a tout de celui qui a réussi : il est millionnaire, il a réussi sa vie de famille, il a fait ses armes en politique municipale et il est le premier ministre de sa province.

Seuls quelques fâcheux vont se souvenir d'une sorte de mesquinerie pour, notamment, les défavorisés.

S'ils sont capables de travailler, qu'ils prennent une pelle; sinon, on va leur en donner une.

Bill Vander Zalm

Si la remarque en a choqué certains, d'autres ont FIÈREMENT? porté une épinglette en forme de pelle.

L'homme vit dans un château. Un château d'opérette avec vue sur un stationnement de Richmond, mais un château quand même. Le château fait partie des Fantasy Gardens, un parc à thème chrétien avec des fleurs, beaucoup de fleurs où, si on est chanceux, on peut se faire prendre en photo (les égoportraits n'existent pas encore) avec le maître des lieux, le premier ministre Bill Vander Zalm.

Le Fantasy Gardens causera sa perte.

Vander Zalm veut s'en défaire et un milliardaire taiwanais, Tan Yu, veut l'acheter. La transaction a lieu...

Sauf que le commissaire aux conflits d'intérêts estime que Bill Vander Zalm a confondu ses intérêts personnels et ceux de la province.

Sauf qu'une mystérieuse enveloppe contenant 20 000 $ en billets de 100 lui a été remise, un soir, dans une chambre d'hôtel.

Sauf que déboule Faye Leung, une femme d'affaires sino-canadienne au verbe haut et aux chapeaux flamboyants. Elle clame avoir servi d'intermédiaire et accuse Bill Vander Zalm de l'avoir escroquée.

Bill Vander Zalm annonce sa démission. L'image est traitée en format illustration.Bill Vander Zalm lors de l'annonce de sa démission comme premier ministre de la Colombie-Britannique, en 1991. Photo : Radio-Canada

Acculé, il ne peut que démissionner. De premier ministre, il se retrouve au tribunal, accusé d'abus de confiance criminel.

[...] Bien que la preuve démontre que vous avez agi de manière irréfléchie, mal avisée et en apparence de conflit d'intérêts [...] cela n'a pas été prouvé hors de tout doute raisonnable. M. Vander Zalm est donc acquitté!

D. H. Campbell, juge, Cour suprême de la Colombie-Britannique

Glen Clark

Mars 1999, coup de tonnerre dans le ciel politique de la Colombie-Britannique. La GRC perquisitionne la demeure du premier ministre, le néo-démocrate Glen Clark. Une équipe de télévision, prévenue par on ne saura jamais qui, est sur place.

Toute la province peut voir le premier ministre, l'air hagard et la cravate défaite, arpenter sa cuisine. Il va démissionner de son poste de premier ministre en août, mais il va rester député jusqu'aux élections de 2001.

Retour en arrière : Glen Clark est un enfant d'East Van où il vit toujours. Adolescent, il fréquente l'école catholique où il joue au football; sa détermination compense l'absence de gabarit. C'est le premier de sa famille à aller à l'université, la SFU puis l'UBC.

Quelques années comme permanent syndical, puis c'est le saut en politique. Il est élu député en 1986, dans l'opposition. Il a 29 ans... la détermination compense pour l'absence de gabarit.

En 1991, il est réélu, et le NPD est porté au pouvoir. Plusieurs ministères, dont celui des Finances, à 32 ans! Mike Harcourt quitte la direction du parti. Glen Clark est élu à sa place.

En 1996, le NPD est reporté au pouvoir avec moins de votes, mais plus de sièges que les libéraux de Gordon Campbell. Glen Clark triomphe. Trois années fertiles en rebondissements jusqu'au coup de tonnerre de mars 1999.

Progressivement, on apprend qu'il aurait favorisé un voisin et ami, Dimitri Pilarinos, dans l'obtention d'un permis de casino. Glen Clark aurait reçu en guise de récompense des rénovations gratuites à sa demeure : le fameux balcon de la chambre à coucher.

Septembre 2001, début du procès de Glen Clark et de Dimitri Pilarinos.

Le procès va durer 136 jours. Sur 136 jours, je vais y être une bonne centaine de jours, assez pour voir la preuve s'effilocher...

Glen Clark s'est isolé de la décision sur le permis de casino. Le permis accordé n'est au fond que la permission de poursuivre les démarches. C'est Glen Clark qui a payé les matériaux de la rénovation et il y a travaillé. Enfin, il aurait dû bien plus insister pour payer Dimitri Pilarinos pour son travail.

Était-ce au centième ou au quatre-vingtième jour? J'allume ma pipe, à la sortie du palais de justice. Quelqu'un s'amène à côté de moi. C'est Glen Clark.

On voit une image de Pierre traitée en illustration, avec des bulles de textes: - Salut, où tu vas dîner? - Dans un petit restaurant russe, pas loin. - Je peux y aller avec toi?Pierre Martineau relate un échange qu'il a eu avec Glen Clark, à la sortie du palais de justice en 2001. Photo : Radio-Canada / Alex Lamic/Mylène Briand (image)

A l'école de journalisme, on vous dirait que, si on couvre un procès, on ne va pas luncher avec l'accusé. Sauf que, dans la vie, si un gars a déjà été jugé (et condamné) par toute la province, pas besoin d'en rajouter.

 Viens-t'en, c'est par là. 

On a dû parler cuisine russe, son épouse est d'une famille originaire d'Europe de l'Est. On n'a pas parlé du procès, mais de politique un peu, un peu aussi de son boulot chez Jim Pattison et d'amis communs. Une conversation de gens qui se connaissent sans être intimes.

C'est peut-être là que je lui ai demandé de me garder la première entrevue exclusive une fois le procès terminé. Parce que l'interminable procès a bien fini par finir et la juge Elizabeth A. Bennett a rendu sa décision le 29 août 2002 en disant essentiellement :  Il existe une frontière entre la bêtise et le crime. Vous ne l'avez pas franchie. Acquitté! 

Glen Clark interrogé par des journalistes à la sortie de son procèsGlen Clark est interrogé par des journalistes à la sortie de son procès, où il a été acquitté des deux accusations de corruption. Photo : Radio-Canada / Mylène Briand (image)

On a eu alors droit à la mêlée de presse la plus folle jamais vue de ma carrière. Des journalistes empilés hurlent les questions. Les caméramans jouent du coude pour mieux se placer. Les shérifs tentent, sans grand succès, d'imposer un semblant d'ordre dans cette corrida.

Quand tout est fini et qu'on rassemble le matériel, mon portable sonne.

Dans son blogue, Pierre Martineau relate un échange qu'il a eu avec Glen Clark. On voit une image de Pierre traitée en illustration, avec des bulles de textes: - Glen Clark, ici, tu la veux toujours ton entrevue exclusive? - Bien sur! - Je suis chez Marcello dans Commercial Drive. - J'arrive.Pierre Martineau relate un échange eu avec Glen Clark. Photo : Radio-Canada / Alex Lamic/Mylène Briand (image)

De quoi a-t-on parlé sur le trottoir, rue Kitchener, interrompus par ceux qui voulaient serrer la main à l'ancien premier ministre? Du procès, pas beaucoup. De politique sûrement, comment faire pour que la politique ne soit plus un sport de combat. Ce qui parlait plus fort était sûrement son bonheur de se réveiller intact d'un cauchemar.

Archives | Glen Clark acquitté, ses réactions : l'entrevue exclusive de Pierre Martineau, le 29 août 2002 au bulletin régional « Ce soir ».

Depuis

Bill Vander Zalm est revenu dans l'actualité, le temps de saboter la taxe de vente harmonisée.

Glen Clark est devenu le bras droit de Jim Pattison, l'homme d'affaires le plus accompli de la Colombie-Britannique.

Colombie-Britannique et Yukon

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