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Macron met la Chine en garde contre les dérives « hégémoniques »

Le président Macron, lors de son discours lundi au palais impérial de Daming, résidence historique de la dynastie Tang, à Xian.

Photo : Getty Images / LUDOVIC MARIN

Radio-Canada

La France et l'Europe devraient collaborer au colossal projet des nouvelles routes de la soie cher au président chinois Xi Jinping, a estimé le président français Emmanuel Macron, qui amorce lundi sa première visite officielle dans l'empire du Milieu.

« Après tout, les routes de la soie n’ont jamais été purement chinoises », a-t-il observé lors d’un discours prononcé devant des chercheurs, des étudiants et des hommes d’affaires réunis à Xian, ancien point de départ oriental de la route de la soie reliant la Chine au Vieux Continent.

« Je suis simplement en train de dire que, de manière consubstantielle, ces routes ne peuvent être qu’en partage », a-t-il précisé dans cette allocution prononcée depuis le palais impérial de Daming, avant d’y aller d’une mise en garde.

Si ce sont des routes, elles ne peuvent être univoques. Elles ne peuvent être les routes d’une nouvelle hégémonie qui viendrait mettre en état de vassalité les pays qu’elles traversent.

Emmanuel Macron

La France a fait l’expérience de l’impérialisme en Afrique, a poursuivi le président français, et cela a parfois mené au pire. « Aujourd’hui, avec ces nouvelles routes de la soie qui sont créées, je crois que le partenariat entre la France et la Chine peut éviter de répéter ces erreurs. »

Le projet des nouvelles routes de la soie vise à renforcer les échanges entre l’Asie, l’Afrique et l’Europe grâce à des investissements dans des routes, des ports, des voies ferrées, des parcs industriels, etc. Il est perçu en Europe comme un outil d’affirmation de l’influence chinoise, et la France était elle-même demeurée prudente face à ce projet expansionniste de la deuxième puissance économique mondiale.

Un projet pharaonique

Lancé en 2013 par le président Xi, le projet des nouvelles routes de la soie – officiellement baptisé « Une ceinture, une route » – doit couvrir jusqu'à 65 pays, grâce à des investissements de centaines de milliards de dollars. M. Xi a lui-même promis en mai une enveloppe de 124 milliards de dollars.

Cette vision du leader chinois se décline en fait en une multitude de projets qui visent tous à accroître l'accès à de nouveaux marchés pour les produits chinois. Ils avancent cependant à vitesse variable, en raison de la nécessaire coopération des pays partenaires concernés.

Parmi les principaux projets envisagés :

  • la construction d'une ligne ferroviaire à grande vitesse reliant la Chine à Singapour, en passant par le Laos, la Thaïlande et la Malaisie;
  • la construction d'une route traversant le Pakistan, jusqu'au port de Gwadar, sur la mer d'Oman;
  • la construction d'une ligne ferroviaire reliant Djibouti, où les Chinois ont déjà construit une base militaire navale, à Addis Abeba, en Éthiopie;
  • la transformation de la ville chinoise de Khorgos, près de la frontière avec le Kazakhstan, en plateforme ferroviaire pour expédier les marchandises chinoises vers l'Asie centrale et la Russie;
  • faire du port grec de Pirée, sous contrôle de l'armateur chinois Cosco, un « pont entre l'Asie et l'Europe ».

Plusieurs de ces projets sont loin d'être achevés. La ligne ferroviaire Chine-Singapour, par exemple, a semé la controverse au Laos, puisque son coût d'environ 5 milliards de dollars équivaut à la moitié du produit intérieur brut du pays.

En Thaïlande, le lancement du même projet a été longuement retardé par une dispute sur son financement; la junte au pouvoir a finalement débloqué 5,2 milliards de dollars en juillet.

Au Pakistan, des insurgés de la province du Baloutchistan, dans le sud-ouest du pays, ont aussi fait exploser des conduites de gaz et des trains, et attaqué des ingénieurs chinois.

Emmanuel Macron et sa femme, Brigitte, en contre-plongée, devant l'armée de terre cuite.

Le président Macron et sa femme Brigitte ont profité de l'occasion pour visiter le mausolée de l'empereur Qinshihuang et sa célèbre armée de terre cuite.

Photo : Reuters / Charles Platiau

« La Chine et la France sont deux grands pays » – Xi Jinping

Le président Macron et sa femme Brigitte se sont ensuite rendus à Pékin, où ils ont été accueillis par le président chinois Xi Jinping et son épouse. M. Xi s’est félicité que son homologue ait choisi la Chine pour son premier voyage en Asie.

La Chine et la France sont deux grands pays avec une histoire glorieuse. Nous partageons le désir d’être deux dirigeants historiquement responsables et choisissons de continuer à promouvoir la relation entre nos deux pays.

Xi Jinping

M. Macron aura des entretiens plus formels mardi. Il doit visiter la Cité interdite, rencontrer le président de l’Assemblée nationale populaire et le premier ministre avant de participer à la signature d’accords et de contrats, puis d’être reçu pour un dîner d’État.

Une cinquantaine d’accords commerciaux et de coopération doivent être confirmés lors de ce voyage, auquel participent une cinquantaine de chefs d’entreprise français.

Les relations entre Paris et Pékin ne sont pas exemptes de points de friction. La France dit avoir enregistré un déficit commercial de 30 milliards d’euros avec la Chine l’an dernier.

MM. Macron et Xi en discussion, en présence de leur épouse respective.

Les présidents Macron et Xi ont eu un premier entretien informel, lundi, à Pékin.

Photo : Getty Images / ANDY WONG

Le président Macron a d’ailleurs profité de son discours à Xian pour appeler de ses vœux des relations fondées sur des « règles équilibrées », tout en reconnaissant une certaine défiance et de « légitimes questions » en Chine, et des « peurs » des Européens.

L'avenir a besoin de la France, de l'Europe et de la Chine. Nous sommes la mémoire du monde. Il nous appartient de décider d'en être l'avenir.

Emmanuel Macron

L’Élysée a par ailleurs assuré que la question des droits de la personne, toujours délicate, sera abordée en privé au cours du voyage, qui se poursuivra jusqu’à mercredi.

Human Rights Watch a demandé au président Macron de réclamer « publiquement » des améliorations sur ce front à M. Xi, notamment au sujet de Liu Xia, veuve du Prix Nobel de la paix Liu Xiabo, mort l’an dernier après huit ans dans les geôles chinoises pour avoir réclamé des réformes démocratiques en Chine.

Mme Liu est en ce moment assignée à résidence sans jamais avoir été officiellement poursuivie.

Avec les informations de Agence France-Presse, Reuters, Associated Press, et Le Figaro

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