•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Crise du verglas : « On a dû tout imaginer, tout improviser », se rappelle Lucien Bouchard

Un contenu vidéo est disponible pour cet article
Lucien Bouchard

L'ex premier ministre du Québec Lucien Bouchard se souvient de la crise du verglas, 20 ans plus tard.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Lorsque le verglas a figé le Québec, dans les premiers jours de l'année 1998, faisant tomber les pylônes comme des châteaux de cartes et privant d'électricité un Québécois sur deux, Lucien Bouchard a découvert qu'il n'existait pas de plan d'urgence pour affronter une telle situation.

« On n’avait pas prévu qu’une chose comme celle-là arriverait. Il n’y avait pas de plan de sécurité qui avait été dressé. C’était une hypothèse absolument invraisemblable, se rappelle l’ex-premier ministre du Québec. On a dû tout imaginer, tout improviser. On a travaillé à l’instinct. »

Toujours ému par le souvenir de la plus importante crise liée à une catastrophe naturelle de l’histoire du Canada, Lucien Bouchard raconte, vingt ans plus tard, qu’il a senti l’obligation, en tant que « chef de famille », de « prendre la tête du combat, un combat incertain, dont les règles n’étaient pas écrites ».

« Il fallait sauver la famille », raconte-t-il. C’était son devoir de rassurer, de réunir et d’inspirer un maximum de confiance, dit-il.

La cellule de crise

Des dizaines de pylônes électriques se sont effondrés lors de la crise du verglas.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des dizaines de pylônes électriques se sont effondrés lors de la crise du verglas.

Photo : Radio-Canada

Annulant une mission économique prévue en Amérique du Sud, Lucien Bouchard a rapidement pris le contrôle complet des opérations à partir de son bureau au centre-ville de Montréal, situé dans la tour d’Hydro-Québec.

Tout de suite, on resserre les rangs. […] Ça se passe autour de mon bureau. Une cellule de crise. Mon bureau : tout se passait là.

Lucien Bouchard, ex-premier ministre du Québec

Devant l’ampleur de la crise – le réseau électrique du sud de la province est hors circuit, la métropole est dans le noir –, le premier ministre « déconnecte » les agences, les comités et le ministère de la Sécurité publique.

« Il ne fallait pas se disperser, estime M. Bouchard. Le ministère [de la Sécurité publique] lui-même n’avait pas de plan à proposer. »

Informer pour rassurer la population

La conférence de presse quotidienne de Lucien Bouchard et d'André Caillé lors de la crise du verglas.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La conférence de presse quotidienne de Lucien Bouchard et d'André Caillé lors de la crise du verglas

Photo : Radio-Canada

Tous les matins, une dizaine de personnes, au départ, puis de 20 à 25 par la suite, se rejoignent au bureau de M. Bouchard et font le point sur la situation.

Rapidement, un constat s’impose : il faut informer la population. Ce sera le début des fameuses conférences de presse du premier ministre et du PDG d’Hydro-Québec de l’époque, André Caillé. Avec son mythique col roulé, ce dernier devient une figure rassurante pour les Québécois qui subissent, dans le froid, les revers de la météo.

Une salle de conférence d’Hydro-Québec devient un studio improvisé pour accueillir les journalistes. M. Bouchard raconte que son équipe n’avait pas le temps de préparer quoi que ce soit, ni communiqués ni lignes de presse.

« On racontait aux Québécois ce qu’on avait fait dans la journée », explique M. Bouchard, qui se souvient avoir invité de façon spontanée des responsables pour les questionner en direct sur leurs démarches, devant l’ensemble de la population.

Il fallait informer les gens, certes, mais pas à tout prix, se remémore M. Bouchard. Lors du fameux « vendredi noir », lors duquel des pylônes s’effondrent en série, il ne restait plus qu’un seul fil pour alimenter Montréal en électricité.

Il restait un fil. Il [était] battu par des vents violents. Le fil [ballottait]. […] Il exerçait sur les tours d’un côté et [de] l’autre du fleuve des pressions telles qu’il menaçait de tomber. Si ça tombait, il n’y avait plus rien. Il n’y avait plus d’eau, il n’y avait plus rien à Montréal. Ça, on ne l’a pas dit le soir même.

Lucien Bouchard, ex-premier ministre du Québec

Opération de sauvetage

L'armée canadienne intervient sur le terrain pour venir en aide aux autorités lors du verglas de 1998.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'armée canadienne intervient sur le terrain pour venir en aide aux autorités lors du verglas de 1998.

Photo : Radio-Canada

Les journées défilent dans la crise, avec des décisions à prendre toutes les minutes, se remémore M. Bouchard.

Le gouvernement achète toutes les génératrices qui se trouvent dans les magasins de la province, mais il doit aussi en acheter aux États-Unis, de même que plus de 80 000 couvertures et des lits pliants.

Puis, il devient clair que les services d’urgence québécois n’y arriveront pas seuls. Il faut faire appel à l’armée canadienne.

« Ce n’est pas un réflexe qu’on a, au Québec, d’inviter l’armée. L’armée est venue en octobre 70, ça n’a pas laissé un très bon souvenir. Et puis Oka, ce n’est pas un bon souvenir non plus. Alors, faire venir l’armée, ça ne nous vient pas tout de suite en se levant », dit-il.

Il faut rappeler qu’à cette époque, le référendum sur la souveraineté du Québec est encore tout proche : il a eu lieu deux ans plus tôt. Faire appel à Ottawa aurait pu être interprété comme un aveu de faiblesse.

On s’est dit : on n’a pas assez de moyens, on n’a pas le choix. J’ai appelé Ottawa. Je n’ai pas hésité. On était bien au-delà de la politique partisane et de tous nos conflits.

Lucien Bouchard, ex-premier ministre du Québec

Lucien Bouchard vante aujourd’hui le travail des Forces armées canadiennes. « J’ai vu ce que c’est que des gens qui sont capables de diriger des opérations militaires », dit-il, reconnaissant l’efficacité des équipes déployées sur le terrain pour aider la population.

Un bilan triste, avec de la lumière

Les suites de la crise du verglas n’ont pas été des plus faciles pour le gouvernement de Lucien Bouchard. Afin de renforcer l'approvisionnement énergétique de Montréal, il a imposé par décret la construction de la ligne Hertel-Des Cantons. Une saga juridique s’ensuivra pendant des années.

« Ce n’est pas beau, la ligne, elle n’est pas belle », reconnaît M. Bouchard.

Malgré tout, l’ex-premier ministre est fier d’avoir vu les Québécois se rallier, le temps d’une crise, autour de sa grande institution Hydro-Québec. Le fournisseur d’énergie de la province est sorti plus fort de cette tempête, estime M. Bouchard.

Vingt ans plus tard, Lucien Bouchard se rappelle aussi avec émotion la solidarité des Québécois, qui se sont entraidés pour passer au travers de cette traumatisante crise de glace.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !