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Quand la Chine rappe

MC Webber fait un salut.
Le rappeur MC Webber, de son vrai nom Wang Bo, à Pékin Photo: Radio-Canada / Anyck Béraud
Anyck Béraud

En Chine, le rap fait son petit bonhomme de chemin depuis les années 1990, bien qu'il reste largement confiné à la scène, aux clubs et à Internet. Il a connu une percée médiatique en 2017 grâce à une téléréalité à succès diffusée sur le web.

L’émission The Rap of China a été vue plus de 2,5 milliards de fois, selon les organisateurs. Il s’agissait d’un concours produit notamment par le chanteur sino-canadien Kris Wu, qui était aussi l’un des juges. C’était bien rodé, très accrocheur et très commenté sur les réseaux sociaux.

Mais c’était aussi trop commercial au goût de rappeurs chinois de la première heure, comme Wang Bo, mieux connu sous le nom de MC Webber. Autrefois DJ, aujourd’hui producteur, le chanteur a d’ailleurs organisé une sorte de concert qui se voulait aux antipodes de The Rap of China, fin décembre.

Wang Bo se fait prendre en photo.Wang Bo, "MC Webber", l'un des pionniers du rap en Chine. Automne 2017. Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Quand nous l’avons croisé à Pékin, quelques semaines avant le concert, il participait à une séance de photos pour la promotion de cet événement avec d’autres pionniers chinois et des chanteurs de la relève. Il s'est rappelé ses débuts.

Il dit qu'il a d’abord été attiré par le break dancing lorsqu'il était très jeune, dans les années 1980. Puis, inspiré par le rap américain, il s’est acheté un micro à 3 $ pour enregistrer chez lui ses compositions. « Plus de 1000 enregistrements », souligne-t-il.

Sa musique a rejoint peu à peu les jeunes Chinois, dès les années 1990, notamment grâce au bouche à oreille.

Dans la ruelle, derrière le studio de photographie, Wang Bo improvise un rap à la fin de notre entrevue. Il chante en mandarin. À l’intérieur, c’est sur des paroles en anglais, langue de choix de bien des rappeurs chinois, que d’autres chanteurs esquissent des pas de danse avant de prendre la pose.

Des rappeurs esquissent un pas de danse.Rappeurs lors d'une session photo à Pékin, automne 2017. Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Parmi eux, on retrouve Mei Duo. Elle vient du plateau tibétain. C’est son frère qui l’a initiée au rap. Étudiante, la jeune fille explique qu’elle est venue s’établir à Pékin, parce qu’elle trouve qu’il y a ici une bonne ambiance, propice à sa musique.

Mei DuoMei Duo, jeune chanteuse de rap. Pékin, automne 2017 Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

« Il n’y a pas beaucoup de filles dans le rap en Chine, mais on commence à être de plus en plus nombreuses », dit-elle. Ce qui l’inspire? Sa vie sentimentale.

Plus loin, Ou Zi, un leader d’un groupe de rock rap, finit de griller une cigarette. Il est plus prudent quand on lui demande ses sources d’inspiration. Il a d’abord un rire gêné. « C’est un peu une question piège », souffle-t-il, pensif, avant d’enchaîner pour dire que son groupe parle de la vie d’ici, de la pollution et de la maltraitance des animaux.

Ou Zi montre les tatouages de ses mains.Ou Zi, rappeur chinois. Pékin, automne 2017. Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Si Wang Bo assure que le rap connaît un essor, avec des concerts très courus par exemple, d’autres chanteurs soulignent qu’il est parfois difficile de trouver des scènes et que leur musique reste largement absente des médias traditionnels. Le hip-hop est diffusé sur Internet, qui est très contrôlé en Chine. Et ici, on n'a pas la liberté de parler aussi fort qu’aux États-Unis, notamment. Un rappeur qui dénonce les inégalités sociales affirme qu’il faut utiliser des métaphores.

Et certaines compositions déplaisent au pouvoir. Le groupe In 3 a vu 17 de ses titres faire partie de la centaine de chansons bannies au pays. Parmi les motifs d’interdiction avancés par les autorités : la promotion de l’obscénité, de la violence et du crime, ou encore l'atteinte à la moralité sociale. L’une des chansons interdites du groupe, intitulée Bonjour Prof, est une contestation de l’autorité.

Anyck Béraud est correspondante pour Radio-Canada à Pékin. Vous pouvez consulter ses articles et ses reportages ici.

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