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Cri du cœur d'un propriétaire de Pointe-Lebel touché par l'érosion

Karl Mior touche son évier pour montrer que l'eau ne coule plus.

La falaise est à une dizaine de mètres de la maison de Karl Mior, où il vit sans eau courante avec son fils.

Photo : Radio-Canada / Olivier Roy Martin

Radio-Canada

Un résident de Pointe-Lebel lance un cri du cœur au ministère de la Sécurité publique pour obtenir une allocation de départ de sa propriété. L'érosion de la berge a transformé la pente en face de sa maison en falaise, emporté son cabanon et son puits artésien, de sorte qu'il est sans eau courante depuis plusieurs mois.

Un texte de Olivier Roy Martin

Karl Mior a acheté en 2012 d’une propriété sur la rue Granier, à Pointe-Lebel. « Quand j’ai acheté [...], il n’y avait pas de falaise. À ce moment, il y avait vraiment une descente. Il y avait de la végétation avec des arbustes, des aulnes, des trembles, qui descendaient graduellement jusque sur la plage. »

Il s’attendait à ce qu’il y ait de l’érosion au fil des ans, mais la vitesse à laquelle le phénomène s’est produit l’a surpris. Des courriels qu’il a fournis à Radio-Canada montrent que ses échanges avec la municipalité de Pointe-Lebel et le ministère de la Sécurité publique n’ont mené à aucune solution durable pour le moment.

L'érosion a commencé en 2014, d’après Karl Mior. Au départ, il a voulu lutter contre la dégradation de son terrain en faisant de l’enrochement. Mais un règlement adopté en juin 2012 par le Conseil de la MRC de la Manicouagan l’en interdit.

Son puits pris par la mer

En mai 2016, le puits qui alimentait en eau la demeure de Karl Mior a été complètement détruit par l’érosion. À marée basse, on peut encore voir une partie de sa structure du puits sur les berges. Le Nord-Côtier vit donc sans eau courante depuis presque deux ans.

Point de vue d'en bas de la falaise de la maison. On voit des arbres déracinés et la maison. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La maison et le terrain de Karl Mior, s’ils ont encore une valeur marchande, trouveraient difficilement preneur.

Photo : Karl Mior

La construction risquée d’un nouveau puits

En juin 2016, Karl Mior obtient deux soumissions pour un nouveau puits de l'entreprise Les Puits du Québec inc. Il les envoie au ministère de la Sécurité publique. On lui répond que deux chèques conjoints avec l’entrepreneur pour les travaux lui seront remis. Il s’agit d’un montant de près de huit mille dollars.

En septembre 2016, le résident de Pointe-Lebel reçoit des employés de l’entreprise Les Puits du Québec qui viennent effectuer des tests pour vérifier s’il y a assez d’eau de surface pour forer un puits de profondeur moyenne à la surface de la couche d’argile dans le sol. L’eau qui y ruisselle n’est pas assez abondante pour alimenter une maison, d’après ce qu’a compris Karl Mior, qui dit avoir retourné les chèques au gouvernement.

Une toilette avec un baril noir contenant de l'eau. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Karl Mior utilise des barils d'eau pour faire fonctionner sa toilette.

Photo : Radio-Canada / Olivier Roy Martin

Après cette première tentative, Karl Mior explique, dans un courriel envoyé au ministère de la Sécurité publique, que Les Puits du Québec proposent une autre soumission, cette fois au montant de 24 000 $, pour un puits d’une profondeur d’environ 120 mètres sous la couche argileuse. Le problème, relate-t-il, c’est que rien ne garantit qu’il y aura de l’eau à cette profondeur. Et s’il y en avait, elle risque fort d’être salée, ce qui obligerait l’achat d’un appareil pour dessaler l'eau.

Radio-Canada n’a pas été en mesure de contacter Les Puits du Québec, parce que ses bureaux sont fermés jusqu’au 7 janvier.

Pas de relocalisation pour le moment

« Au printemps, le talus s'est effondré de plusieurs mètres et il continue de partir petit à petit », a indiqué Karl Mior dans un courriel envoyé au ministère de la Sécurité publique et à la municipalité de Pointe-Lebel en juillet 2017.

« J'en suis maintenant au point où je me dis qu'il est complètement illogique d'investir sur cette propriété, puisqu'il est évident que je devrai être relocalisé dans un avenir rapproché. »

Karl Mior se trouve à l'extérieur, entre le balcon de sa maison et la falaise. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La falaise est à environ une dizaine de mètres de la maison de Karl Mior.

Photo : Radio-Canada / Olivier Roy Martin

Le ministère de la Sécurité publique a refusé de commenter le dossier de Karl Mior et dit poursuivre « ses échanges avec Monsieur et qu’il est en attente de documents supplémentaires pour la reconstruction du puits ».

Les propriétaires d’une résidence principale menacée par un sinistre sont admissibles au programme général d’aide financière lors de sinistres réels ou imminents, qui permet entre autres de couvrir les coûts de remplacement d’une maison jusqu’à concurrence de 150 000 $. Le programme offre de l’aide additionnelle pour les frais nécessaires aux travaux d’expertises pour prouver que la maison doit être déplacée ou remplacée.

Karl Mior regarde l'horizon près de la falaise. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Karl Mior se dit «extrêmement déçu» de la façon avec laquelle le ministère de la Sécurité publique a géré la situation.

Photo : Radio-Canada / Olivier Roy Martin

Karl Mior ne peut pas accéder à cette aide pour déplacer sa maison, apprend-on dans un courriel envoyé par le ministère en 2016, parce que « dans ce cas précis, il faudrait que les fondations ou que la résidence même soient à moins de quatre mètres du glissement de terrain ou de la perte de terrain ».

Le ministère de la Sécurité publique affirme aussi que « le soutien financier est considéré majoritairement lorsque plusieurs résidences principales et infrastructures d'un même secteur sont touchées ».

Le résident de Pointe-Lebel garde toutefois espoir que sa situation va finir par se régler afin que sa fille et lui-même puissent profiter d'une demeure plus confortable.

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