•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

20 ans plus tard, les Québécois se souviennent de la crise du verglas

Trois militaires remontent une rue qui borde un parc où des branches d'arbres ploient sous le poids du verglas.

Trois militaires déployés au Québec dans le cadre de la crise du verglas marchent vers leur quartier général, dans Westmount, le 9 janvier 1998.

Photo : La Presse canadienne / ROBERT GALBRAITH

La Presse canadienne

La pluie verglaçante tombait déjà depuis quatre jours lorsque Normand Chaput a quitté sa maison de Saint-Hyacinthe le 9 janvier 1998.

Pendant cette crise, le monteur de lignes d'Hydro-Québec commençait chaque journée en comptant combien de poteaux électriques étaient tombés pendant la nuit.

Ce matin-là, aucun n'avait survécu. « Il ne restait rien. Tous les poteaux étaient tombés, tout était tombé », s'est-il souvenu en entrevue téléphonique.

Même les pylônes électriques ont cédé sous le poids des quelque 100 millimètres de pluie verglaçante qui avaient tout glacé.

C'était quelque chose d'inimaginable pour un monteur de lignes d'imaginer que des tours puissent s'effondrer comme des châteaux de cartes.

Normand Chaput

Il y a 20 ans, près de 5 millions de Québécois, d'Ontariens et de résidents des provinces maritimes ont été touchés par trois vagues successives de pluie verglaçante entre le 5 et le 10 janvier.

Le verglas a couvert ces territoires de glace et a provoqué des pannes de courant qui ont duré plus de 30 jours dans certaines régions.

Pendant des semaines, M. Chaput et ses collègues ont travaillé 16 heures par jour, se concentrant d'abord à dégager les routes et à aider les conducteurs pris sur celles-ci. Ils se sont ensuite affairés au réseau électrique.

Après plus d'une semaine à travailler dans la noirceur, il s'est souvenu de s'être rendu à Montréal pour visiter sa famille et d'avoir été sous le choc d'apercevoir l'éclat des lumières de la ville.

Tous tes points de référence ne sont plus là, tes habitudes non plus, et rien n'est normal.

Normand Chaput

Tim Petch, responsable d'un verger à Hemmingford, se souvient du son que faisaient les branches gelées qui tombaient des pommiers sur le sol glacé.

« C'était comme du verre qui tombait sur un sol de marbre », a-t-il illustré.

La plupart de ses arbres ont perdu jusqu'à 40 % de leurs branches. Il lui a fallu des mois pour nettoyer après la crise.

M. Petch, qui a perdu l'électricité dans sa maison pendant 29 jours, a relaté qu'il devait aller surveiller constamment son tracteur activé par une génératrice prêté par le syndicat agricole qui servait à s'assurer que ses fruits ne pourrissent pas.

Mais il se souvient surtout de la solidarité dont a fait preuve sa communauté, qui s'est rassemblée pour collecter du bois de chauffage, trouver des génératrices et veiller sur les résidents.

Nous gardons encore le souvenir de la grande compassion et de l’esprit de communauté dont les Canadiens ont fait preuve les uns envers les autres. Aujourd’hui, j’encourage tous les Canadiens à réfléchir à la crise du verglas ou à en apprendre davantage sur le sujet, et voir à quel point nous étions tous là les uns pour les autres.

Déclaration du premier ministre canadien Justin Trudeau

« Leadership exceptionnel »

Une autre personne qui se souvient particulièrement de cette crise est Steve Flanagan, qui a accordé plus de 300 entrevues dans les médias en tant que porte-parole d'Hydro-Québec à l'époque.

La société d'État voulait être le plus franche possible avec les Québécois, qui craignaient pour leur sécurité et pour leurs biens.

Le mieux qu'on pouvait faire, du point de vue d'Hydro-Québec, c'était vraiment de dire exactement ce qui se passait sur le terrain, puis ce qu'on était capable de faire, puis, surtout, ce qu'on n'était pas capable de faire pendant la journée.

Steve Flanagan

Mis à part certaines périodes difficiles – dont ce moment critique où il n'y avait qu'une seule ligne électrique qui alimentait tout le centre-ville de Montréal – M. Flanagan a souligné le « leadership exceptionnel » de l'ancien premier ministre Lucien Bouchard et du président d'Hydro-Québec de l'époque, André Caillé, qui selon lui ont évité une crise encore plus importante.

La tempête s'est malgré tout avérée un désastre, causant des dégâts estimés à 3 milliards de dollars.

Au moins 30 décès ont été attribués à la crise, et l'armée canadienne avait été appelée en renfort pour aider dans les jours suivant la tempête.

Entrevue avec l'ex-porte-parole d'Hydro-Québec, Steve Flanagan.

Meilleure gestion de nos jours?

Les autorités croient que la crise serait mieux gérée si la tempête arrivait aujourd'hui.

Hydro-Québec dit avoir pris plusieurs mesures pour améliorer le réseau électrique dans la foulée de la tempête, notamment en renforçant les installations et en ajoutant de nouvelles lignes et de nouveaux chemins pour multiplier les sources de courant.

La Croix-Rouge, qui avait établi environ 300 refuges et fourni de l'aide pendant la tempête, a aussi appris de la crise, selon la directrice de la gouvernance de l'organisme.

Josée Payant, qui coordonnait les opérations d'urgence majeure au Québec en 1998, a indiqué que la Croix-Rouge avait depuis signé des ententes avec différents niveaux de gouvernement pour gérer les services d'urgence et s'assurer que leurs responsabilités respectives soient bien définies.

La technologie a aussi amélioré la coordination et il y a maintenant un meilleur programme national de formation pour les bénévoles, a-t-elle mentionné.

Nous sommes plus préparés, mais chaque désastre est différent et a ses propres défis.

Josée Payant

Malgré les améliorations, les villes, les entreprises et les gens ne sont pas assez préparés, selon elle.

Quelques municipalités n'ont pas encore de plan de mesures d'urgence et la plupart des familles n'entreposent pas assez de nourriture, d'eau et de provisions pour affronter 72 heures de crise.

« Nous devons travailler avec les autres partenaires pour bâtir une culture de sécurité civile. Je ne pense pas que nous y sommes encore », a-t-elle indiqué.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Conditions météorologiques

Société