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Comment le rire a aidé les Innus à partager des souvenirs douloureux

Louis-Georges Fontaine et Jeannette Vollant, de la communauté innue de Maliotenam, sur la Côte-Nord.

Louis-Georges Fontaine et Jeannette Vollant, de la communauté innue de Maliotenam, sur la Côte-Nord

Photo : Radio-Canada / Julia Page

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Louis-Georges Fontaine et Jeannette Vollant travaillent ensemble depuis cinq décennies, animant des bingos, des carnavals et des forums pour les membres de la nation innue de Maliotenam, sur la Côte-Nord. En novembre dernier, les plaisanteries du duo ont facilité les témoignages dévastateurs racontés dans le cadre de l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées.

Plus de 60 familles autochtones de partout au Québec se sont rendues dans la communauté innue située à l'est de Sept-Îles, pour une semaine d'audiences organisée par l'enquête nationale - son premier arrêt au Québec.

Chaque jour, M. Fontaine et Mme Vollant s'adressaient à la foule en innu et en français, ajoutant quelques blagues légères - un remède contre le chagrin qui remplissait la pièce.

« Nous sommes un peuple qui aime rire. Mon père avait l'habitude de dire : "Si vous ne valez pas la peine, vous ne valez pas beaucoup" », explique Mme Vollant.

Âgée de 71 ans, elle affirme avoir l'habitude d’utiliser l’humour pour alléger le fardeau émotionnel de ses propres combats.

« Quand j'ai commencé mon processus de guérison, je pleurais, pleurais, pleurais, j’étouffais, je ne pouvais pas parler », raconte-t-elle.

Beaucoup de témoins ont également adopté une approche humoristique pour parler de chapitres douloureux de leur vie au reste du pays.

« Cela fait partie du processus. Nous sommes des gens spirituels, mais nous avons un bon sens de l'humour, nous rigolons », explique M. Fontaine.

La communauté au cœur de la réconciliation

Alors que les calembours et les blagues étaient cathartiques, parfois crus, les cérémonies qui accompagnaient la présentation de chaque famille étaient empreintes de grâce et de respect.

Tandis que des femmes encerclaient la pièce pour bénir les personnes dans des rituels de purification avec la sauge, des sacs en papier vides étaient étiquetés et placés sur des chaises en plastique.

Le dernier jour des audiences, les sacs remplis de larmes versées par les témoins ont été brûlés dans un feu sacré à l'extérieur.

Chaque larme versée pendant les audiences de l'enquête nationale sur les femmes autochtones a été symboliquement brûlée dans un feu sacré.
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Chaque larme versée pendant les audiences de l'Enquête nationale sur les femmes autochtones a été symboliquement brûlée dans un feu sacré.

Photo : Radio-Canada / Julia Page

Au moment où des témoins s'approchaient du cercle de partage, parfois accompagnés par des douzaines d'êtres chers, les chanteurs interprétaient un chant innu apaisant. Une chaise a été laissée vide pour le membre de leur famille disparu.

Ces cérémonies étaient cruciales pour le succès des audiences, affirme Laurie Odjick, invitée à la commission pour conforter les victimes et leurs familles. « Les gens qui partagent [ont] des blessures ouvertes », ajoute-t-elle.

Maisy, la fille de Laurie, et sa meilleure amie Shannon Alexander, ont disparu en 2008. Les adolescentes de la Première Nation de Kitigan Zibi Anishinabeg, près d'Ottawa, avaient 16 et 17 ans.

L'enquête a invité Mme Odjick en tant qu'observatrice afin qu’elle formule des recommandations sur le soutien aux familles et l'amélioration de la communication avec les participants.

Malgré le traumatisme et la douleur, elle estime que le simple fait de pouvoir « dire la vérité » est une étape importante du processus de guérison.

« Personne ne pourra jamais être en mesure de comprendre ce que vous vivez. Mais être entendu, cela est très important pour la famille », estime Laurie Odjick. Elle fait notamment allusion aux personnes qui faisaient la file pour serrer dans leurs bras les victimes et leurs familles après chaque témoignage.

Il faut néanmoins en faire davantage pour soutenir les peuples autochtones qui ont vécu un traumatisme, estime Laurie Odjick.

Étapes à suivre pour guérir

Les répercussions des conditions imposées aux peuples autochtones du Québec se font encore sentir aujourd'hui - de la peur des institutions publiques à la violence familiale, en passant par l'abus de drogues et d'alcool.

Au moment où l'enquête poursuit sa tournée pancanadienne avec des arrêts prévus à Yellowknife, dans les Territoires du Nord-Ouest, et à Rankin Inlet, au Nunavut, Louis-Georges Fontaine espère que les commissaires mettront en oeuvre les recommandations faites par son peuple.

En particulier, il estime qu'il faut aider les hommes. « Nous devons aider les hommes à réaliser la vision de l'enquête [parce qu'ils] sont souvent les responsables de ces actes de violence. »

Pour Jeannette Vollant, on devrait se pencher sur l'abus de drogue qui décime maintenant une nouvelle génération d'Innus en trouvant des manières pour que les jeunes soient à nouveau en contact avec la Terre.

« Être en relation avec la Terre, les arbres, l'eau, les éléments de la Terre... C'est la meilleure façon de guérir », dit-elle.

Selon un reportage de CBC de Julia Page

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