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Les Gardiens de la révolution déployés pour mater les protestataires en Iran

Le récit de Nathalie Cloutier
Radio-Canada

« La fin de la sédition » a sonné en Iran, affirme le chef des Gardiens de la révolution dans un message publié mercredi soir sur le site Internet de son organisation, au terme d'une journée marquée par des manifestations d'appui au régime en place.

Selon le général Mohammad Ali Jafari, des membres de cette unité d’élite de l’armée iranienne ont d’ailleurs été déployés mercredi dans les provinces d’Ispahan, dans le centre de la République islamique, et de Lorestan et d’Hamadan, dans l’est.

Depuis jeudi dernier, des protestations contre la situation économique et le pouvoir ont eu lieu dans plusieurs villes du pays, donnant naissance au plus important mouvement de contestation du régime depuis celle du mouvement vert, qui avait pris naissance après la controversée réélection de l'ex-président Mahmoud Ahmadinejad en 2009. Des manifestations monstres avaient alors enflammé Téhéran avant d’être réprimées dans le sang.

Les affrontements des derniers jours entre manifestants et forces de l’ordre ont fait 21 morts, et plus de 1000 personnes ont été arrêtées dans le pays, dont 450 dans la capitale, où l’envergure des manifestations est pourtant demeurée limitée.

Dans son message, le général Jafari minimise l’ampleur de la contestation et reprend les arguments du guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, selon lesquels ces troubles sont alimentés par des « ennemis » de l’État désireux de créer des problèmes au régime islamique.

Dans ce mouvement de sédition, il y a eu au maximum des rassemblements de 1500 personnes, et le nombre des fauteurs de troubles n’a pas dépassé 15 000 personnes sur l’ensemble du pays.

Le général Mohammad Ali Jafari

« Un grand nombre de fauteurs de troubles, au centre de la sédition, […] ont reçu une formation de la part de la contre-révolution et des monafeghines [hypocrites] », ajoute-t-il, en utilisant un terme désignant les Moudjahidines du peuple.

Des membres de ce groupe d’opposition, basé en France, « ont été arrêtés et il y aura une action ferme contre eux », a-t-il souligné. Mardi, le président iranien, Hassan Rohani, avait d’ailleurs demandé à son homologue français Emmanuel Macron d’agir contre ce « groupe terroriste ».

Le chef des Gardiens de la Révolution a aussi plaidé que des milliers de personnes avaient été « entraînées » par les États-Unis pour « fomenter des troubles en Iran ».

« Il faut remercier le grand peuple iranien, car, dès que les gens ont compris que la main des étrangers et des séditieux était impliquée, ils ont séparé leur chemin, malgré tous les problèmes économiques, pour défendre les valeurs de la révolution et de l’Iran islamique », a-t-il fait valoir.

Seules quelques petites protestations sporadiques auraient eu lieu dans la nuit de mardi à mercredi dans des villes de province, selon des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux, toutefois impossibles à vérifier.

La nuit a aussi été calme à Téhéran, épicentre du mouvement vert de 2009, où les rares correspondants étrangers sur place rapportent depuis des jours que les forces de l’ordre sont présentes en grand nombre, prêtes à intervenir au moindre rassemblement qui leur semble suspect.

Des gens défilent sur un pont à Ahvaz.Une manifestation massive a eu lieu à Ahvaz, capitale de la province pétrolière du Khouzistan. Photo : Getty Images / TASNIM NEWS/MORTEZA JABERIAN

Des partisans du pouvoir dans les rues par milliers

Plus tôt mercredi, des dizaines de milliers d'Iraniens ont défilé dans plusieurs villes du pays pour exprimer leur soutien au pouvoir en place et dénoncer leurs compatriotes qui ont protesté contre les autorités ou leurs politiques, parfois au prix de leur vie ou de leur liberté.

La télévision d’État a rapporté des manifestations à Ahvaz, capitale de la province pétrolière du Khouzistan, dans la ville kurde de Kermanshah, et à Qom, ville sainte et haut lieu du clergé chiite qui domine la vie politique du pays de 80 millions de personnes depuis la Révolution de 1979.

D'autres rassemblements ont été rapportés à Arak, à Ilam et à Gorgan. De nouvelles manifestations du genre sont prévues jeudi à Machhad et à Ispahan, deuxième et troisième villes du pays en importance.

Selon la télévision d’État, qui a diffusé les rassemblements en direct, les manifestants voulaient offrir une « réponse aux protestations » menées par les « serviteurs des États-Unis ». Plusieurs étaient munis de drapeaux iraniens ou de banderoles dénonçant les « fauteurs de troubles ».

Les slogans prisés par le régime islamique – « mort à l'Amérique », « mort à Israël » – pouvaient être entendus. « Nous offrons à notre guide [l'ayatollah Khamenei] le sang qui coule dans nos veines », ont aussi scandé des manifestants, selon les images diffusées par la télévision d'État.

Un vieux truc du régime, selon un expert

« C’est une tactique classique qui a toujours été utilisée par la République islamique depuis son installation », relativise Houchang Hassan-Yari, professeur titulaire au département de sciences politiques du Collège militaire royal du Canada et spécialiste du Moyen-Orient.

Chaque fois que des gens descendent dans la rue pour protester contre les excès du gouvernement – et cette fois le rejet total de la République islamique – le régime se trouve dans l’obligation de faire sortir ses partisans à l’aide d’incitatifs, ou encore avec des autobus, pour les amener d’une ville à l’autre.

Houchang Hassan-Yari

Le mouvement de contestation, lancé jeudi dernier dans la ville sainte chiite de Machhad, portait d’abord sur des questions économiques. Il s’est toutefois rapidement transformé en mouvement politique en se répandant dans de nombreuses villes du pays.

De nombreux Iraniens, dont des mollahs, entourent un drapeau de la République islamique à Qom. Les mollahs étaient présents en grand nombre à la manifestation de Qom, comme en fait foi cette photo où de nombreuses personnes portent le turban blanc ou noir, signe distinctif du clergé chiite. Photo : Getty Images / MOHAMMAD ALI MARIZAD

« Le problème économique est à l’origine, mais on ne peut pas séparer les problèmes économiques des questions politiques, étant donné qu’il y a non seulement le coût de la vie qui augmente sans cesse et les salaires qui diminuent, s’ils sont payés, mais aussi la question de la corruption et de la répression », indique M. Hassan-Yari.

Les contre-manifestations d’aujourd’hui dans certaines villes, ce sont en fait les gens qui bénéficient des largesses du régime, au détriment de la grande majorité de la population. C’est dans ce contexte qu’il faut regarder la question.

Houchang Hassan-Yari

« Les manifestations contre le régime vont au-delà de la question économique, pour demander une fois pour toutes la fin de la République islamique », affirme-t-il.

Selon lui, les Iraniens voient leur gouvernement comme un « système aventurier, qui va en Syrie, en Irak, au Liban, au Yémen et ailleurs dans la région pour s’ingérer dans les affaires internes des autres, à coups de milliards de dollars, quand les Iraniens crèvent de faim et n’arrivent pas à manger, des fois, plus d’un repas par jour ».

Avec les informations de Agence France-Presse, Associated Press, et Le Monde

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