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Le procès de Lac-Mégantic reprend avec les plaidoiries des avocats

Les avocats de la Couronne dans le cadre du procès de Lac-Mégantic.
Les avocats de la Couronne dans le cadre du procès de Lac-Mégantic. Photo: Radio-Canada / Marie-Hélène Rousseau
Radio-Canada

Le procès des trois hommes accusés de négligence criminelle dans le terrible accident ferroviaire de Lac-Mégantic tire à sa fin. Les plaidoiries des procureurs de la Couronne et de ceux des accusés ont commencé mercredi matin au palais de justice de Sherbrooke. Elles devraient durer trois jours.

Il s’agit de l’ultime étape avant la délibération du jury pour déterminer si les trois accusés ont causé la mort des 47 victimes par négligence lors du déraillement du train la nuit du 5 juillet 2013 à Lac-Mégantic.

Jusqu’à présent, le procureur de la Couronne, Me Sacha Blais, a présenté ses arguments aux jurés en lien avec les agissements du mécanicien du train Thomas Harding. Il a repris les témoignages entendus tout au long du procès, ayant établi que le train de 10 000 tonnes a été laissé sans surveillance et sans être sécurisé.

S’adressant au jury, Me Blais a indiqué que Thomas Harding avait échoué dans son travail. « C’est comme envoyer ses enfants à l’école au mois de février avec une tuque et des mitaines, mais sans manteau. Ce qui n’est pas assez et pas raisonnable. »

Il a rappelé les règles qui encadrent le transport ferroviaire et a fait valoir que Thomas Harding a serré un nombre insuffisant de freins à main. Selon un expert ferroviaire, 14 freins à main auraient été nécessaires pour retenir le convoi. Thomas Harding en avait serré seulement sept.

De plus, conformément à la réglementation, le mécanicien de locomotive aurait dû procéder à un test d’efficacité des freins à main. Selon la preuve de la poursuite, il n’a pas fait ce test.

« Si Thomas Harding ne fait pas son travail de façon sécuritaire à Nantes (là où le train était arrêté la veille du drame), qui le fera? », a demandé le procureur.

Agir de façon responsable

La Poursuite a aussi voulu établir qu’une simple question de la part de Richard Labrie aurait pu enclencher des actions pour sécuriser le train et empêcher la mort des 47 victimes de la tragédie. Me Blais estime que le superviseur en poste cette nuit-là n’a pas agi de façon responsable, et ce, dès qu’il a été informé de l'incendie dans la locomotive de tête. Enregistrements à l’appui, il a insisté sur le fait que Richard Labrie n’a pas demandé à être mis en contact avec les pompiers.

Quant au directeur de l’exploitation de la MMA au Québec Jean Demaitre, plusieurs omissions lui ont été reprochées par la Couronne. Selon Me Blais, il était en autorité et celui qui pouvait prendre les mesures nécessaires pour protéger autrui. Il a également expliqué que Richard Labrie l’a appelé immédiatement non seulement pour l’informer de la situation, mais aussi pour valider ses démarches.

Selon lui, Jean Demaitre aurait dû demander à Richard Labrie quel employé de la MMA était allé sur les lieux et valider si Thomas Harding savait que la seule locomotive laissée allumée était désormais éteinte. Il aurait aussi dû lui demander s’il avait mis un nombre suffisant de freins. Et enfin, s'il les avaient testés.

Me Sacha Blais a conclu qu’il est toujours possible de faire mieux dans la sécurité du transport ferroviaire, mais « qu’à Lac-Mégantic, un simple test, une simple question aurait pu éviter ce drame ».

Les plaidoiries de la Défense commenceront jeudi matin pour prendre fin vendredi. Le juge entend donner ses directives au jury lundi matin afin qu’il entame ses délibérations.

Quelques dizaines de personnes assistaient aux plaidoiries mercredi matin.

Le déraillement du convoi de 72 wagons transportant du pétrole brut s'est produit le 6 juillet 2013. Il a tué 47 personnes et rasé une partie du centre-ville de Lac-Mégantic. Ce n'est toutefois que cet automne, le 2 octobre, que le procès criminel a débuté devant le juge Gaétan Dumas de la Cour supérieure.

Ceux-ci, soit celui qui était aux commandes du train, Tom Harding, et deux employés de la compagnie de chemin de fer Montreal Maine & Atlantic (MMA), Richard Labrie et Jean Demaître, ont plaidé non coupables.

Ils n'ont pas appelé de témoin et n'ont pas témoigné à leur procès. C'est la Couronne qui a le fardeau de la preuve de démontrer, hors de tout doute raisonnable, la négligence criminelle des accusés.

Quant à la Couronne, elle a fait entendre 31 témoins, dont des policiers, des pompiers, d'anciens employés de la MMA et un inspecteur de Transports Canada. Un seul expert ferroviaire a été appelé à la barre.

Lorsque les plaidoiries seront terminées, le juge donnera au jury ses instructions, et les délibérations pourront commencer.

La compagnie MMA, qui a fait faillite, a aussi plaidé non coupable à l'accusation de négligence criminelle et subira un procès séparé.

Avec les informations de La Presse canadienne

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