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Pyongyang et Séoul reprennent le dialogue, malgré les railleries de Trump

Un responsable sud-coréen parle dans un téléphone vert devant une table sur laquelle on voit un écran. La console devant lui contient également un téléphone rouge.
Cette image fournie par le gouvernement sud-coréen montre un responsable du gouvernement en discussion avec un répondant nord-coréen. Le téléphone vert signifie que l'appel a été fait par la Corée du Sud; le téléphone rouge est utilisé pour recevoir les appels de la Corée du Nord. Photo: Getty Images / Ministère sud-coréen de la Réunification
Radio-Canada

Un téléphone transfrontalier qui permet aux deux Corées de dialoguer a été remis en service mercredi après avoir été fermé pendant près de deux ans. Une « conversation téléphonique de 20 minutes » a eu lieu dans la foulée, a indiqué un responsable du ministère sud-coréen de l'Unification à l'Agence France-Presse, sans donner plus de détails.

La réouverture du canal de communication intercoréen dans le village de Panmunjom, où les deux pays ont signé l'armistice de 1953 après une guerre fratricide de trois ans qui a fait des centaines de milliers de morts, constitue une nouvelle preuve d'un réchauffement diplomatique, aussi fragile soit-il.

Ce développement, d'abord annoncé à la télévision d'État nord-coréenne KCTV, s'inscrit dans une séquence lancée par le président nord-coréen dans son traditionnel discours du Nouvel An. Kim Jong-un, qui a dit vouloir améliorer ses relations avec son voisin du Sud, a souhaité la réussite des Jeux olympiques d’hiver de Pyeongchang, en Corée du Sud, et a laissé entendre qu'il pourrait y envoyer une délégation.

Le président sud-coréen Moon Jae-in, partisan de longue date d'un dialogue, n'a pas tardé à saisir la balle au bond, en qualifiant la proposition d’« occasion importante d’améliorer les relations entre les deux pays ». Son ministre de l'Unification, Cho Myoung-gyon, a proposé de tenir des discussions de « haut niveau » avec Pyongyang le 9 janvier à Panmunjom.

M. Cho a précisé que les discussions devraient principalement porter sur la participation de la Corée du Nord aux Jeux olympiques de Pyeongchang, une possibilité évoquée par le président Kim dans son discours à la nation du Nouvel An. Il a néanmoins espéré que « d'autres questions d'intérêt mutuel pour l'amélioration des relations intercoréennes » seront abordées.

Le président Kim a « salué » le soutien apporté par Séoul à sa proposition, a fait savoir mercredi Ri Son-gwon, chef du Comité nord-coréen pour la réunification pacifique de la Corée (CRPC).

Le rétablissement de la ligne téléphonique, qui avait été fermée par Pyongyang en 2016 après que Séoul eut décidé unilatéralement de fermer la zone industrielle de Kaesong, constitue un « développement significatif », a commenté un porte-parole du président Moon. Les derniers pourparlers bilatéraux entre les deux pays, toujours théoriquement en guerre, avaient eu lieu deux mois plus tôt.

La petite histoire d’un téléphone critique

L'histoire de ce canal de communication, installé une première fois en 1972, constitue un reflet des relations chaotiques qu'entretiennent les deux pays. Selon une compilation faite par l'AFP, il a été fermé en 1976, rouvert en 1980, et de nombreux autres épisodes du genre ont eu lieu jusqu'à la fin du 20e siècle.

Plus récemment, il a été coupé en 2010, après que la Corée du Sud eut adopté des sanctions commerciales pour protester contre le torpillage d'une corvette sud-coréenne, imputé par Séoul à son voisin du Nord. Il fut remis en service en 2011, puis fermé à nouveau en 2013, dans la foulée des tensions engendrées par le troisième essai nucléaire nord-coréen.

Concrètement, il s'agit d'un téléphone rouge et d'un autre vert, installés dans un meuble de bois. L’installation qui apparaît sur la photo en tête de cet article se trouve du côté sud-coréen, séparée d’une centaine de mètres de sa contrepartie nord-coréenne.

Depuis février 2016, un fonctionnaire sud-coréen appelle tous les jours, en utilisant l’appareil vert, de l’autre côté de la frontière. Personne n’a répondu jusqu’à maintenant. L’appel du jour a permis de tester la ligne de communication.

Selon un officier qui a œuvré dans ce bureau dans les années 90, tous les appels étaient « officiels » et personne ne se permettait de petites blagues, rapporte BBC.

Tous les jours, à 9 h, et plus tard en journée à 16 h, un officier prenait le téléphone pour appeler de l’autre côté. Le Sud appelait les jours pairs, le Nord les jours impairs.

« Si nous avions un message, nous demandions au Nord s’ils aimeraient le recevoir. Nous déposions alors le téléphone et nous l’envoyions soit par fax, soit en nous rencontrant en personne », indique l’ancien officier.

Réouverture du canal de communication

La remise en service de ce canal de communication s'inscrit dans la foulée d'une série de tests de missiles balistiques et d'un sixième essai nucléaire effectués par la Corée du Nord au cours des derniers mois. Ces tests ont donné lieu à des échanges vitrioliques entre le président Kim et le président américain Donald Trump, et à de nouvelles sanctions de l'ONU contre Pyongyang.

Ainsi, M. Trump s'est moqué mardi soir de son homologue nord-coréen, en commentant une déclaration faite par lui dans son discours du Nouvel An.

« Les États-Unis doivent savoir que le bouton pour les armes nucléaires est sur ma table », avait dit le président Kim.

« Le leader nord-coréen Kim Jong-un vient d'affirmer que le "bouton nucléaire est sur son bureau en permanence" », a tweeté M. Trump mardi soir. « Informez-le que, moi aussi, j'ai un bouton nucléaire, mais qu'il est beaucoup plus gros et plus puissant que le sien, et qu'il fonctionne! »

« Un pas dans la bonne direction », selon un expert

Selon Jean-François Bélanger, doctorant en science politique spécialisé dans les questions de prolifération nucléaire à l'Université McGill, le fait que les deux Corées reprennent le dialogue constitue sans contredit « un pas dans la bonne direction », même si la prudence reste de mise.

« La communication est toujours désirée parce que le problème, dans tous les contextes nucléaires, est l’incertitude » engendrée par l'impossibilité « de valider les intentions derrière les actions d’un rival », souligne-t-il en entrevue à Radio-Canada. « Lorsque les téléphones sont ouverts, on peut se parler, on peut voir comment ça fonctionne. »

S’il y a des négociations, ça veut dire qu’il y a une place au compromis, mais en ce moment, ce n’est pas clair qui est prêt à faire quoi.

Jean-François Bélanger, doctorant en sciences politiques

Contrairement à ce que croient plusieurs, la Corée du Nord, dernier régime stalinien de la planète, n'a jamais voulu s'isoler, soutient M. Bélanger. Elle tente en fait, par des gestes « détournés », voire « contre-intuitifs », de retourner à la table des négociations en tenant un plus gros bout du bâton.

« La Corée du Nord a toujours voulu négocier. Ils le font de façon très agressive, mais il y a toujours un désir de revenir à la table de négociations. Par contre, ce qu’ils demandent n’est pas nécessairement ce que la communauté internationale est prête à donner », rappelle-t-il.

L'objectif des Américains et de la communauté internationale dans ce dossier consiste à contraindre Pyongyang à démanteler son arsenal nucléaire, indique M. Bélanger, mais la Corée du Nord n'a visiblement aucune intention d'agir de la sorte.

« Je ne vois pas la réalité dans laquelle un État comme la Corée du Nord, qui est pleinement nucléaire en ce moment, voudrait se départir de son arsenal, considérant la façon dont les Américains ont géré d’autres problèmes nucléaires, comme celui l’Iran : il y avait un engagement et les États-Unis ont décidé que ça ne fonctionnait plus », note-t-il.

Pour la Corée du Sud, l'intérêt du dialogue est évident, poursuit-il. « Les Olympiques, c'est un très gros investissement. Elle n'aimerait pas qu'il y ait des problèmes dus aux tensions » avec son voisin du Nord, observe-t-il.

Le dernier tweet de Donald Trump constitue cependant une nouvelle « provocation directe » qui pourrait inciter la Corée du Nord à effectuer d'autres tests défiant la communauté internationale, ajoute M. Bélanger.

De tels propos viennent « valider la rhétorique du régime » nord-coréen, qui justifie ses tests de missiles balistiques et ses essais nucléaires en mettant de l'avant la menace que représentent les États-Unis pour sa sécurité. Pour Pyongyang, de tels propos « valent de l'or », selon lui.

Avec les informations de Agence France-Presse, Reuters, et BBC

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