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Plusieurs élues fédérales ont vécu du harcèlement sexuel

Justin Trudeau s'adresse à la Chambre des communes.

Des 38 répondantes, plus de la moitié ont révélé avoir déjà vécu une forme d'inconduite sexuelle.

Photo : La Presse canadienne / Chris Wattie

La Presse canadienne
Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Les inconduites sexuelles ont fréquemment fait les manchettes au cours des derniers mois. La Presse canadienne a voulu savoir si ce type de comportement était présent sur la colline du Parlement.

Des députées fédérales, tous partis confondus, ont accepté de dévoiler certaines de leurs expériences dans la foulée du mouvement de dénonciation #MoiAussi.

Un questionnaire a été envoyé aux 89 élues qui siègent actuellement à la Chambre des communes pour savoir si elles avaient déjà vécu des inconduites ou du harcèlement sexuels avant ou après leur entrée en politique.

Trente-huit ont accepté de répondre. Leurs réponses ont été récoltées de façon anonyme, mais certaines ont choisi de s'identifier.

Au début décembre, la Presse canadienne avait publié les résultats d'un sondage similaire mené à l'Assemblée nationale, à Québec.

Des échos de l'affaire Harvey Weinstein

C'est le bon moment de faire preuve de leadership et de profiter de notre notoriété sur la colline du Parlement pour affirmer que le harcèlement sexuel peut survenir dans n'importe quel milieu de travail et pas seulement à Hollywood.

Sheila Malcolmson, députée néo-démocrate

« Quand on est dans un milieu politique, on est dans un milieu de pouvoir qui est très hiérarchisé. Donc, c'est clair pour moi que c'est un milieu où on ne peut pas passer à côté », a affirmé, pour sa part, la ministre du Revenu national, Diane Lebouthillier.

Des 38 répondantes, plus de la moitié ont révélé avoir déjà vécu une forme d'inconduite sexuelle, que ce soit par des remarques, des messages textes et des commentaires sur les réseaux sociaux qui sont inappropriés ou encore des gestes déplacés.

Quatre députées ont affirmé avoir déjà vécu du harcèlement sexuel dans le cadre de leurs fonctions et trois disent avoir subi une agression sexuelle.

Quinze ont dit n'avoir jamais vécu quelque forme que ce soit d'inconduite sexuelle depuis qu'elles sont élues. Une seule personne a préféré ne pas répondre à cette question.

Certaines des inconduites auraient été perpétrées par des collègues de la colline du Parlement ou par des citoyens rencontrés dans les circonscriptions.

Des 22 élues qui ont vécu une forme d'inconduite sexuelle, cinq ont indiqué qu'elle provenait d'un député ou d'un ministre de leur propre parti et 10 ont écrit que c'était plutôt un député ou un ministre d'un autre parti qui en était responsable.

Huit ont signalé que l'inconduite provenait d'un lobbyiste, d'un citoyen ou d'une autre personne liée à leur rôle de députée et 18 ont plutôt indiqué qu'il s'agissait soit d'une personne extérieure au milieu politique, soit d'une personne qu'elles ne connaissaient pas, ou d'une personne anonyme. Les répondantes pouvaient choisir plus d'une réponse à cette question.

Commentaires désobligeants

Une députée qui a requis l'anonymat a raconté en entrevue qu'elle n'avait jamais fait l'objet de gestes déplacés sur la colline du Parlement, mais qu'elle avait toutefois entendu à plusieurs reprises des collègues masculins faire des commentaires à caractère sexuel sur d'autres élues et des employées. Des propos qui chaque fois l'ont mise mal à l'aise.

« On s'adresse à moi, on me parle de ça et ça ne m'intéresse pas, a-t-elle dit. Je n'ai pas envie de l'entendre. »

Elle a déjà tenté de leur faire comprendre qu'il s'agissait de propos déplacés, mais sans succès. Elle a ensuite songé à déposer une plainte à la Chambre des communes, mais elle ne l'a finalement pas fait.

Elle n'a pas non plus confronté ses collègues par crainte d'envenimer le climat de travail. Pour elle, c'est une façon « d'acheter la paix » même si le malaise est encore présent.

Mais cette députée, comme la plupart de celles qui ont répondu au questionnaire, ne croit pas que les inconduites sexuelles soient plus présentes dans le monde politique que dans le reste de la société.

Près des deux tiers ont estimé qu'il n'y en avait ni plus ni moins que dans tout autre milieu.

Un phénomène répandu

« Je pense sincèrement que ce n'est pas différent que partout ailleurs », a affirmé la députée libérale Alexandra Mendes.

Ça semble faire partie d'une certaine mentalité masculine, cette façon de diminuer les compétences des femmes et de toujours tout sexualiser.

Alexandra Mendes, députée libérale

Une autre députée a raconté qu'un citoyen lui a mis la main sur une fesse lors d'une prise de photo durant la dernière campagne électorale. Elle venait d'aller lui porter l'une de ses pancartes pour qu'il la mette sur son terrain.

« Je me rappelle le malaise de repousser la main après, mais de ne pas revenir [sur le sujet] parce qu'on est en campagne électorale », a-t-elle dit.

« Qu'est-ce qu'on fait avec ça? Je lui dis qu'il est dégueulasse et que ça m'écoeure? Mais non, j'ai laissé passer. »

Si elles n'ont pas toutes vécu ce genre d'incidents, les répondantes étaient nombreuses à connaître une femme dans leur milieu de travail qui avait déjà subi une forme d'inconduite sexuelle, qu'il s'agisse d'une membre du personnel politique, une page, une stagiaire, une employée de la Chambre des communes, une fonctionnaire ou une élue.

Vingt-cinq ont indiqué en avoir été témoin ou informée, mais rarement. Quatre ont indiqué en avoir été témoins ou informées souvent. Six députées ont signalé avoir été témoins ou informées qu'un homme de leur milieu avait vécu des inconduites sexuelles.

Briser le silence

La ministre Diane Lebouthillier fait partie de cette catégorie. Elle a raconté en entrevue qu'elle avait incité deux jeunes employées à déposer une plainte après avoir constaté leur malaise face à une personne en position d'autorité.

La Chambre des communes n'a pas voulu confirmer si une plainte avait bel et bien été déposée pour des raisons de confidentialité.

Mme Lebouthillier n'a pas voulu donner davantage de détails sur la nature de la plainte. Elle a toutefois spécifié qu'elle avait signalé à ces employées d'inscrire son nom sur le document.

« Elles m'ont clairement dit si vous n'aviez pas été là, si vous ne nous aviez pas encouragées, on n'aurait pas fait la plainte parce qu'on ne veut pas vous mettre dans l'embarras », a-t-elle relaté.

« J'ai dit non, il ne faut jamais penser comme ça. Le meilleur ami de la violence, c'est le silence. Donc, si quelqu'un vous dit : "Vous allez me mettre dans l'embarras", cette personne-là n'est pas là pour vous aider. »

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