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L'Iran blâme des « ennemis » pour les manifestations, les États-Unis veulent que l'ONU s'en mêle

Le reportage d'Émilie Dubreuil
Radio-Canada

Au sixième jour d'un rare mouvement de contestation qui a fait au moins une vingtaine de morts, le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, est sorti de son mutisme pour accuser les « ennemis » de la République islamique de fomenter la sédition.

« Dans les événements de ces derniers jours, les ennemis se sont unis en utilisant leurs moyens, de l'argent, des armes, la politique et leurs services de sécurité pour créer des problèmes au régime islamique », a-t-il affirmé mardi dans une déclaration publiée sur son site Internet.

Le chef de l'État n'a pas nommé les « ennemis » en question, mais les pays désignés à la vindicte populaire sont les mêmes depuis que la théocratie iranienne a été instaurée dans la foulée de la révolution de 1979 : le Royaume-Uni, les États-Unis et Israël. Les relations de l'Iran chiite avec l'Arabie saoudite sunnite sont plus tendues que jamais depuis maintenant plusieurs mois.

L'ambassadrice américaine aux Nations unies, Nikki Haley, a réclamé mardi la tenue de « réunions d'urgence du Conseil de sécurité à New York et du Conseil des droits de l'homme à Genève » afin de discuter de l’Iran et de la « liberté » demandée par le peuple iranien.

Nous ne devons pas être silencieux. Le peuple d'Iran réclame sa liberté.

Nikki Haley

L’ambassadrice américaine a aussi repoussé les affirmations des dirigeants iraniens, qui accusent des pays étrangers d'être derrière les manifestations.

« Nous savons tous que c'est archi-faux. Les manifestations sont complètement spontanées » et « il y en a pratiquement dans toutes les villes d'Iran », soutient Nikki Haley.

Quant à sa demande de réunions d’urgence, elle les justifie en disant que « les libertés inscrites dans la Charte des Nations unies sont attaquées en Iran » et « la communauté internationale a un rôle à jouer ».

Les Iraniens « agissent finalement » contre leur « régime brutal et corrompu », a pour sa part commenté le président américain Donald Trump dans un tweet publié à l'aube. « La population a peu de nourriture, [affronte] une importante inflation et n'a pas de droits de la personne », a-t-il ajouté. « Les États-Unis surveillent. »

Au lieu de perdre son temps en envoyant des tweets inutiles et insultants contre les autres peuples, [Trump] ferait mieux de s'occuper des problèmes intérieurs de son pays, notamment l'assassinat quotidien de dizaines de personnes et des millions de sans-abri et affamés [aux États-Unis].

Bahram Ghassemi, porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères

Les manifestations en Iran ont commencé jeudi à Machhad, deuxième ville du pays; elles visaient à dénoncer les difficultés économiques, dont le taux de chômage, qui frôle 30 % chez les jeunes. Elles se sont ensuite étendues à l’ensemble du pays et se sont transformées en un mouvement de protestation politique.

Certains en profitent pour s'attaquer directement non seulement au président Hassan Rohani, mais aussi à l'ayatollah Khamenei, qui dirige le pays depuis 1989. De telles manifestations sont très rares en Iran, où l'appareil de sécurité maintient la population sous une chape de plomb.

Il s’agit du plus important mouvement social depuis celui qui a déchiré le pays en 2009, après la réélection contestée de l'ex-président Mahmoud Ahmadinejad. Les manifestations monstres qui s'étaient produites dans la capitale, Téhéran, avaient d'ailleurs été réprimées dans le sang.

Le président iranien Hassan Rohani a prévenu lundi que le peuple iranien répondrait aux « fauteurs de troubles et hors-la-loi », qualifiant les protestataires de « petite minorité qui lance des slogans allant à l'encontre [...] de la volonté de la nation et qui insulte les valeurs sacrées et révolutionnaires ».

Le chef du Tribunal révolutionnaire de Téhéran, Mousa Ghazanfarabadi, y est aussi allé de ses propres menaces de répression mardi, en avançant que les manifestants s'exposaient à des accusations de « mohareb », ce qui signifie « ennemi de Dieu » en farsi. Dans la théocratie iranienne, il s'agit d'un crime passible de la peine de mort.

Des gens manifestent en Iran, le 30 décembre 2017.Des gens manifestent en Iran, le 30 décembre 2017. Photo : Reuters

Plusieurs morts

Depuis le début des manifestations, 21 personnes ont perdu la vie en Iran.

Selon la télévision d'État iranienne, neuf d'entre elles ont été tuées dans la nuit de lundi à mardi dans la province d'Ispahan, dont six lors d'affrontements avec la police. La télévision d'État affirme qu’ils tentaient de prendre d’assaut un poste de police pour voler des armes à feu.

Un enfant de 11 ans et un homme de 20 ans ont aussi été abattus à Khomeinyshahr, tandis qu'un membre des Gardiens de la révolution, l'armée d'élite du régime, a été tué à Najafabad. Tous trois auraient été atteints par des tirs de fusils de chasse, des armes courantes dans les zones rurales.

Cité par l’agence de presse iranienne ILNA, Ali Asghar Nasserbakht, un sous-gouverneur à la sécurité de Téhéran, a soutenu que 450 personnes ont été arrêtées au cours des trois derniers jours à Téhéran, soit 200 samedi, 150 dimanche et 100 lundi.

Une centaine de personnes ont aussi été arrêtées lundi soir dans la province d'Ispahan, au sud de Téhéran, selon la télévision d'État.

Le gouvernement Trudeau a fait savoir samedi qu'il était « encouragé de voir le peuple iranien exercer son droit fondamental de manifester pacifiquement ».

« Nous appelons les autorités iraniennes à maintenir et à faire respecter les droits démocratiques et les droits de la personne. Le Canada continuera de soutenir les droits fondamentaux des Iraniens, y compris la liberté d’expression », indiquait une déclaration d'Affaires mondiales Canada.

Avec les informations de Agence France-Presse, Associated Press, et Reuters

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