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Les voix du cœur, une chorale qui redonne espoir aux femmes en détresse

La chef de choeur, Monique Leclerc, en compagnie d'une choriste, Maria

La chef de chœur, Monique Leclerc, en compagnie d'une choriste, Maria

Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

Radio-Canada

Depuis six ans, une chorale réchauffe le cœur des femmes à risque d'itinérance ou meurtries par la vie à Montréal. Elles sont une dizaine à venir chanter tous les jeudis à la Maison Olga de l'organisme La rue des Femmes, sous les encouragements de la violoncelliste bénévole Monique Leclerc.

Un reportage de Myriam Fimbry, à Désautels le dimanche

Ce n’est pas une chorale comme les autres. Le local de répétition est situé à La rue des Femmes, là où, toute la journée, les plus démunies de la société viennent chercher un repas chaud, des vêtements ou un lit pour la nuit. En arrivant dans le corridor, elles peuvent entendre résonner des chants. La chorale est ouverte à toutes; une simple porte les en sépare. Mais le seuil n’est pas toujours facile à franchir.

Les femmes qui viennent ici ont toutes connu de la détresse financière, de l’isolement et de l’abandon : abandon de leur famille, de leurs amis, de leur conjoint. Certaines ont vécu les pires violences. Avec toutes ces blessures à panser, dans la tête et le corps, elles n’ont pas de travail. Leurs liens relationnels sont brisés. Mais chaque jeudi après-midi, un petit miracle se produit.

« Chanter quand je suis bien, chanter quand je n'ai rien, chanter sur tous les toits, chanter à pleine voix... » Paroles d'Enrico Macias.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

«Chanter quand je suis bien, chanter quand je n'ai rien, chanter sur tous les toits, chanter à pleine voix...» Paroles d'Enrico Macias.

Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

Même s’il y a des chagrins à fleur de peau, des nœuds coincés dans la gorge, des angoisses pour demain ou des souvenirs douloureux, tout devient d’un seul coup plus beau et joyeux. C’est « le jeudi de Monique ».

Monique Leclerc arrive avec son violoncelle et les bras chargés de paquets, avec, à l’intérieur, de petites surprises, des muffins faits maison, une attention pour chacune... Ce sera pour la pause, après deux ou trois chants. Elle arrive aussi avec plein de câlins, qu’elle distribue sans retenue en serrant longtemps et bien fort ces écorchées vives, qui manquent de tendresse par-dessus tout.

Monique Leclerc enlace une femmeAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La chef de choeur Monique Leclerc a toujours plein de câlins à offrir.

Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

Dans cette chorale comme dans toutes les autres, on fait des exercices de respiration pour commencer. Mais ici, respirer, c’est ne pas pleurer. Il faut inspirer profondément, encore et encore, et expirer le plus loin possible.

Après, on se laisse aller à la joie de chanter et d’oublier. Chanter libère les voies respiratoires et occupe l’esprit. La concentration est requise pour lire la bonne strophe, tout en regardant Monique suivre le rythme et les crescendos, puis articuler les paroles pour se faire comprendre d’une personne imaginaire au fond de la salle.

Mais la tristesse, cette fidèle compagne, revient au détour d’une rime, sournoise. Car le chant fait remonter bien des émotions. Prenez par exemple l’incontournable Noël de la rue, d’Édith Piaf, au programme des répétitions avant les Fêtes. « La lumière et la joie sont derrière les vitrines, ni pour toi, ni pour moi, c’est pour notre voisine… ». Véronique, Maria, Anna et Ginette chantent avec entrain, se balancent, dansent en tenant leur partition. Toutes pensent à la même chose, à ces fêtes inaccessibles remplies de gâteries, de cadeaux et d’amour.

Le reportage de Myriam Fimbry est présenté dimanche dès 10 h sur ICI Radio-Canada Première, à Désautels le dimanche.

Ginette oublie tout et danse au rythme entraînant du violoncelle.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Ginette oublie tout et danse au rythme entraînant du violoncelle

Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

Il y a aussi cette histoire magnifique que toutes adorent chanter, à en brailler : Deux petits chaussons blancs, de Charlie Chaplin. C’est un clown qui meurt d’amour pour une danseuse. « Ça nous rejoint un peu tous, dans le fond », dit Monique Leclerc. « C’est relié au besoin qu’on a tous d’être aimé et d’aimer. Alors, à un moment donné, tout le monde était en larmes. C’est bien! Sans même que personne raconte son histoire à l’autre, on se rejoint dans un silence qui est chanté. »

Monique Leclerc a 76 ans et des cheveux gris rassemblés en chignon. C’est la grand-mère aimante et généreuse des contes pour enfants. C’est aussi la conjointe d’Oliver Jones, le musicien de jazz. Elle a vécu une enfance heureuse et toute une vie dans l’enseignement de la musique, avec des voyages en Europe pour apprendre le violoncelle à des enfants pas trop démunis. Un beau jour, il y a six ans, elle est venue à La rue des Femmes pour offrir ses services. C’est ainsi que la chorale Les voix du cœur a vu le jour.

Il me semblait qu’on aurait besoin du coeur dans ma grande entreprise, là, vous savez? On va essayer de faire chanter les voix du coeur, ce que le coeur peut avoir de voix ou ce qu’il lui reste de voix. C’était comme ça que la chorale devait s’appeler, parce que c’est une histoire de coeur.

Monique Leclerc

Les choristes sont au nombre d’une douzaine les meilleurs jours, avec un noyau dur de cinq ou six mordues. Certaines viennent faire un tour, s’assoient pour écouter, repartent avec un gâteau. Peut-être qu’elles reviendront chanter la prochaine fois. Ou pas... Peu importe, la chef de chœur accueille tout le monde avec un grand sourire et ses bras pleins de tendresse.

Si elles reviennent, elles auront la chance, peut-être, de reprendre confiance en elles, de retrouver un peu de cette estime de soi perdue, et même un jour, qui sait?, de se trouver belles. Monique les appelle toujours « ses belles dames » : elle les couvre de compliments et de « bravo mes amours ». Pendant quatre heures, c’est du positif absolu. « Ça leur fait un bien énorme et, à moi, presque encore plus! »

La fondatrice de La rue des Femmes, Léonie Couture, serre dans ses bras Johanne, qui vient de décider de se joindre à la chorale.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La fondatrice de La rue des Femmes Léonie Couture serre dans ses bras Johanne, qui vient de décider de se joindre à la chorale.

Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

Les voix du cœur donnent des concerts quatre ou cinq fois par an. Elles sont là pour réchauffer les plus démunis, à la Nuit des sans-abris, ou pour remercier les généreux donateurs et bienfaiteurs de La rue des Femmes. C’est là que chacune revêt ses plus beaux habits et se sent incroyablement fière. Les personnalités invitées applaudissent chaleureusement quoi qu’il arrive.

Car le but n’est pas de faire une grande performance. « Nous ne sommes pas Callas, Pavarotti non plus », dit la chanson Viens-t’en dans la chorale, écrite par Monique Leclerc. C’est, plutôt, une performance du cœur.

La rue des Femmes en chiffres (2016) :

  • 19 000 nuitées dans l’une des maisons
  • 64 000 repas chauds servis du matin au soir
  • 52 000 heures de soutien avec intervenante
  • Plus de 1000 femmes soignées avec compassion

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