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Arrivée de Syriens au Canada : un an pour apprendre l'anglais, est-ce suffisant?

Nabil Hawara, un réfugié syrien dans une classe d'anglais à Montréal en 2014

Nabil Hawara, un réfugié syrien dans une classe d'anglais à Montréal en 2014

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Le gouvernement fédéral a cessé de financer l'intégration des milliers de réfugiés syriens que le Canada a accueillis après l'élection du gouvernement Trudeau en octobre 2015. Pour les al-Sheayer de Meaford, le programme de parrainage est arrivé à échéance en février 2017, soit un an après leur arrivée en Ontario. Ils ne sont toutefois pas encore assez à l'aise en anglais pour travailler dans leur communauté.

Un texte de Jean-Philippe Nadeau

Rajab al-Sheayer est arrivé au Canada en février 2016 après avoir été sélectionné dans un camp de réfugiés au Liban.

Il a été parrainé dans la communauté de Meaford et le gouvernement fédéral a versé à sa famille de quatre enfants 16 500 dollars pendant un an. Une somme que les parrains des al-Sheayer ont dû égaler pour que le Programme mixte des réfugiés désignés par un bureau des visas soit viable.

À l'époque, le programme de parrainage canadien avait été mis en place de façon urgente pour répondre à la crise des réfugiés en Syrie au plus fort des combats dans le pays.

Le Canada continue d'accueillir des réfugiés syriens, mais ces derniers ne bénéficient plus d'aucune aide financière et leurs parrains sont financièrement responsables de leur intégration.

En région et en milieu rural, ce sont les associations caritatives, le plus souvent des églises protestantes, qui offrent des cours d'anglais langue seconde avec l'aide d'enseignants bénévoles, le plus souvent à la retraite.

Des élèves dans une classe d'anglais langue seconde.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des élèves dans une classe d'anglais langue seconde de Vancouver.

Photo : Radio-Canada

Dans les centres urbains, ce sont surtout les grands conseils scolaires ou des organisations comme COSTI qui offrent des cours de langue seconde et des services d'aide à l'emploi aux réfugiés.

Dès leur arrivée au pays, Rajab et son épouse Hanan ont donc commencé à apprendre l'anglais dans le sous-sol d'une église anglicane à Owen Sound. Ils ne sont toutefois pas devenus financièrement indépendants après un an.

Faute d'emploi, la famille al-Sheayer vit aujourd'hui de l'aide sociale de la province. Le couple vend des plats cuisinés syriens dans des marchés de la région pour boucler les fins de mois et déclare tous ses revenus.

Rajab et Hanan al-Sheayer en classeAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Rajab et Hanan al-Sheayer en classe

Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Nadeau

Rajab reconnaît qu'il ne parle pas assez bien anglais pour trouver un emploi de soudeur dans la région. Il a quand même réussi à décrocher son permis de conduire et à obtenir deux équivalences de diplômes dans son métier.

Je dois d'abord terminer mes cours d'anglais avant de chercher un travail, mais c'est difficile.

Une citation de : Rajab al-Sheayer

Les al-Sheayer ont fait des progrès indéniables en un an, selon Francis Richardson, l'un des parrains qui ont fait venir la famille à Meaford. « Leur compréhension de la langue est meilleure que leur communication orale », précise-t-il.

Le trésorier de l'église anglicane de Meaford souligne toutefois que « le gouvernement leur a coupé toute aide financière après un an, parce qu'il pensait que cela serait suffisant pour être autonome en anglais ». Une décision que M. Richardson juge trop hâtive.

Le directeur des programmes d'anglais langue seconde au Centre Arden d'Owen Sound, David Foster, ajoute que « Rajab partait avec plus de retard que sa femme, parce qu'il est analphabète dans sa langue maternelle ».

Il leur faudra trois ou quatre ans avant de fonctionner en anglais sans difficulté.

Une citation de : David Foster, directeur des programmes d'anglais langue seconde au Centre Arden d'Owen Sound

M. Foster explique que Rajab et Hanan sont maintenant inscrits dans un niveau intermédiaire et qu'il leur faudra encore deux autres années d'apprentissage à temps plein avant de terminer cinq niveaux de langue.

Rajab et Hanan al-Sheayer avec le directeur des programmes d’ESL, David FosterAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Rajab et Hanan al-Sheayer avec le directeur des programmes d’ESL, David Foster

Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Nadeau

Hanan a d'ailleurs dû lire en arabe à son mari le Code de la route de l'Ontario - disponible dans plusieurs langues sur Internet - avant son examen à l'école de conduite. Mais pour devenir soudeur, la connaissance de l'anglais est primordiale en Ontario et les employeurs n'hésiteront pas à faire passer à Rajab des tests de la province pour confirmer ses aptitudes linguistiques.

Il existe une marge entre communiquer en anglais avec des clients au marché et comprendre des règlements en matière de santé et de sécurité au travail.

Une citation de : Francis Richardson, trésorier de l'église anglicane de Meaford

Dans un communiqué, le ministère fédéral de l'Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté affirme qu'il était entendu que les provinces prendraient le relais du gouvernement canadien pour assurer le filet social de tous ces réfugiés, parce qu'un an ne serait probablement pas suffisant pour devenir indépendant financièrement.

Il soutient néanmoins que les Syriens ont toujours accès à une panoplie de services gratuits tant au fédéral qu'au provincial pour faciliter leur intégration rapide dans leur société d'accueil. Ils reçoivent en outre des allocations fédérales et ontariennes non imposables pour chaque enfant.

Le Conseil ontarien des organismes de service aux immigrants (OCASI) précise que l'objectif du programme consistait à donner à tous ces Syriens la possibilité d'accomplir leurs rêves.

Nous ne nous attendions pas à ce qu'ils deviennent bilingues et qu'ils trouvent un emploi en l'espace d'un an et nous savions que certains auraient plus de difficultés que d'autres pour apprendre une seconde langue.

Une citation de : Debbie Douglas, directrice générale du Conseil ontarien des organismes de service aux immigrants
Rajab al-Shaeayer, vend des plats syriens au marché des fermiers d'Owen Sound.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Rajab al-Sheayer, vend des plats syriens au marché des fermiers d'Owen Sound.

Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Nadeau

Mme Douglas explique que « le gouvernement fédéral, les provinces et les agences ne veulent pas que ces individus restent sur l'aide sociale toute leur vie, mais qu'ils approfondissent leurs compétences pour décrocher un jour un emploi, de soudeur, par exemple ».

Debbie Douglas soutient malgré tout que l'initiative du gouvernement Trudeau a été couronnée de succès grâce au « soutien inconditionnel et [à] la générosité » des Canadiens.

Faire venir 40 000 réfugiés syriens en moins d'un an au Canada représentait une initiative audacieuse de la part du gouvernement.

Une citation de : Debbie Douglas, directrice générale du Conseil ontarien des organismes de service aux immigrants

Mme Douglas reconnaît qu'il leur faudra du temps pour s'intégrer dans la société. « Ils y parviendront néanmoins grâce à leur esprit entrepreneurial et leurs enfants réussiront mieux que leurs parents », conclut-elle.

Au moment d'écrire ces lignes, le ministère ontarien des Affaires civiques et de l'Immigration ne nous avait pas rappelés. On ignore donc combien de réfugiés syriens se sont installés dans la province et la proportion de ceux qui vivent maintenant de l'aide sociale.

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