•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Les adieux d’un poète qui n’a pas peur des dossiers chauds au Parlement

George Elliott Clarke, en compagnie de la ministre de l'Environnement, Catherine McKenna.

Photo : Radio-Canada / Fannie Olivier

Radio-Canada

Le septième poète officiel du Parlement du Canada tire sa révérence à la fin de 2017. Au cours de son mandat de deux ans, George Elliott Clarke n'a pas hésité à aborder de front les dossiers délicats, comme la légalisation de la marijuana, les paradis fiscaux et l'attaque terroriste à la grande mosquée de Québec. Rencontre avec un poète hors du commun.

Un texte de Fannie Olivier

George Elliott Clarke embrasse du regard la Bibliothèque du Parlement, son toit en dôme et ses étagères en bois finement sculpté.

« Quel endroit magnifique, lance-t-il, dramatique. C’est ma dernière fois dans cette pièce comme poète officiel et je ressens toute l’agonie et la douleur d’avoir à renoncer à cette cathédrale de la littérature. »

Sa voix, puissante, résonne dans l’enceinte de ce lieu chargé d’histoire. C’est l’unique pièce qui n’a pas brûlé dans l’incendie dévastateur du parlement en 1916. Le poète officiel du Parlement relève de cette Bibliothèque depuis que le poste a été créé, il y a 16 ans.

Ses rayons contenaient déjà les nombreux recueils et romans de George Elliott Clarke. En devenir le poète officiel a été pour lui « le plus grand honneur » auquel pouvait aspirer un poète.

Prolifique et politique

Au cours de son mandat, George Elliott Clarke a été particulièrement prolifique : il a signé une cinquantaine de poèmes en deux ans. De son « Oraison sur les femmes disparues ou assassinées » à son « Élégie pour Leonard Cohen », en passant par sa « Déclaration sur les pronoms » portant sur la discrimination envers les transgenres, il a touché à une multitude de sujets.

Et il n’a pas hésité à aborder les sujets chauds débattus à Ottawa.

« Il ne s’est pas gêné d’écrire des poèmes qui portaient sur des sujets plus politiques, mais quand même dans un rôle impartial et non partisan », signale Robert Henri, porte-parole de la Bibliothèque du Parlement.

Il a poussé l'audace jusqu'à s'attaquer au scandale des Paradise Papers, qui ont éclaboussé plusieurs politiciens et autres acteurs du milieu politique – à commencer par le grand argentier du Parti libéral du Canada, Stephen Bronfman.

En tant que citoyen informé, j’ai mes doutes sur le mérite d’avoir des segments de la population qui parviennent à ne pas contribuer au Trésor public. Être non partisan ne signifie pas être apolitique.

George Elliott Clarke, poète sortant du Parlement

Poème sur demande

George Elliott Clarke a par ailleurs écrit de nombreux vers sur commande. Députés, ministres, sénateurs et même l’ancien gouverneur général David Johnston lui ont demandé de mettre son talent à contribution pour illustrer des enjeux qui leur tenaient à cœur. Il a accepté de se prêter au jeu à chaque fois.

La ministre de l’Environnement, Catherine McKenna, lui a, par exemple, commandé un poème sur Parcs Canada, dont l’accès était gratuit pour les célébrations du 150e anniversaire de la Confédération. Le résultat est un long poème personnel, dans lequel le poète évoque ses souvenirs à la mer avec sa fille Aurélia, au Parc national de l'Île-du-Prince-Édouard.

La ministre a été ravie du résultat. « Comment est-ce qu'on peut parler de la mer? Comment peut-on vraiment capturer la majesté des montagnes? Je pense que c'est avec les poèmes, plaide Mme McKenna. C'est une manière différente. Et moi, je voulais inspirer les gens. »

Le mandat du poète officiel du Parlement est de deux ans. Il est choisi conjointement par les présidents du Sénat et de la Chambre des communes. Le poète reçoit 20 000 dollars par année pour ses services. Il dispose d’un budget de déplacement de 13 000 dollars par année.

Pour trouver lui-même l'inspiration, George Elliott Clarke a foulé le sol des 13 provinces et territoires au cours de son mandat. Il s'est également donné comme mission de rendre la poésie plus accessible aux Canadiens, en créant un registre poétique national en ligne.

Le temps est venu pour le poète officiel de passer la plume au prochain, qui sera nécessairement un francophone, en raison de la règle d’alternance.

Une grande partie de son œuvre restera néanmoins d'actualité encore un bon moment à Ottawa… à commencer par son poème sur la légalisation de la marijuana.

Politique fédérale

Politique