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La libération de Raif Badawi passerait-elle par le pardon de son père?

Ensaf Haidar
Ensaf Haidar Photo: Radio-Canada / Geneviève Proulx

Ensaf Haidar, l'épouse de Raif Badawi, s'insurge contre le fait que le gouvernement du Canada lui demande d'écrire une lettre à son beau-père lui demandant de dire au roi d'Arabie saoudite qu'il pardonne à son fils.

Un texte de Geneviève Proulx

Elle affirme que c'est le député libéral fédéral Omar Alghabra qui lui a fait cette demande à la suite d'une rencontre avec l'ambassadeur de l'Arabie saoudite.

Selon Mme Haidar, si Raif Badawi obtenait le pardon de son père, il serait automatiquement libre. « On sait que Raif est condamné à 10 ans de prison, mais j'ai une copie du jugement qui dit que Raif est condamné à cinq ans de prison uniquement pour cette affaire de droit privé où son père a porté plainte contre lui pour désobéissance parentale. Comme il a déjà purgé cinq ans et six mois de prison, il devrait être libre à l'heure actuelle », analyse-t-elle.

Action inutile

Ensaf Haidar soutient que cette action est totalement inutile parce que, de toute façon, le père de Raif n'est plus considéré comme son tuteur officiel, étant donné qu'il ne s'est pas présenté à des rendez-vous liés au dossier de son fils. « Si c'est vrai que l'emprisonnement de Raif est lié à son père, comme il n'est plus son tuteur, la plainte pour désobéissance parentale tombe automatiquement. Il faudrait qu'il soit libéré maintenant. Je n'ai pas besoin de lui écrire! » déplore-t-elle.

Ensaf Haidar n'entretient pas de bonnes relations avec son beau-père, qu'elle considère comme « mauvais, criminel, avec des problèmes de santé mentale ». « Il a demandé que son fils soit condamné, qu'il reçoive la peine de mort! Je ne veux pas lui écrire. Je vais écrire 100 fois au prince avant d'écrire à cet homme! »

Pour elle, le gouvernement fait fausse route avec cette demande. « C'est malheureux que le gouvernement du Canada croie l'ambassadeur saoudien, qui dit que l'emprisonnement de Raif est lié à une personne malade et criminelle qui a demandé de punir très fortement Raif. Je commence à croire que le gouvernement ne prend pas d'actions sérieuses dans le dossier de Raif. »

« C'est une idée que nous avons proposée après avoir reçu un conseil. Peut-être qu'elle pourrait demander au père de M. Badawi d'exprimer ses regrets concernant les répercussions que tout ça a sur sa famille et pour lui demander de laisser tomber la cause civile », a expliqué le député Omar Alghabra à CBC.

« Je comprends les frustrations de Mme Haidar, et n'importe qui serait frustré aussi, mais dans ce cas, nous ne devons pas laisser tomber les occasions qui s'offrent. On ne peut pas mettre de côté aucune des idées qu'on nous donne pour faire libérer M. Badawi », a-t-il ajouté.

Elle doit le faire

Pour Mohamed Ourya, professeur de politique à l'Université de Sherbrooke, il ne fait aucun doute qu'Ensaf Haidar doit se plier à la demande du gouvernement. « Il faut le faire. Pour récupérer Raif Badawi, il faut y aller avec les moyens du bord. Il faut l'écrire, cette lettre, et sortir de cette impasse. Il faut sortir de sa prise de position personnelle », dit-il.

Mme Badawi doit choisir : récupérer son mari et le père de ses enfants ou rester fidèle à ses convictions. Voilà le dilemme qui se présente à elle.

Mohamed Ourya

International