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Madrid refuse l'appel au dialogue du leader indépendantiste catalan Puigdemont

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Le premier ministre espagnol Mariano Rajoy devant un lutrin.

Le premier ministre espagnol Mariano Rajoy lors de sa conférence de presse au lendemain des élections catalanes.

Photo : Getty Images / Oscar del Pozo

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Le premier ministre espagnol Mariano Rajoy refuse d'envisager une rencontre avec l'ex-président catalan Carles Puigdemont, dont le parti semble être en position de force pour former le prochain gouvernement de la Catalogne au terme de l'élection historique tenue jeudi.

Réagissant aux résultats de l'élection, vendredi matin, M. Rajoy n'a pas tergiversé lorsqu'on lui a demandé s'il était disposé à rencontrer M. Puigdemont, comme ce dernier l'avait proposé un peu plus tôt dans la journée depuis Bruxelles, où il s'est exilé après avoir été accusé de sédition et de rébellion par la justice espagnole.

« La personne avec qui je devrais m’asseoir est celle qui a gagné les élections, Mme Arrimadas », a dit le chef du gouvernement espagnol à ce sujet. Il faisait référence à la cheffe du parti centriste Ciudadanos, Inès Arrimadas, qui a terminé les élections en première place avec 37 des 135 sièges à la prochaine législature.

La réconciliation doit être la première tâche de celui qui gouvernera. Je suis convaincu que s'ouvre maintenant en Catalogne une nouvelle étape basée sur le dialogue et non sur la confrontation et l'unilatéralité.

Mariano Rajoy, chef du gouvernement espagnol

Malgré le résultat obtenu par Ciudadanos, il demeure difficile d'imaginer comment le parti constitutionnaliste de Mme Arrimadas peut espérer former le prochain gouvernement catalan, en raison du jeu d'alliances rendu inévitable par le mode de scrutin proportionnel en vigueur.

Les autres partis dits « constitutionnalistes » n'ont obtenu que 20 sièges - 17 pour le Parti socialiste et 3 pour le Parti populaire de M. Rajoy - ce qui leur donne un total de 57 sièges, loin des 68 nécessaires pour avoir une majorité absolue.

Un appui des 8 députés de Catalunya en Comù - Podem, une coalition qui est en faveur du référendum « accordé » avec Madrid, mais sans appuyer l'indépendance pour autant, ne changerait rien à cet état de fait.

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L'analyse de François Brousseau

Les indépendantistes majoritaires, mais divisés

La réalité est que les trois partis indépendantistes de la Catalogne – Junts per Catalunya (JpC), dirigé par M. Puigdemont, Gauche républicaine de Catalogne (ERC) et le part d'extrême gauche CUP – ont récolté 70 des 135 sièges en jeu, de sorte qu'ils peuvent théoriquement former le prochain gouvernement, pour peu qu'ils surmontent leur division.

Parmi les députés indépendantistes élus, trois sont cependant actuellement en détention préventive, dont le chef de l'ERC, Oriol Junqueras, cinq autres sont en exil et neuf ont été inculpés en lien avec les activités de l'ancien gouvernement indépendantiste.

La loi espagnole stipule que des élus peuvent formellement accepter leur siège de député sans être présents. Les règles parlementaires ne permettent toutefois pas aux députés de voter sans être présents au parlement. Par conséquent, à moins que leur statut ne change, les élus en exil ou emprisonnés pourraient devoir renoncer à leur siège et les céder à d'autres membres du parti.

Concrètement, le prochain président catalan appelé à diriger le gouvernement doit être élu à la majorité des députés du Parlement. Si aucun gouvernement ne peut être formé avant la fin mars, de nouvelles élections devront cependant être convoquées dans les deux mois qui suivront.

M. Rajoy a également prévenu en conférence de presse que le prochain gouvernement catalan, « quel qu'il soit [...] sera soumis à l'empire de la loi ». Cela laisse entendre qu'il n'hésiterait pas à recourir une fois de plus à l'article 155 de la Constitution, utilisé pour la première fois le 27 octobre pour destituer le gouvernement de M. Puigdemont et dissoudre le Parlement qui venait de déclarer l'indépendance.

Le premier ministre espagnol n'en a pas moins salué le bon déroulement du scrutin et le taux de participation historique de plus de 82 %. « Ces élections se sont tenues dans le respect de la loi, et avec toutes les garanties électorales », a-t-il reconnu.

La main tendue de Puigdemont

Plus tôt en matinée, M. Puigdemont a proposé de rencontrer M. Rajoy à l'extérieur de l'Espagne. « Je suis prêt à rencontrer M. Rajoy à Bruxelles ou dans n'importe quel autre lieu de l'Union européenne qui ne soit pas l'État espagnol, pour des raisons évidentes », a-t-il déclaré devant la presse.

Destitué de son poste de président de la Catalogne par Madrid après qu'il eut proclamé l'indépendance de la région en octobre dernier, M. Puigdemont s'est exilé à Bruxelles après que la justice espagnole eut décidé de le poursuivre pour rébellion et sédition.

Il s'est tout de même présenté aux élections comme chef de Junts per Catalunya. Contre toute attente, son parti a récolté 34 sièges, soit deux de plus que la Gauche républicaine de Catalogne. Son avenir demeure incertain pour le moment : s'il revenait en Catalogne, il pourrait être arrêté.

« On doit changer complètement la recette de Mariano Rajoy, parce qu’elle ne marche plus », a-t-il déclaré en français lors de sa conférence de presse à Bruxelles.

Je dis que je veux parler avec Mariano Rajoy, parce qu’il a été le responsable de tout ce qui s’est passé, il est responsable de la catastrophe dans son parti politique. Il a la grande responsabilité. Mais s’il veut déléguer un autre responsable, je n’ai aucun problème.

Carles Puigdemont

Lorsqu'on lui a demandé ce qui se passerait si M. Rajoy ne répondait pas à son invitation, M. Puigdemont a répondu : « Nous méritions d’être au moins écoutés. [...] car nous avons gagné le droit à être écoutés. [...] Je ne demande pas l’impossible, je demande qu’on nous écoute. ​ »

M. Puigdemont a en outre demandé vendredi à être entendu par les institutions européennes après la victoire des indépendantistes aux élections en Catalogne.

« La Commission européenne a accepté la solution de M. Rajoy. Moi je n’exige pas qu’elle change de point de vue, mais je demande simplement qu’elle écoute le peuple catalan [...] Je crois qu’il est nécessaire d’écouter toutes les parties dans ce conflit, le peuple catalan a le droit d’être écouté », a-t-il déclaré.

L'Union européenne s'est résolument rangée derrière Madrid dans le bras de fer qui l'oppose aux indépendantistes catalans, au grand dam de M. Puigdemont, qui n'a pas manqué de les critiquer pendant la campagne électorale.

Quel avenir pour Carles Puigdemont?

« La question fondamentale est de savoir, à mon avis, si M. Puigdemont peut devenir à nouveau président du gouvernement catalan », a affirmé le professeur de droit constitutionnel à l'Université de Barcelone, Xavier Arbos Marin, en entrevue vendredi à l’émission Midi info. Notons que M. Marin s’oppose à l’indépendance de la Catalogne.

« Certains de ses discours sont un peu ambigus, a-t-il ajouté. Il semble demander une simple restitution, après être déposé par l’article 155. Mais si l’on doit suivre la procédure, alors il faut que le nouveau Parlement soit d’abord constitué. Cela se fera environ le 20 janvier. Le président du Parlement devrait alors présenter un candidat. Si ce candidat est M. Puigdemont, il devra physiquement être présent au Parlement pour faire son discours dans lequel il demanderait l’approbation de la Chambre. Alors s’il reste toujours avec le mandat effectif en Espagne, j’imagine que ce sera difficile à surmonter. »

Quel avenir pour Mariano Rajoy?

« Il a reçu un très grand coup », convient le professeur Xavier Arbos Marin.

« Mais il faut prendre en considération qu’il n’y a pas de nouvelles élections générales avant 2020, ajoute-t-il. Je crois que M. Rajoy est capable de résister aux critiques. »

 La Catalogne en quête d'indépendance
Avec les informations de Agence France-Presse, et Le Monde

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