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Prévenir la radicalisation : portrait d’une équipe d’experts de plus en plus sollicitée

Cécile Rousseau, pédopsychiatre, Mathieu Brami, psychologue, Anousheh Machouf, psychologue

Cécile Rousseau, pédopsychiatre, Mathieu Brami, psychologue, Anousheh Machouf, psychologue

Photo : Radio-Canada / Marie-France Bélanger

Radio-Canada

Depuis un an et demi, une équipe de spécialistes en radicalisation, basée au CLSC de Parc-Extension à Montréal, mène des interventions, fait de la formation et donne du soutien. Radio-Canada a rencontré ces professionnels dont les services sont de plus en plus sollicités.

Un reportage de Marie-France Bélanger

La psychologue Ghayda Hassan est une sommité en matière de radicalisation. Elle fait partie de l’équipe de référence du ministère de la Santé et des Services sociaux qui a formé, depuis un an, des centaines de personnes dans les réseaux de l’éducation et des services sociaux.

Lorsque nous l’avons rencontrée, elle s’adressait à un groupe de psychologues scolaires dans une école de la région de Montréal. Dans sa présentation, elle précise d’entrée de jeu que des comportements qui peuvent sembler radicaux ne le sont pas forcément.

« Il y a quelques années, les gens appelaient pour dire "je vais me suicider", a-t-elle indiqué en s'adressant aux psychologues réunis. C’était ça qui faisait le plus réagir le système scolaire. Mais aujourd’hui, ce qui fait le plus réagir, c’est "je vais tuer". C’est une nouvelle façon d’exprimer la détresse. Mais le jeune n’est pas radicalisé. »

Ces informations permettent aux professionnels de mieux intervenir.

Ghayda Hassan, psychologue et professeure de psychologie à l’UQAM

Ghayda Hassan, psychologue et professeure de psychologie à l’UQAM

Photo : Radio-Canada / Marie-France Bélanger

Une équipe unique et discrète

L’équipe clinique de prévention de la discrimination et de la radicalisation violente du CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’île-de-Montréal comprend huit personnes, soit des chercheurs, des psychologues, des psychiatres et des travailleurs sociaux.

Il s’agit de la référence au Québec dans le réseau de la santé et des services sociaux en matière de radicalisation. L’équipe joue un rôle de leader pour les autres unités du même genre mises sur pied à Laval, Sherbrooke, Québec et Gatineau. Formation, thérapie et soutien figurent parmi les services offerts aux personnes radicalisées, aux victimes ainsi qu’aux intervenants du réseau.

On peut répondre à une demande d’une école qui est inquiète. On peut accompagner des familles qui ont vécu de la discrimination, par exemple après l’attentat de Québec. On peut avoir toutes sortes de suivi ou d’accompagnement.

Anousheh Machouf, psychologue

L’équipe se veut discrète pour éviter toute forme de stigmatisation pour ceux et celles à qui elle vient en aide.

Pourquoi une équipe issue du milieu de la santé? « Parce que les jeunes qui s’engagent dans un processus qui pourrait mener à la radicalisation violente sont souvent en situation de souffrance sociale, familiale, personnelle », dit Mme Machouf. Certains souffrent aussi de problèmes de santé mentale, ajoute-t-elle. « Une équipe en santé mentale et services sociaux est essentielle », souligne la psychologue.

L'équipe a été mandatée dans la foulée du plan d’action du gouvernement du Québec sur la radicalisation à la suite de l’attentat de Saint-Jean-sur-Richelieu en 2014.

État des lieux

L’équipe a vu une soixantaine de cas depuis un an et demi. Il s’agit autant de femmes que d’hommes, âgés essentiellement de 10 à 30 ans.

L’unité reçoit maintenant quatre fois plus d’appels que l’an passé, explique la pédopsychiatre et chercheure Cécile Rousseau.

« Le nombre de situations pour lesquelles on est appelés est en augmentation. Une des raisons, c’est peut-être que les gens connaissent plus nos services. Ça, c’est le bon côté de l’augmentation des demandes. Le mauvais côté, c’est de se dire qu’on entre au Québec, comme dans le monde, dans une zone de turbulence. On a l’impression que ça va encore augmenter avant de diminuer. Ce n’est pas dramatique, mais il faut se préparer. »

L’équipe est surtout confrontée à des situations de radicalisation d’extrême droite ou religieuse qui se revendiquent de l’islam. « Tout le monde pense qu’il [le radicalisme religieux] est le groupe le plus dangereux. Ce n’est pas du tout évident en termes de danger réel », estime Cécile Rousseau.

Elle signale que ce sont les crimes haineux et les incidents liés à l’extrême droite qui sont en croissance.

La trame de fond, c’est d’essayer de comprendre d’où vient la colère. Dans 95 % des situations qu’on voit, le problème n’est pas idéologique. L’idéologie vient nourrir une détresse personnelle, familiale ou communautaire.

Cécile Rousseau, pédopsychiatre

Un réseau pancanadien pour identifier les meilleures pratiques

La psychologue Ghayda Hassan est également à la tête du Réseau des praticiens canadiens en prévention de la radicalisation violente. Ce réseau est en train de recueillir des données un peu partout au pays pour identifier les meilleurs pratiques et services. Pour l’instant, tout porte à croire que le modèle multidisciplinaire, avec des équipes provenant des différents secteurs, qui assurent une prise en charge rapide, est celui qui fonctionne le mieux.

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