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Un ex-camionneur et sa conjointe interpellent Québec pour aider d'autres routiers en détresse

Le reportage de Mathieu Dion

Si l'ex-camionneur Patrick Forgues se dit « grand, gros et fort », sa force a été insuffisante après qu'un homme se fut enlevé la vie au passage de son poids lourd, en février 2013. Victime d'un choc post-traumatique, il espère maintenant obtenir une aide financière du ministère des Transports du Québec (MTQ) pour mener un projet pilote auprès de routiers comme lui.

Un texte de Mathieu Dion, correspondant parlementaire à Québec

Depuis un an, Patrick et sa conjointe, Kareen Lapointe, travaillent d’arrache-pied et bénévolement pour faire connaître leur organisme à but non lucratif, SSPT chez les camionneurs (Syndrome de stress post-traumatique chez les camionneurs).

L’intention du couple de Saint-Anselme, dans Chaudières-Appalaches, était d’abord de rechercher grâce à une page Facebook d’autres cas de détresse familiale après qu’un camionneur eut été impliqué dans un grave accident de la route. Les histoires semblables à celle de Patrick Forgues ont commencé à s'accumuler.

Peu de temps après l’accident, « mon corps fonctionnait, mais je n’avais plus d’âme », explique-t-il. Comme on l’observe chez des militaires ou d’autres corps de métier semblables, le choc post-traumatique qui s’est installé a littéralement fait déraper sa vie et celle de Kareen. « Tu te sens vide. [...] Tu vis tout le temps en état d'alerte », décrit-il.

Malgré ses 17 ans de carrière, Patrick n’a jamais pu reprendre le travail à la suite du drame, à l’exception d’un bref retour qui « a viré en catastrophe ».

Juste reprendre le volant de ma voiture, c’est difficile. Je me mets à trembler comme une feuille et à saigner du nez tellement que la pression devient forte.

Patrick Forgues, ex-camionneur

Nécessité d’une intervention précoce

Patrick Forgues affirme qu’il aurait eu besoin d’un soutien psychologique spécialisé dès les premières heures suivant le drame, mais cette aide est arrivée trop tard.

L'ex-camionneur et sa conjointe souhaitent désormais démontrer « la nécessité de mettre en place un protocole d’action quand survient un accident ». La Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) pourrait obliger un camionneur, par exemple, à rencontrer un thérapeute dans les 48 heures suivant l'accident.

Pour évaluer le potentiel d’un tel protocole dans le cadre d’un projet pilote, le couple s'est associé à un réseau de psychoéducateurs et au Centre de recherche et d'intervention sur le suicide et l’euthanasie (CRISE) de l’Université du Québec à Montréal, qui a déjà étudié le phénomène auprès des conducteurs de train.

Kareen Lapointe et Patrick Forgues sont à l'origine de l'organisme à but non lucratif SSPT chez les camionneurs.Kareen Lapointe et Patrick Forgues sont à l'origine de l'organisme à but non lucratif SSPT chez les camionneurs. Photo : Radio-Canada

La proposition de projet pilote a été déposée au MTQ en vue d’obtenir un financement de 160 000 $ sur les 200 000 $ nécessaires à sa mise sur pied. Le ministère a récemment lancé un appel de candidatures pour des initiatives en matière de sécurité routière et mis en place un fonds de 30 millions de dollars financés par les surplus générés par les radars photo.

Le dossier de Patrick et Kareen fait présentement l’objet d’une analyse, selon le cabinet du ministre des Transports, André Fortin. La ministre du Travail et députée de Bellechasse, Dominique Vien, leur a aussi offert son appui par écrit.

Quant à l’Association du camionnage du Québec, qui représente l’industrie, elle s’est engagée à rencontrer le couple prochainement. Comme d’autres acteurs privés, elle pourrait octroyer une partie des sommes manquantes pour le démarrage du projet pilote.

Véhicules lourds et accidents mortels

Un véhicule lourd est impliqué dans plus de 15 % des accidents mortels au Québec et les camionneurs seraient souvent laissés pour compte dans les heures suivant le drame. Le directeur général de l’Association des routiers professionnels, Charles Englehart, reconnaît que « ça prend de l’aide mais, dans le véhicule lourd, il n’y a absolument aucun organisme ».

Demander à la personne de trouver elle-même l’aide est difficile. Une forme d’aide automatique serait plus efficace.

Charles Englehart, directeur général de l’Association des routiers professionnels du Québec

« On ne parle pas de nos émotions dans l’industrie parce que c’est de même, c’est pour les faibles, ça », déplore Patrick Forgues. Il espère maintenant un changement dans les mentalités et invite aussi les camionneurs en détresse à consulter.

« Le métier de camionneur, on l’a en dedans de nous. Ça prend beaucoup de place dans une vie », ajoute-t-il. Parfois trop de place, au point où des camionneurs, craint-il, reprennent la route après un accident alors qu'ils sont encore vulnérables.

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