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Crystal, un spectacle du Cirque du Soleil qui a sa propre identité

La Canadienne Nobahar Dadui tient le rôle de Crystal, dans le spectacle du même nom du Cirque du Soleil.

La Canadienne Nobahar Dadui tient le rôle de Crystal, dans le spectacle du même nom du Cirque du Soleil.

Photo : Cirque du Soleil / Matt Beard

Il y a quelques mois, j'ai retrouvé au fond d'une boîte le programme souvenir du spectacle présenté au Forum de Montréal par la troupe de patinage artistique Ice Follies, en 1969. Je me disais que Crystal, du Cirque du Soleil, présenté mercredi soir au Centre Bell, allait être fort différent de ce que j'avais vu durant mon enfance.

Il fallait s’attendre à ce que cette première production sur glace du Cirque du Soleil se démarque des glorieux prédécesseurs que furent les Ice Follies, les Ice Capades et autres Disney On Ice, sans oublier un minimum d’éléments du cahier de charges.

Curieusement, si Crystal se veut une version 3.0 des spectacles sur glace, la trame narrative est fortement inspirée d’un vieux classique de la littérature de Lewis Carroll.

Jeune femme excentrique, Crystal cherche à donner un sens à sa vie. Telle une Alice au pays des merveilles, elle chute, non pas dans le trou d’un terrier, mais à travers la glace d’un étang qui cède sous ses coups de patin. Aspirée dans un monde tout droit sorti de son imagination, elle côtoie son alter ego (Réflexion) dans une quête qui la forcera à révéler sa force intérieure et à refaire surface, au sens propre comme au figuré.

Des moyens ambitieux

Château de glace installé au fond de l’aréna, surface glacée qui se transforme au gré des projections (rues, patinoire extérieure, parc, plancher de salle de bal) et rampes comme celles utilisées pour les sports extrêmes (planche à roulettes, BMX), Crystal a les moyens de ses ambitions.

Comme c’est toujours le cas dans une production du Cirque du Soleil, les moments placés sous le signe de l’émotion pure alternent avec ceux plus acrobatiques ou, au contraire, sont parfaitement intégrés. Avec des patineurs acrobates et des acrobates qui se déplacent au sol à l’aide de crampons, on obtient d’intéressantes variantes de rythmes dans des numéros de main à main ou de glisse.

Les tourments intérieurs de Crystal avec sa famille, un numéro plutôt classique de jonglerie et la première rencontre avec Réflexion donnent lieu à des numéros parfois poétiques, tantôt à grand déploiement, mais rarement renversants. L’arrimage entre le patinage et l’acrobatie se révèle être plus complexe qu’il n’y paraît.

Durant la première partie, peu de numéros arrachent les « oh! » et les « ha! » auxquels nous sommes habitués à une production du Cirque du Soleil. La séquence au trapèze durant laquelle Crystal fait ses acrobaties chaussée de ses patins frappe l’imaginaire. Les amateurs de musique reconnaîtront la voix d’Ariane Moffatt qui interprète Chandelier, de Sia.

L’autre coup d’éclat de cette première partie se veut le bouquet final, soit une partie de hockey qui se dispute, non pas le long des rampes, mais bien sur des rampes qui mènent à des sauts périlleux. Le tout, sur une surface de jeu qui évoque cette fois une machine à boules géante et le film Rollerball.

Crystal et son ami acrobate lors du numéro de courroies aériennes, le plus beau du spectacle.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La séquence au trapèze durant laquelle Crystal fait ses acrobaties chaussée de ses patins frappe l’imaginaire.

Photo : Cirque du Soleil / Matt Beard

Une seconde partie qui en met plein la vue

Une fois les prémisses bien établies, la seconde partie en met plein la vue. Nous avons droit à une brillante utilisation de panneaux transparents qui forment un labyrinthe quand Crystal poursuit Réflexion et à un vertigineux numéros de mâts desquels les acrobates se lancent dans le vide avant de retomber sur des coussins triple épaisseur.

L’émergence de l’esprit créatif du personnage principal sera joliment dépeinte par un environnement de bureau où les cliquetis des machines à écrire seront la charpente d’un hallucinant numéro d’équilibriste sur glace. Se hisser à bout de bras au sommet d’une table et de six chaises, sur le ciment, c’est déjà tout un exploit. Imaginez sur une patinoire…

Parmi les rares clins d’œil à un esthétisme du passé, la valse des couples qui tournoient sur glace et la présence du piano dans la « salle de bal » se veulent d’un classicisme absolu. C’est d’ailleurs à ce moment que nous avons droit au numéro de courroies aériennes avec l’acrobate et le personnage de Crystal, qui est toujours en patins. De loin le plus beau numéro de la soirée, mais surtout celui où la complémentarité entre la glisse et les mouvements aériens est parfaite.

Le synchronisme entre les patineurs et la musique de Steven Bach (claviers), de Lucine Fyeleon (violon) et de Camilio Motta (guitares, vents) est exemplaire, tout comme lorsque l’on se sert de reprises de chansons, telles Beautiful Day, de U2.

Au fil d’arrivée, Crystal réussit son pari de ne pas être une copie des classiques d’antan et convainc par sa cohésion, même si certaines productions d’antan du Cirque du Soleil nous ont offert des numéros de voltige plus impressionnants.

Et dans les rôles principaux, la Canadienne Nobahar Dadui (Crystal) et l’Américaine Madeline Stammen (Réflexion) sont excellentes, ce que vous confirmerait mieux que moi la légendaire Peggy Fleming… qui était la patineuse vedette des Ice Follies en 1969.

Crystal, du Cirque du Soleil, mis en scène par Sébastien Soldevila et Shana Carroll, au Centre Bell du 21 au 31 décembre.

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