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Catalogne : majorité absolue pour les indépendantistes

Victoire des indépendantistes catalans
Radio-Canada

Les partis indépendantistes de Catalogne remportent une majorité absolue des sièges au Parlement, dans le cadre de l'élection d'un nouveau gouvernement régional.

Après le dépouillement de 99,89 % des suffrages, les trois partis indépendantistes obtiennent 70 des 135 sièges au Parlement, soit deux de plus que le seuil de majorité qui est de 68.

Les autorités catalanes indiquent que le taux de participation a atteint un record, à près de 82 %. Le précédent sommet avait été atteint en 2015, où 75 % des Catalans s'étaient présentés aux urnes.

Le parti unioniste Ciudadanos est en tête avec 25,37 % des voix, et met la main sur 37 sièges. Le parti indépendantiste Junts Per Catalunya (JpC) suit de près, avec 21,65 % et 34 sièges. Il s'agit du parti dirigé par l’ex-président catalan destitué, Carles Puigdemont, qui a fait campagne depuis Bruxelles, où il s’est exilé après avoir été accusé de sédition et de rébellion.

Carles Puigdemont et les gens qui l'entourent sourient en regardant un ordinateur.Carles Puigdemont, président déchu de la Catalogne, prend connaissance des premiers résultats de l'élection. Photo : Reuters / Francois Lenoir

Toujours du côté des indépendantistes, la gauche républicaine (ERC) a de son côté récolté 21,39 % des suffrages, soit 32 sièges, alors que Candidatura d'Unitat Popular (CUP) obtient 4,45 % des suffrages et 4 sièges.

Le prochain gouvernement sera toutefois le résultat d’un jeu d’alliances qui pourrait prendre des semaines avant d’aboutir.

Victoire de la « République catalane »

De Bruxelles, Carles Puigdemont a déclaré que la majorité absolue remportée par les partis séparatistes était une victoire de la « République catalane » sur l'État espagnol.

Il souligne que c'est « un résultat que personne ne peut discuter ».

Je veux féliciter le peuple catalan, parce qu'il a donné une leçon au monde, […] une leçon de civisme et de démocratie.

Carles Puigdemont

« Nous avons gagné cette nuit le droit d'être écoutés », a-t-il ajouté.

Du même souffle, M. Puigdemont admet que la campagne électorale a été difficile, et que le risque bien présent que le bras de fer entre Madrid et les indépendantistes se poursuive « nous empêche de sabler le cava », faisant référence au vin pétillant produit en Catalogne.

Le parti de Rajoy encore plus marginal

De son côté, le Parti populaire de Catalogne (PP) du premier ministre espagnol Mariano Rajoy, une formation de droite hostile à l'indépendance, a reconnu sa défaite.

Il a obtenu seulement 3 sièges, alors qu’il en avait récolté 11 en 2015.

« Notre résultat a été mauvais, nous ne pouvons pas être fiers, aujourd'hui est une mauvaise journée pour le PP en Catalogne, et c'est une mauvaise journée pour l'avenir de la Catalogne », a affirmé le président du parti, Xavier Garcia Albiol, lors d’une conférence de presse.

LES RÉSULTATS (99,89 % dépouillés)

Listes indépendantistes : 70 sièges

  • Junts Per Catalunya (JpC) : 34 sièges (21,65 % des voix)
  • Gauche républicaine de Catalogne (ERC) : 32 sièges (21,39 %)
  • Candidatura d'Unitat Popular (CUP) : 4 sièges (4,45 %)

Listes constitutionnalistes : 57 sièges

  • Ciudadanos (Cs) : 37 sièges (25,37 %)
  • Parti des socialistes de Catalogne (PSC) : 17 sièges (13,88 %)
  • Parti populaire (PP) : 3 sièges (4,24 %)

Liste qui veut un « dialogue » avec Madrid

  • Catalunya en Comù - Podem : 8 sièges (7,45 %)

Quant à l’Union européenne (UE), sa position sur la Catalogne « ne changera pas ».

« Notre position sur la question de la Catalogne est bien connue et a été réitérée régulièrement, et à tous les niveaux. Elle ne changera pas. S'agissant d'une élection régionale, nous n'avons pas de commentaire à faire », a expliqué le porte-parole Alexandre Winterstein à l'AFP.

La balle est dans le camp de Mariano Rajoy

Selon les indépendantistes et plusieurs analystes, la balle est désormais dans le camp de Madrid.

Je crois que la seule solution, c’est de bien lire ces résultats et de commencer une fois pour toutes le dialogue politique.

Artur Mas, ancien président de la Catalogne et un indépendantiste

« C’est une affaire politique, poursuit M. Mas. Ce n’est pas une question judiciaire ou pénale, etc. Ça ne mérite pas d’avoir des politiciens catalans en prison ou en exil. »

« Ce que montre cette élection, c'est que le problème reste entier pour Madrid et que le mouvement sécessionniste ne disparaît pas », a pour sa part commenté Antonio Barroso, directeur de recherche adjoint de la société Teneo Intelligence, basée à Londres.

Un vote dans le calme

C'est dans le calme que les 5,5 millions d’électeurs catalans se sont pressés aux urnes en grand nombre jeudi, une situation qui tranche vivement avec le scrutin référendaire du 1er octobre dernier.

À l’École Enfant-Jésus de Barcelone, les électeurs avaient tous en mémoire les scènes de violence qui ont marqué ce référendum, jugé illégal par Madrid. Des affrontements avec des policiers espagnols chargés de l’empêcher avaient eu lieu, et de nombreux Catalans avaient été blessés.

Rien de tel cette fois, a constaté notre correspondant Sylvain Desjardins, dépêché sur place. Les électeurs, venus en grand nombre pour exprimer leur préférence, ont fait la file à l’intérieur et à l’extérieur du bâtiment, et le va-et-vient était constant.

« C’est une élection très importante, parce qu’elle se produit dans des circonstances exceptionnelles, après la mise sous tutelle de la Catalogne, après l’emprisonnement de membres du gouvernement catalan, et l’exil d’autres membres, dont le président », a résumé une électrice qu’il a rencontrée.

Plusieurs électeurs interrogés par notre correspondant Jean-François Bélanger n'hésitaient pas à dire haut et fort qu'ils votaient en faveur de l'indépendance.

Je suis Catalan, mes parents sont Catalans, mes grands-parents sont Catalans. […] Je parle catalan. Pour moi, l’option est très claire : je me sens catalan, alors je vais voter pour l'indépendance de la Catalogne.

Un électeur de Barcelone

D'autres convenaient d'emblée que la Catalogne demeure très divisée. « On a tous des amis, une famille, des fils, qui pensent le contraire de ce l'on pense », a laissé tomber un homme âgé rencontré dans un bureau de vote de Barcelone.

« J’aimerais qu’on s’assoie, qu’on négocie [avec Madrid], qu'on fasse quelque chose comme les Basques », concédait un autre électeur, dans une référence au fait que le gouvernement basque, contrairement à celui de la Catalogne, peut percevoir ses propres impôts.

Bouleversements depuis octobre

Lors du référendum du 1er octobre, 2 millions de Catalans, ou 90,18 % de ceux qui se sont exprimés, ont dit oui à l'indépendance, contre environ 177 000 électeurs, ou 7,83 %, qui l'ont rejetée. Le taux de participation au scrutin n'avait cependant été que de 43,03 %, la majorité des opposants à l'indépendance ayant boycotté l'exercice.

Fort de ce résultat, le Parlement catalan, contrôlé par les indépendantistes, a défié Madrid en déclarant l’indépendance de la région.

Le gouvernement espagnol du premier ministre Mariano Rajoy a réagi en destituant le gouvernement et en plaçant la Catalogne sous tutelle. Plusieurs leaders indépendantistes ont aussi été accusés de sédition et de rébellion.

Face à ces accusations, le président du Parlement, Carles Puigdemont, s’est exilé à Bruxelles, d’où il a fait campagne pour la nouvelle coalition qu’il dirige, Junts per Catalunya, avec des interventions diffusées sur des écrans géants.

Son ancien vice-président, Oriol Junqueras, a pour sa part été incarcéré en attendant la suite des procédures. Quelques enregistrements au profit de la coalition Gauche républicaine de Catalogne (ERC), qu’il dirige, ont été diffusés pendant la campagne.

LES LISTES ÉLECTORALES

Les partis indépendantistes

Gauche républicaine de Catalogne - Catalunya Sì (ERC - CATsì) : coalition indépendantiste de centre gauche dirigée par Marta Rovira, en remplacement d’Oriol Junqueras, qui demeure néanmoins en tête de liste. M. Junqueras est détenu dans une prison espagnole depuis qu'il a été accusé de sédition et de rébellion par la justice espagnole.

Junts Per Catalunya (JpC) : « Ensemble pour la Catalogne », constitué essentiellement du Parti démocrate européen catalan (PdeCAT), est une nouvelle coalition indépendantiste dirigée par l’ancien président catalan destitué, Carles Puigdemont. Ce dernier a fait campagne depuis Bruxelles, en Belgique, où il s’est exilé après avoir été accusé de sédition et de rébellion.

Candidatura d’Unitat Popular (CUP) : parti indépendantiste d’extrême gauche, dirigé par Carles Riera.

Les partis unionistes ou constitutionnalistes

Ciudadanos (C) : parti centriste et anti-indépendantiste qui rassemble la plus grande partie des partisans du maintien de la Catalogne en Espagne. Il est dirigé par Inès Arrimadas, qui se présente comme « la présidente de tous les Catalans, des indépendantistes et de ceux qui ne le sont pas ».

Parti populaire (PP) : parti de droite hostile à l'indépendance dirigé par Xavier Garcia Albiol. Il s'agit du parti du premier ministre espagnol Mariano Rajoy. Il est historiquement peu populaire en Catalogne.

Parti des socialistes de Catalogne (PSC) : parti de gauche opposé à l’indépendance, mais considéré plus conciliant que le PP. Il est dirigé par Miquel Iceta.

Le septième parti, susceptible de trancher le débat

Catalunya en Comù - Podem (CECP) : coalition politique campée à gauche et dirigée par Xavier Domenech. Elle est essentiellement constituée du parti dirigé par la mairesse de Barcelone, Ada Colau, de Podemos, et d'autres partis de gauche. Lors du référendum, la coalition a invité les Catalans à voter, mais sans donner de consigne. Elle prône un dialogue avec Madrid.

 La Catalogne en quête d'indépendance
Avec les informations de Reuters, et Agence France-Presse

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