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L'optimisme tranquille de Justin Trudeau

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Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau

Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau

Photo : Radio-Canada / Julien McEvoy

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Dans une entrevue de fin d'année accordée à Radio-Canada, le premier ministre dit avoir une « assez bonne » relation avec Donald Trump, mais ajoute avoir « développé des liens » avec d'autres interlocuteurs aux États-Unis, alors que Washington cherche à réécrire l'ALENA. Justin Trudeau réitère en outre sa pleine confiance en Bill Morneau et se montre toujours aussi allergique au mot « taxe » dans le dossier Netflix et tout aussi déterminé à mener à terme celui de la légalisation de la marijuana.

Un texte de Julien McEvoy

Justin Trudeau avait convié l’équipe de Radio-Canada dans un café de sa circonscription de Papineau, à Montréal, mardi, entre une rencontre avec la mairesse Valérie Plante et une autre avec le chef de la diplomatie américaine, Rex Tillerson, plus tard en soirée à Ottawa.

Arrivé avec une trentaine de minutes de retard, il était souriant et détendu, et a profité de l’occasion pour serrer quelques mains parmi les clients du café avant de plonger dans des sujets plus sérieux lors d'un entretien avec la chef d'antenne Céline Galipeau.

Justin Trudeau et Céline GalipeauAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Justin Trudeau et Céline Galipeau

Photo : Radio-Canada / Julien McEvoy

La relation Canada-États-Unis

Il y a un peu plus d’un an, un magnat de l'immobilier et vedette de téléréalité tentait de se faire élire président des États-Unis en qualifiant l’ALENA de « pire accord jamais conclu ». Depuis, Donald Trump a été élu, il a pris possession de la Maison-Blanche, et le sujet de la renégociation du traité de libre-échange est devenu inévitable pour le Canada et son premier ministre.

Alors que le président souffle le froid et le chaud dans ce dossier, avec tantôt des menaces de carrément retirer les États-Unis du traité, tantôt des propos rassurants sur la négociation pour remodeler l’entente, Justin Trudeau demeure optimiste.

Les menaces de déchirer l’accord ne vont pas nous amener à faire plus de concessions.

Justin Trudeau

« Nous prenons ces négociations au sérieux, nous ne ferons pas de grands gestes vides comme quitter la table de négociations. On est là pour travailler », poursuit-il.

Il assure que sa relation avec Donald Trump est « assez bonne » et que le président est ouvert à négocier. « Je lui parle régulièrement d’enjeux qu’on a en commun », assure le premier ministre.

Justin Trudeau, qui s’est déjà rendu à Washington deux fois cette année, raconte toutefois qu’une dynamique différente s’est installée entre les deux pays depuis l’arrivée, en janvier, de Donald Trump à la Maison-Blanche.

« Une des choses [que le président] nous a amenés à faire, c’est de développer nos liens, qui existent déjà depuis longtemps, avec les gouverneurs, les entreprises, les chambres de commerce et les gens au Congrès, explique-t-il. La dynamique, depuis un an, nous a forcés à passer beaucoup plus de temps à tisser des liens plus serrés ailleurs qu’à la Maison-Blanche. »

La taxe Netflix

La session parlementaire qui s’est terminée la semaine dernière n’a pas été de tout repos pour les libéraux de Justin Trudeau, attaqués notamment sur le congé fiscal concédé à Netflix.

Depuis leur arrivée au pouvoir, les libéraux provoquent inquiétude et suspicion chez certains acteurs culturels du pays, qui ont l’impression que les grandes sociétés de Silicon Valley ont l’oreille et l’attention du premier ministre, bien plus que les artistes et artisans canadiens.

La décision d’Ottawa de ne pas demander à Netflix de percevoir la TPS, comme le font les autres entreprises de son secteur, n’a rien fait pour juguler cette inquiétude.

« On ne va pas augmenter les impôts et les taxes pour les contribuables, réitère Justin Trudeau. On n’a pas les outils actuellement pour imposer une taxe à Netflix et, de toute façon, j’ai promis que je n’allais pas augmenter les impôts pour la classe moyenne. On a dit qu’on n’allait pas taxer ces services Internet, et on ne va pas le faire. »

À la défense d'un dossier et d'un ministre

Justin Trudeau affiche la même assurance dans un autre dossier chaud et cher à son gouvernement : la légalisation de la marijuana.

« Il y a encore des jeunes qui trouvent ça plus facile, d’acheter de la marijuana que de la bière, et on ne veut pas ça. Il y a encore des criminels qui profitent énormément de la vente de marijuana, et on ne veut pas ça », lance-t-il.

Dans ce dossier qui risque d’être l'un des plus discutés l’an prochain, le premier ministre assure maintenir le cap pour livrer sa politique en juillet 2018, comme prévu.

« À un moment donné, il faut dire “OK, on est prêts à améliorer le système”. On va avoir pris deux ans et demi pour mettre en place un meilleur système. On parle constamment avec Québec, avec les autres provinces et avec les municipalités », insiste-t-il.

Les adolescents au Canada ont un plus haut taux d’utilisation de la marijuana que dans 29 autres pays développés. C’est sûr que ça presse, de créer un encadrement légal pour mieux protéger nos jeunes.

Justin Trudeau

L’histoire des actions de Bill Morneau, révélée par le Globe and Mail à la mi-octobre, tourmente le gouvernement depuis. Le ministre des Finances avait choisi de ne pas placer ses actifs – notamment environ un million d’actions de Morneau Shepell, firme fondée par son père qui gère des fonds de retraite – dans une fiducie sans droit de regard.

Accusé de s'être placé en situation de conflit d'intérêts en pilotant le projet de loi C-27, qui vise à modifier les normes de gestion des régimes de retraite, Bill Morneau n’a absolument pas perdu la confiance de son chef.

« Je lui fais encore confiance et c’est lui qui va préparer le prochain budget », a dit M. Trudeau, catégorique.

Ouverture aux autres

L’année 2017 a été marquée par une augmentation des demandes d’asile faites au Canada. Les données d’Ottawa indiquent que l'Agence des services frontaliers et le ministère de l'Immigration en ont examiné plus de 45 000 cette année, soit le double du nombre reçu en 2016.

« C’est important de mettre l’emphase sur le fait qu’on est ouverts aux autres. Il est essentiel de protéger cet aspect : notre population est positive envers l’immigration. Il s’agit d’une perle rare dans le monde », se targue Justin Trudeau.

Le Canada va toujours accepter des réfugiés, dit-il, d’abord parce que les conventions internationales l’y obligent, mais surtout parce que les Canadiens le souhaitent.

Et à l’intérieur de ses frontières, le Canada aurait tout intérêt à travailler sans relâche à la réconciliation avec les peuples autochtones, croit le premier ministre, pour qui ce dossier est le prochain grand projet de son gouvernement.

« On doit trouver une meilleure façon d’en faire de vrais partenaires de notre réussite. Pendant trop longtemps, nous avons échoué à les inclure et à leur permettre de s’épanouir, d’être fiers de leur langue et de leur culture », dit-il.

Il se dit prêt à accorder plus de temps aux commissaires de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées actuellement en cours.

« On va s’assurer que la commission [l’Enquête] réussisse le mieux possible. Il faut qu’il y ait guérison pour les familles, il faut qu’il y ait justice pour les victimes », croit Justin Trudeau.

Pas de vacances dans le Sud

L’an dernier, les vacances du premier ministre ont créé la controverse quand il s’est rendu, au coût de 215 000 $ pour les contribuables, dans une île privée des Bahamas appartenant à l'Aga Khan.

Mercredi, Justin Trudeau a été blâmé par la commissaire aux conflits d'intérêts et à l'éthique pour son séjour sur l'île.

Questionné sur ses plans cette année, il répond en riant qu’il ne sortira pas du pays.

« On va être en famille dans le parc de la Gatineau pour Noël et ensuite on s’en va dans les Rocheuses pour faire un peu de ski », conclut-il.

Notez que l'entrevue a eu lieu mardi, et que le rapport de la commissaire a été publié mercredi, soit 24 heures plus tard.

Justin Trudeau en trois extraits

« On sait que le président Trump veut répondre aux gens qui sentent que le progrès des dernières années n’a pas livré la croissance et les emplois qu’ils espéraient. Il s’est mis dans l’idée que le protectionnisme pourrait aider ces gens. Mais déchirer l’accord causerait énormément de peine aux familles que le président veut aider. »

« Chaque année, des milliards de dollars se retrouvent dans les poches du crime organisé grâce à la vente de marijuana. C’est des profits pour les gangs de rue, pour le crime organisé, pour les trafiquants d’armes, qu’ils ne devraient pas avoir. Alors oui, ça presse, d’enlever cet argent-là aux criminels. »

« La prise du pouvoir du président Trump est l’événement marquant de 2017. Il a démontré une capacité de surprendre et de déstabiliser beaucoup d’institutions et de relations dans le monde. Ça donne un peu plus de place au Canada pour prendre un rôle de leadership, que ce soit en opérations de maintien de la paix ou en diplomatie à l’international. »

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