•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

L'aide médicale à mourir considérée comme un suicide par la Saskatchewan

L'aide médicale à mourir suscite de nombreux débats au Canada.
Au moins 65 personnes ont eu recours à l'aide médicale à mourir en Saskatchewan depuis la légalisation de ce service en juin 2016. Photo: iStock
Radio-Canada

En Saskatchewan, les morts résultant de l'aide médicale à mourir sont classés dans la même catégorie que les suicides sur les certificats médicaux de décès. Une politique que dénoncent des patients, leurs familles ainsi que des professionnels de la santé.

Alice Tataryn s’est donné la mort le 15 novembre 2017.

Elle souffrait d'un cancer des poumons, en phase terminale. Les cellules cancéreuses s’étaient aussi propagées à son cerveau, à son foie et à l’une de ses clavicules. Elle était incurable.

Ses proches racontent qu'ayant été témoin des souffrances que peut entraîner un cancer et refusant de mourir dans de telles conditions, Alice Tataryn a choisi de faire appel à l'aide médicale à mourir.

Au cours du processus, ses proches et elle ont appris que sa mort serait considérée comme un suicide par la province et identifiée comme telle sur son certificat médical de décès.

Avec l’aide de ses frères, Susan Tataryn, la fille d’Alice Tataryn, a écrit une lettre exhortant le Bureau du coroner en chef de la Saskatchewan à modifier sa politique.

Selon Susan Tataryn, l'indignation de sa mère dépassait largement son propre cas. Alice Tataryn s'inquiétait davantage pour toutes les autres personnes, les autres patients, pour qui la désignation de « suicide » pourrait constituer un obstacle à l’obtention de l’aide médicale à mourir.

Il est déraisonnable que ceux qui choisissent ou souhaitent choisir l’aide médicale à mourir dans leurs derniers jours doivent s’attaquer à la stigmatisation associée au suicide.

Membres de la famille Tataryn, dans une lettre envoyée au gouvernement

La nuance se trouve dans l'intention, dit une médecin

La présidente de l'Ordre des psychologues du Québec, Christine Grou, souligne l'importance de dissocier le suicide d'une mort survenue avec l'aide médicale à mourir.

« Dans le suicide, la personne désire mourir et elle décide elle-même de mettre fin à ses jours. Dans l'aide médicale à mourir, la personne va mourir. Ce n'est pas parce qu'elle le souhaite, c'est parce que la pathologie dont elle souffre va l'emporter », dit-elle.

Les personnes qui demandent l'aide médicale à mourir ne le font pas parce qu'elles ne veulent plus vivre, elles le font parce que leur mort est imminente.

Christine Grou, présidente de l'Ordre des psychologues du Québec

Par ailleurs, Lilian Thorpe, membre du Collège de médecine de l'Université de la Saskatchewan, qui a plus de 80 évaluations de demande d'aide médicale à mourir à son actif, affirme que cette désignation de suicide est traumatisante et bouleversante pour certains patients et leurs proches, car elle sous-entend une intention de mourir.

La Dre Thorpe a demandé à la province de modifier la politique actuelle afin que les morts découlant de l'aide médicale à mourir ne soient pas considérés comme des suicides.

Une politique en examen

Le ministère de la Justice de la province affirme que la politique est en cours d’examen afin de déterminer quels changements réglementaires ou législatifs sont nécessaires.

En réponse à la plainte déposée par la famille Tataryn, le ministère de la Justice a indiqué que son ministère ainsi que le Bureau du coroner en chef « partagent [ces] préoccupations et conviennent que des changements doivent être apportés au processus et à la certification des décès ».

Aucun échéancier n'a été établi pour ces modifications.

Le site internet eHealthsask, qui contrôle les dossiers de santé provinciaux, a récemment créé un nouveau certificat médical de décès.

Ces nouveaux formulaires, dont l'utilisation est prévue au début de l'année 2018, permettront aux infirmières praticiennes et aux médecins ainsi qu'au coroner d'indiquer que le patient est mort après une opération d'aide médicale à mourir.

Ils n'auront toutefois aucune incidence sur la catégorisation de ces morts qui continueront d'être considérés comme des suicides.

Et ailleurs?

La catégorisation de l'aide médicale à mourir varie d'une province à l'autre.

Dans plusieurs d'entre elles, comme en Nouvelle-Écosse, la « toxicité » est la cause immédiate répertoriée pour expliquer la mort d'une personne à qui l'on a administré des médicaments afin de faciliter sa mort. L'état de santé incurable du patient est également inscrit sur le certificat médical de décès à titre de facteur ayant contribué à la mort.

En Alberta, l'aide médicale à mourir est répertoriée comme « non classée », alors qu'en Colombie-Britannique et au Manitoba, ces décès sont considérés comme « naturels », suivant les recommandations de Santé Canada.

Saskatchewan

Aide médicale à mourir