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Sous la surface : une journée dans un sous-marin

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Un sous-marin de la Marine canadienne au port d'Halifax, avec des membres de l'équipage à bord

Le sous-marin NCSM Windsor au port d'Halifax participe à un scénario de guerre le 16 décembre 2017

Photo : Radio-Canada / Nahila Bendali

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Sept heures du matin, dans le port d'Halifax. Une structure noire se dessine à l'horizon, une sorte d'énorme baleine métallique. C'est le NCSM Windsor, l'un des quatre sous-marins de la Marine royale canadienne, qui s'apprête à participer à un scénario de guerre.

Un texte de Nahila Bendali

On rejoint le vaisseau à bord d’un zodiac. Quelques silhouettes, vêtues de combinaisons orange, se détachent sur le pont. Il faut être agile pour se hisser à bord, en grimpant sur une échelle à l’aide d’une corde. On prend une dernière bouffée d’air frais avant d’emprunter une échelle et de s’engouffrer à l'intérieur du sous-marin.

Des gens embarquent à bord du sous-marin NCSM Windor au port d'HalifaxAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des membres d'équipage et des invités embarquent à bord du sous-marin NCSM Windsor, au port d'Halifax

Photo : Radio-Canada / Nahila Bendali

L’intérieur

Le sas se referme. Dans 70 mètres d’acier s’entassent entre 48 et 59 sous-mariniers. L’espace, déjà petit, sera d’autant plus restreint, puisque des invités sont à bord.

Notre groupe comprend quelques parlementaires en visite, un chercheur et deux journalistes. Il faudra bien négocier les allées et venues dans les corridors étroits, à la sortie des cabines, pour éviter de se cogner. C’est sans compter les nombreuses échelles qu’il faut prendre pour se déplacer à l’intérieur.

Une longue salle qui sert à l'entrepôt des torpilles à l'intérieur du sous-marin Windsor. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La salle des torpilles sert également de couchette pour les invités à bord du sous-marin Windsor.

Photo : Radio-Canada / Brett Ruskin

Le lieutenant de vaisseau, Éric Isabelle, nous accueille dans la salle des torpilles. C’est ici que sont entreposées ces armes. Plus généralement, l’endroit comprend des couchettes pour les invités. Des quatre sous-marins, seul le NCSM Victoria a lancé une torpille, en 2012, pour couler un navire hors service de la marine américaine.

Déjà, le mouvement de la mer complique les choses. Un sous-marin, c’est fait pour aller sous l’eau, nous rappelle à plusieurs reprises Éric Isabelle. Lorsqu’il reste à la surface, ça bouge. Certains ne s’habituent jamais, et quelques membres de l’équipage arborent un timbre transdermique sous l’oreille.

Le lieutenant de vaisseau, Éric Isabelle, à bord du sous-marin WindsorAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le lieutenant de vaisseau Éric Isabelle est le commandant en second du NCSM Windsor.

Photo : Radio-Canada / Brett Ruskin

Le quotidien

Le sous-marin est un vaisseau complexe. Tous les instruments nécessaires à son bon fonctionnement prennent de la place et le confort n’est pas une priorité. « C’est un sous-marin britannique », blaguent certains membres de l’équipage, en guise d’explication.

L’intimité est aussi sacrifiée. Les matelots disposent d’un seul endroit privé, leur couchette délimitée par un rideau.

Une couchette superposée, délimitée par des rideaux à bord du sous-marin WindsorAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La couchette est le seul espace privé du marin à bord du sous-marin Windsor

Photo : Radio-Canada / Nahila Bendali

La profession de sous-marinier a été la dernière ouverte aux deux sexes dans les Forces en 2001. À bord du NCSM Windsor, la lieutenante Rachelle Egan est l’une des deux femmes de l’équipage. « Pour les gens, c’est surprenant à quel point ce n’est pas un problème, explique-t-elle. Nous avons tous le même manque d’intimité. »

La lieutenante Rachelle Egan dans la salle de contrôle du sous-marin. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La lieutenante Rachelle Egan est ingénieure des systèmes de combat naval à bord du Windsor. Elle est l'une des deux femmes de l'équipage.

Photo : Radio-Canada / Nahila Bendali

Chaque jour, il faut nourrir 59 personnes avec des conditions parfois exigeantes.

« La mer, c’est le défi », lance le maître de deuxième classe et chef cuisinier, Jason Morgan. La cuisine est minuscule, dotée simplement de deux fours, de plaques chauffantes et de quelques instruments de cuisine.

Un cuisinier du sous-marin prépare le dînerAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les cuisiniers du sous-marin disposent d'un espace restreint pour faire à manger à 59 personnes.

Photo : Radio-Canada / Nahila Bendali

« On mange rien que du bon », atteste-t-il fièrement. Le chef cuisinier affirme connaître les préférences de tous les membres d’équipage. Sa spécialité? « L’italien! Et le grec, je viens de Laval », dit-il en plaisantant.

Le chef cuisinier du NCSM Windsor Jason Morgan dans la cuisine du vaisseau.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le chef cuisinier Jason Morgan s'assure de nourrir tout l'équipage à bord du sous-marin Windsor. « Je que j'aime le plus, c'est donner la joie au monde », confie-t-il.

Photo : Radio-Canada / Nahila Bendali

Les marins se rassemblent dans le mess pour manger leur repas et socialiser. C’est une toute petite salle, équipée de bancs, d’une table et d’une télévision. Une guirlande orne le mur, signe du temps des Fêtes. D’un côté, des rideaux délimitent l’espace des couchettes.

Au menu, poutine, pâtes et club sandwich. Simple, mais efficace. Le moment du repas s’avère mouvementé, puisque le sous-marin, encore à la surface, est à la merci des vagues. La situation va bientôt changer; Éric Isabelle nous informe qu’on s’apprête à plonger à une profondeur de 18 mètres.

La saga des sous-marins

Les opérations sous-marinières sont souvent entourées de secrets.

Ce n’est pas le cas des nombreux problèmes qu'ont connus les sous-marins depuis leur achat aux Britanniques en 1998. De l’incendie à bord du NCSM Chicoutimi en 2004 qui a causé la mort d’un marin, aux problèmes de corrosion, certains de ces sous-marins ont passé une bonne partie de leur vie en cale sèche. C'est sans compter les importantes dépenses pour des réparations et des mises à niveau constantes, afin qu'ils puissent prendre la mer.

Ce n’est qu’en 2015, soit 17 ans après leur achat, que la Marine canadienne a déclaré ces vaisseaux opérationnels. Il semble toutefois que la flotte ait atteint sa vitesse de croisière.

Le Chicoutimi revient en 2018 de sa mission en Asie. Le Windsor prendra quant à lui la direction de l’Europe. Il est le premier des quatre à s’être récemment équipé de sonars américains, à la fine pointe de la technologie. « On a pris un sous-marin du milieu des années 90 pour le mettre performant au 21e siècle », résume M. Isabelle.

Dans la salle de contrôle, un sous-marinier regarde à travers le périscopeAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Dans la salle de contrôle, un sous-marinier regarde à travers le périscope

Photo : Radio-Canada / Brett Ruskin

L’avenir

Les sous-marins canadiens doivent arriver à la fin de leur vie utile entre 2022 et 2027. En juin dernier, le gouvernement a pris la décision d’étendre la vie de ces sous-marins jusqu’en 2035, ce qui coûtera au minimum 1,5 milliard de dollars. Il n’y a aucun plan pour l’instant pour remplacer la flotte.

« C’est une lacune de la politique de défense », déplore le porte-parole conservateur en matière de défense, James Bezan. Le NPD pour sa part aurait voulu voir une analyse plus approfondie des besoins sous-mariniers.

À bord du sous-marin, toutefois, Éric Isabelle et son équipage s’estiment privilégiés. Ils ont toute la confiance que leur sous-marin sera prêt pour sa prochaine mission.

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