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Le ministre Barrette accuse les anesthésiologistes d’aggraver la pénurie

Photo : iStock

Radio-Canada

La pénurie d'anesthésiologistes qui touche le Québec serait aggravée par les anesthésiologistes eux-mêmes. Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette, accuse leur association professionnelle de freiner l'arrivée de médecins français appelés en renfort. Une situation qui prive certaines régions d'une aide extérieure dont elles ont un urgent besoin.

Un texte de Davide Gentile

À Matane, la pénurie d'anesthésiologistes force la fermeture de salles d'opération cette semaine. Rien de très neuf pour la petite ville de l'est du Québec.

C'est sûr que ça augmente le niveau de stress, entre autres pour les femmes enceintes.

Jérôme Landry, maire de Matane

Les deux postes d'anesthésiologistes de l'hôpital sont à pourvoir. « On espérait que notre anesthésiste arrive avant les fêtes. Il semble que ça a pris plus de temps », constate le maire Landry.

La médecin d'origine française permettra de stabiliser les choses et arriverait début de 2018. On espère aussi recruter des Français pour résorber la pénurie à La Pocatière.

Dans l'ensemble du Bas-Saint-Laurent, seulement 15 des 21 postes d'anesthésistes sont pourvus. « La solution au problème passe par l'embauche d'anesthésiologistes de l'étranger », affirme Jean-Christophe Carvalho, directeur des services professionnels au CISSS du Bas-Saint-Laurent.

Freiner les stages de médecins français

Avant de pratiquer ici, les anesthésiologistes français doivent faire un stage de trois mois. Le Collège des médecins du Québec soupçonne que certains milieux tentent de ralentir l'organisation de ces stages.

Le Collège a même envoyé une lettre à ce sujet à l'Association des anesthésiologistes du Québec.

Datée du 12 décembre, la missive précise que « la seule spécialité, où il persiste des attentes systématiques pour confirmer des milieux de stages est en anesthésiologie ».

En entrevue, lundi, le PDG du Collège affirme ne pas avoir lu de mot d'ordre à proprement parler. « Des gens nous ont dit que c'est peut-être plus difficile d'avoir un stage parce qu'on attend des directives », explique Charles Bernard.

Le Collège des médecins ne fait pas de politique ou de syndicalisme, rappelle le Dr Bernard. « S'ils ont des litiges, qu'ils les règlent entre eux », dit-il en évoquant les tensions de longue date entre le ministère de la Santé et l'Association des anesthésiologistes.

Le ministre Barrette parle de « blocage » de nature syndicale. « Il y a même des gens qui avaient des stages qui se seraient fait dire qu'il n'y a plus de stages, affirme-t-il. Il semble y avoir une obstruction que je juge intolérable. »

Notre entrevue avec le ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette

Les principaux intéressés nient toute forme de blocage

« Ça fait 30 ans qu'on collabore pour les médecins étrangers en région », affirme Jean-François Courval, président de l'Association des anesthésiologistes du Québec.

« Il n'y a pas de blocage », dit-il.

Cependant, il reconnaît que les jeunes anesthésiologistes sont peu intéressés par la pratique en région. La tâche y est plus lourde que dans les grands centres, entre autres à propos du nombre de gardes imposées aux médecins.

« C'est difficile d'attirer des finissants dans nos milieux, parce que la pratique est moins complexe, mentionne Jean-Christophe Carvalho, du CISSS du Bas-Saint-Laurent. Les jeunes préfèrent travailler près des centres universitaires. »

« L'an passé, 14 jeunes anesthésiologistes ont quitté le Québec parce qu'ils ne pouvaient pas avoir de postes sauf ceux des régions très éloignées », soulignait Diane Francoeur, présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, en entrevue à l'émission 24/60 lundi soir.

Mme Francoeur reconnaît aussi que les jeunes anesthésiologistes préfèrent développer leurs compétences au sein d'équipes de pointe. Une réalité énoncée par plusieurs sources consultées par Radio-Canada dans ce dossier.

Pour le CISSS du Bas-Saint-Laurent, le recrutement de médecins français présente un important avantage dans le contexte actuel. « Le médecin français doit rester ici cinq ans, tandis que le médecin québécois peut quitter avec quelques mois d'avis », souligne le Dr Carvalho. Le défi est de s'assurer que certains s'installent en permanence.

L'anesthésiologie n'est pas le seul secteur dans lequel on veut faire appel aux médecins français. Québec souhaite aussi recruter une centaine de médecins de famille dans l'Hexagone. Ils seraient forcés à travailler dans ce qu'on appelle les « déserts médicaux ». Il s'agit de quartiers urbains en banlieue de Québec ou même de certains quartiers défavorisés de Montréal. C'est le cas du quartier Hochelaga-Maisonneuve, qui souffre d'une grave pénurie de médecins de famille.

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