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Thomas Mulcair tirera un trait sur 40 ans dans le monde politique en juin

Thomas Mulcair répond aux questions du journaliste Louis Blouin, lundi, dans un café montréalais.
Thomas Mulcair répond aux questions du journaliste Louis Blouin, lundi, dans un café montréalais. Photo: Radio-Canada
Radio-Canada

L'avenir de Thomas Mulcair est fixé. Radio-Canada a appris que l'ancien chef du Nouveau Parti démocratique (NPD) quittera son poste de député d'Outremont en juin pour une carrière dans le monde universitaire. Le journaliste Louis Blouin en a discuté avec lui lundi, dans un café de sa circonscription.

Depuis qu’il n‘est plus chef du NPD, Thomas Mulcair est un homme serein.

« [Je me sens] vraiment bien, dit-il. Léger, moins de poids sur les épaules. »

Il a même trouvé un peu de temps pour faire plusieurs « missions parlementaires dans d’autres pays ».

Il souhaite d'ailleurs prendre part à deux autres missions avant le mois de juin, ce qui coïncidera avec la fin de la session printanière. C’est à ce moment-là qu’il accrochera ses souliers et sa cravate de député.

« Je regarde le printemps avec un grand sourire, parce que ça va faire 40 ans que j’ai commencé au gouvernement […] J’ai commencé en juin 1978, à Québec, dans le premier gouvernement Lévesque, et c’est là où j’ai vraiment pris goût à la politique », raconte l’ex-leader néo-démocrate, qui a travaillé comme avocat au ministère de la Justice de 1978 à 1980.

La vraie fin, promet-il

Il affirme du même souffle que sa carrière politique prendra fin en juin. Et il n’en démord pas.

« Ils nous disent toujours de ne jamais dire "jamais" en politique : jamais! » s’exclame-t-il d’un ton convaincu.

« Je me suis présenté sept fois, dit-il. J’ai gagné trois fois au provincial, quatre fois au fédéral. Il faut quand même le faire. J’espère ne pas être le seul. Je crois qu’il y en aura plein d’autres après moi. Mais être élu quatre fois pour le NPD au Québec, c’est quand même une prouesse si on regarde l’historique de notre parti au Québec. Espérons que ça va prendre, et [que] la vision sociale-démocrate de Jack Layton, qu’on a travaillée si fort, va pouvoir continuer. »

Sa décision est prise en toute sérénité, assure-t-il, et ce, même s’il s’est fait pousser vers la sortie par les militants le 10 avril 2016 à Edmonton, peu de temps après les dernières élections générales.

« Le résultat aurait possiblement pu être différent si ce n’était pas à Edmonton, soutient-il, parce qu’il y avait effectivement un différend important en ce qui concerne l’exploitation des sables bitumineux, généralement, et l’oléoduc Énergie Est en particulier. »

Est-ce que ça laisse une amertume? Évidemment. J’aurais préféré un autre résultat, je ne m’en cacherai pas. Mais j’ai eu à composer avec [ça]. Ça fait partie de la vie.

Thomas Mulcair

Il confie que la situation a aussi été difficile à vivre pour sa famille et ses proches.

Quelques grandes étapes de sa carrière politique

  • 1983-1985 : directeur des affaires juridiques à Alliance Québec
  • 1994 : élu député libéral dans Chomedey
  • 2003-2005 : ministre de l'Environnement dans le Cabinet Charest
  • 17 septembre 2007 : élu député néo-démocrate dans Outremont
  • 24 mars 2012 : élu chef du NPD
  • 10 avril 2016 : après être arrivé troisième aux élections générales d'octobre 2015, perd un vote de confiance du NPD

L’avenir d’Outremont

Interrogé sur l’avenir de son parti dans la circonscription d’Outremont après son départ, il admet que l’enjeu occupe son esprit.

« Mais on a fait énormément de travail, enchaîne-t-il rapidement. Je suis dans ma 11e année comme député [d’Outremont]. On a réussi à tisser des liens avec les groupes communautaires, qui sont nombreux parce qu’il y a beaucoup de besoins dans cette circonscription, avec les groupes socio-économiques, les groupes ethniques et religieux. J’espère pouvoir donner ça à la personne qui va gagner la course, parce qu’il va y avoir une investiture sans doute pour se présenter ici dans Outremont, et je ferai tout ce que je peux pour les aider. »

Il avoue qu’il a été tenté de rester jusqu’à la fin de son mandat de député.

Mais il soutient que le moment était « bon » pour lui de quitter la vie politique au mois de juin pour faire « autre chose », et qu’il aura quand même le sentiment « du travail bien accompli ».

À un an des prochaines élections, ça donne peut-être aussi l’occasion au parti de trouver un candidat idéal qui va pouvoir garder la circonscription d’Outremont, ce qui serait vraiment bien pour le parti lui-même.

Thomas Mulcair

S'éloigner pour ne pas faire de l’ombre au nouveau chef

Thomas Mulcair veut assurer une bonne transition. Il s’est notamment occupé de certains détails administratifs, afin de laisser « une machine en bon ordre de fonctionnement au nouveau chef ». Il veut aussi lui faire le plus de place possible.

« Je pense qu’il faut effectivement laisser M. Singh voler de ses propres ailes », affirme Thomas Mulcair lorsqu’on lui demande si sa décision a un lien avec l’arrivée de Jagmeet Singh. « Je vais toujours être là pour lui donner conseil s’il le souhaite. »

« Un chef doit avoir ses propres visions, ajoute-t-il, et je pense que M. Singh est une personne tout à fait capable de mener le parti lors de la prochaine campagne électorale. »

Faire connaître Jagmeet Singh à Ottawa

Malgré l’élection d’un nouveau chef, le NPD demeure dans une posture difficile.

Les résultats décevants des néo-démocrates aux dernières élections partielles en témoignent.

Thomas Mulcair croit qu’il est urgent pour le nouveau chef de se faire connaître des électeurs et de se faire élire aux Communes.

Rappelons que Jagmeet Singh n’a pas de siège au Parlement et qu’il y est représenté par Guy Caron.

Je suis encouragé par le fait que M. Singh lui-même commence à parler un peu plus ouvertement de l’idée se présenter à la première occasion. Je pense que ça l’aiderait d’être vu un peu plus par le public […] C’est à Ottawa qu’il y a les caméras. Je pense qu’il mérite d’être mieux connu.

Thomas Mulcair

Le reverra-t-on à la période de questions, lui qui a su animer les débats à sa façon?

« Je ne suis pas sûr que M. Trudeau s’ennuie de moi à la période de questions. Mais je pense aussi qu’il faut donner les coudées franches à ceux qui vont rester aux prochaines élections. Mais si on me demande parfois de donner un petit coup de main, ça va me faire plaisir », souligne M. Mulcair en souriant.

La suite des choses

Pour ce qui est de son avenir à lui, Thomas Mulcair mentionne qu’il ira travailler dans une « grande institution universitaire », sans toutefois vouloir préciser de laquelle il s’agit.

Il dit qu’une annonce officielle sera faite le moment venu.

« J’adore le milieu universitaire. J’ai enseigné à l’université avant d’être élu une première fois. Et c’est ce sur quoi je vais me tourner dorénavant », explique-t-il.

[Le milieu universitaire] c’est plein d’énergie, c’est plein d’idées et j’ai vraiment hâte.

Thomas Mulcair

« Avec un grand sourire, je vais vers ce nouveau chapitre dans ma vie et je le fais avec optimisme », conclut-il.

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