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« Ils ont pensé que ce serait drôle de me battre », raconte une travailleuse du sexe

Radio-Canada

À l'occasion de la Journée internationale pour mettre fin à la violence envers les travailleuses et travailleurs du sexe, plusieurs femmes ont raconté ce qu'elles ont vécu dans des discours dans la Maison Thunderbird, à Winnipeg.

Un texte de Pierre Verrière

Dans le silence de cet endroit où l'air est presque âcre en raison de la sauge qui y brûle en permanence, le public a notamment retenu son souffle quand Charlotte Nolin marquait une pause, la voix cassée par l'émotion. Elle venait de raconter comment, en avril 2016, alors qu'elle travaillait dans les rues de Winnipeg, trois hommes l'ont violemment agressée.

« Ils ont pensé que ce serait drôle de me battre et de me violer », dit d'une voix blanche Charlotte Nolin.  Je me suis sentie coupable en raison du travail que je faisais, du genre de vie que je menais, parce que j'avais choisi de retourner dans la rue. Je n'ai rien pu dire à la police et, trois semaines plus tard, j'étais de retour dans la rue, et les violences ont continué. »

Cet épisode traumatique l'a décidée à sortir de cette vie et à se libérer de sa dépendance à la drogue. Grâce au concours d'associations locales qui l'ont acceptée pour ce qu'elle est, Charlotte Nolin a repris le contrôle de sa vie.

Aujourd'hui, la femme transgenre de 67 ans, mère et plusieurs fois grand-mère, travaille désormais à plein temps auprès de l'association Sage House, qui vient en aide aux travailleuses du sexe.

« Je suis revenu à ma passion qui est d'aider ceux qui en ont plus besoin que moi. C'est important pour moi de raconter ce que j'ai vécu aux femmes qui travaillent encore dans la rue, car je peux les comprendre », souligne Mme Nolin.

Un séjour en prison

La rue, elle la connaît bien. Après une enfance faite de misère et de violence à Saint-Boniface, transférée de foyers d'accueil en foyer d'accueil, elle s'est finalement retrouvée sans abri à 17 ans. Après un séjour en prison, elle y est revenue naturellement et a commencé à devenir une travailleuse du sexe.

« C'était une manière de faire de l'argent, mais avec le travail du travail du sexe, les dépendances commencent », raconte Charlotte, qui consommait alors aussi bien de la méthamphétamine en cristaux que de l'héroïne.

« J'ai arrêté en 1974 et je suis restée éloignée des drogues pendant 42 ans avant de retomber dans la dépendance, et la violence est revenue aussitôt », poursuit Charlotte.

Les cheveux noir corbeau qui tombent longs et droits sur son chandail rouge, elle a une élégance naturelle. Son ton est posé, ses mots sont choisis, et dans sa main, elle tient des plumes d'aigles, symboles de paix et utilisées dans les rituels de guérison.

Elle est venue parler avec d'autres anciennes travailleuses du sexe devant un public composé d'amis, de familles, de responsables d'associations et même de policiers venus les écouter.

« Nous avons de plus en plus de cas de violence à Winnipeg. C'est une question sociale qui touche tout le monde, nous observons des cas où des grands-mères, des mères et des filles sont touchées par ces violences », constate Karlee Evans, une chercheuse qui travaille sur cette question.

« Au Manitoba, nous avons une stratégie qui existe pour prévenir l'exploitation sexuelle depuis 2002, ce qui en fait la plus ancienne au Canada, mais il nous reste encore du travail à faire », conclut-elle.

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