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Une nouvelle céréale du Manitoba pourrait bientôt prendre le marché d'assaut

Un pain dans un four
Le mélange de farines utilisées pour ce pain comprend 30 % de Kernza. Photo: Radio-Canada / Trevor Lyons
Radio-Canada

Une nouvelle céréale manitobaine se trouvera-t-elle dans les épiceries canadiennes d'ici quelques années? Faible en gluten et concentrée en protéine, la Kernza est conçue pour s'adapter aux conditions des sols des prairies canadiennes.

Un texte de Denis-Michel Thibeault

Les chercheurs de l’Université du Manitoba travaillent depuis 2010 au développement de la Kernza, une céréale issue d'une plante vivace. Mais la plante vient de plus loin encore : vers la fin des années 1980, des chercheurs de l’état de New York rêvaient déjà à une culture de graminées vivaces.

Leur but était de permettre aux sols de se régénérer sur plusieurs années. En 2003, les recherches de l’équipe new-yorkaise sont reprises par un groupe du Kansas, qui développe la plante pour les plaines américaines.

La Kernza n’est alors pas encore prête pour la rigueur des hivers canadiens. Doug Catanni, chercheur à l’Université du Manitoba, se souvient que « la première année, seulement 6 % des plantes ont survécu ».

La plante a compris qu’elle n’était plus au Kansas.

Doug Cattani, chercheur à l'Université du Manitoba

Plusieurs années plus tard, les chercheurs de l’Université du Manitoba ont réussi à adapter la plante aux conditions des prairies canadiennes. Les racines ont en moyenne une profondeur de trois mètres, et peuvent atteindre jusqu'à 10 mètres de profondeur, ce qui a pour effet de ralentir l’érosion des sols.

« Avec les années et l'activité agricole, nous avons appauvri les sols dans les prairies et nous devons trouver un moyen de les régénérer tout en assurant une rentabilité pour les agriculteurs », explique Doug Cattani.

Une fois mise en terre, la Kernza demande un entretien minimal. Comme c’est une plante vivace, elle repousse chaque année. Pour Doug Cattani et son équipe, le but « c’est de laisser la plante dans les champs pendant cinq ans ».

Un produit pour la consommation

La Kernza ressemble au blé, mais est plus faible en gluten et plus concentrée en protéine. Ce qui la rend plus difficile à cuisiner.

Des grains de KernzaDes grains de Kernza produits par l'Université du Manitoba. Photo : Radio-Canada / Trevor Lyons

Le maître-boulanger de Tall Grass Prairies, Loïc Perrot, pense cependant qu'il va y avoir « une utilisation [de la céréale] très diversifiée et intéressante en cuisine, en boulangerie et en nutrition ».

Pour faire un bon pain de Kernza, il faut la mélanger avec d'autres farines, dit-il, mais c'est une bonne céréale pour des produits comme les crêpes, les muffins ou les craquelins.

« Moi je la mélange environ à 30 %. Je pense qu'on pourrait même aller à 50 % de farine de Kernza dans mon pain », affirme le boulanger.

Une plante qui pourrait changer l’agriculture canadienne

Difficile de prédire quelle sera la réponse du marché envers la Kernza.

Les optimistes diront que la céréale pourrait atteindre les marchés dès 2020, d'autres parlent plutôt de 10 ans avant que la plante soit commercialisée.

Doug Cattani affirme que déjà, une cinquantaine de producteurs agricoles ont signalé leur intérêt.

« Je vais en envoyer à des producteurs l’an prochain pour qu’ils l'essayent dans un ou deux hectares et qu’ils apprivoisent l’espèce », affirme le chercheur.

Seul le temps nous dira si cette céréale a le potentiel de devenir la prochaine grande réussite de l'agriculture canadienne, après le canola.

Manitoba

Agro-industrie