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Créer son entreprise à l'école secondaire

L'entreprise Multimédia Matawinie, fondée par des élèves de l'école secondaire des Chutes à Rawdon, offre notamment des services de sonorisation.

Des élèves de l'école secondaire des Chutes à Rawdon apprennent les rudiments de l'entrepreneuriat grâce à Multimédia Matawinie (M3).

Photo : Radio-Canada / Dominic Brassard

Radio-Canada

Fonder de vraies entreprises dans le cadre d'un programme scolaire. Cette idée, développée par le Carrefour Jeunesse Emploi Matawinie dans le nord de Lanaudière, contribue à la persévérance scolaire et au développement économique régional. Une dizaines d'entreprises ont ainsi vu le jour dans quatre écoles publiques et privées de la région, lesquelles sont gérées par des étudiants du secondaire.

Un texte de Dominic Brassard de l'émission Le 15-18

« Au départ, je pensais que ce serait l'élite de l'école qui participerait [au projet] », affirme le directeur général du Carrefour Jeunesse Emploi Matawinie, Bruno Ayotte. « Mais à sa grande surprise, le programme est aussi devenu une source de motivation pour des jeunes qui n'aimaient pas l'école ».

Tout a commencé par un appel au bureau du Carrefour Jeunesse Emploi. Une société publique, propriétaire d'un camping à Saint-Michel-des-Saints, voulait confier la gestion des lieux à des jeunes. Bruno Ayotte a alors eu l'idée d'impliquer le milieu scolaire pour développer l'incubateur Jeunes entrepreneurs de la Haute-Matawinie (JEHM). Les entreprises qui y sont rattachées se financent grâce à des dons ou à des subventions. Elles sont administrées par un conseil jeunesse, lui-même supervisé par un conseil d'administration composé d'adultes.

À l'école secondaire des Chutes à Rawdon, les élèves ont fondé l'entreprise Multimédia Matawinie (M3), spécialisée dans la sonorisation, la photographie et la vidéo. Le président du conseil jeunesse, Jérémie Lavallée, un élève de 5e secondaire, affirme que ce projet d'entrepreneuriat l'a motivé à poursuivre ses études.

« J'ai coulé mes mathématiques à 36 % l'année d'avant, dit-il. Quand M3 est sorti, j'ai réussi à me concentrer et à m'impliquer. Et là, j'ai eu 92 % en mathématiques à la fin de l'année », raconte-t-il.

Magda Marciniak et Jérémie Lavallée, deux élèves impliqués dans l'entreprise étudiant Multimédia Matawinie (M3).

Deux étudiants impliqués dans l'entreprise Multimédia Matawinie (M3), Magda Marciniak et Jérémie Lavallée.

Photo : Radio-Canada / Dominic Brassard

À l'école secondaire des Montagnes à Saint-Michel-des-Saints, le directeur adjoint, Gilles Rivest, précise que ce programme permet aux jeunes d'ouvrir leurs horizons. « Les jeunes ont des formations en marketing et sur les différents types d'entreprises qui existent, dit-il. Il y a des jeunes qui, toute l'année, sortent de leurs cours pour aller faire l'administration. Avec la coordonnatrice, ils font les dépôts et les payes. »

Étudiant en 3e secondaire à cette école, Alix Bilodeau, 15 ans, souhaite, dans le cadre de ce programme, ouvrir un centre de paintball. Une résidente lui prête un terrain, à condition qu'il obtienne le changement de zonage nécessaire. Mais ça ne décourage pas Alix Bilodeau. Le jeune entrepreneur affirme que son projet est sur la bonne voie. « Là, en ce moment, mon plan d'affaires est fini, mon budget est pas mal complété et il ne nous reste qu'à attendre une réponse des assurances pour savoir s'ils couvrent le paintball », dit-il.

À Saint-Michel-des-Saints, l'étudiant en secondaire 3 Alix Bilodeau participe au projet d'entrepreneuriat du Carrefour Jeunesse Emploi Matawinie. Il souhaite ouvrir son entreprise de paintball.

Alix Bilodeau, 15 ans, présente le plan d'affaires de l'entreprise de paintball (tirs de balles de peinture) qu'il souhaite démarrer d'ici l'été.

Photo : Radio-Canada / Dominic Brassard

S'il obtient les autorisations nécessaires, son paintball pourrait ouvrir en juin.

Outre le camping et le paintball, une savonnerie, un café et un service de location de vélos électriques font partie des entreprises mises sur pied et gérées par des élèves de l'école secondaire.

Levier économique et social

Pour Gilles Rivest, ces élèves pourraient même un jour contribuer au développement économique régional.

Le directeur adjoint de l'école secondaire des Montagnes à Saint-Michel-des-Saints, Gilles Rivest.

Gilles Rivest est directeur adjoint à l'école secondaire des Montagnes à Saint-Michel-des-Saints. Il s'implique dans le projet d'entrepreneuriat en milieu scolaire.

Photo : Radio-Canada / Dominic Brassard

« Ce qu'on souhaite, en formant des élèves en entrepreneuriat, c'est de diminuer le pourcentage de gens qui quittent la région, indique-t-il. Parce qu'on a beaucoup de jeunes qui nous disent quand ils ont à s'orienter : "Moi, je veux me trouver un métier qui va me permettre de revenir à Saint-Michel-des-Saints". Et c'est ce que permet la création d'une entreprise. »

Le directeur général du Carrefour Jeunesse Emploi Matawinie, Bruno Ayotte, y voit aussi un levier de développement: « [Le milieu] se rassemble autour des jeunes. Et une fois que tu es en lien avec ces partenaires-là, bien tu peux initier d'autres projets », affirme-t-il.

Acquérir de l'expérience

Au Collège Champagneur de Rawdon, des élèves ont fondé l'entreprise À la dérive, un centre de location d'embarcations ouvert durant la saison touristique estivale. Anaïs Drapeau Letort agit à titre de directrice des ressources humaines en plus d'étudier au Collège. « C'est bon pour le CV! Ça paraît bien, dit-elle. C'est une fierté, je pense, pour ma famille de dire : "Ma fille est directrice des ressources humaines pour une compagnie" ».

L'entreprise étudiante À la dérive loue de petites embarcations durant l'été à Rawdon. Ce projet d'entrepreneuriat se fait en collaboration avec le Carrefour Jeunesse Emploi Matawinie.

L'entreprise À la dérive est gérée par des étudiants du Collège Champagneur, en collaboration avec le Carrefour Jeunesse Emploi Matawinie.

Photo : Radio-Canada / Dominic Brassard

Pour Bruno Ayotte, il est clair que cet incubateur d'entreprises permet aux jeunes de la Matawinie d'acquérir de nouvelles connaissances et de se démarquer sur le plan professionnel. Certaines entreprises étudiantes ont même permis la création d'emplois à temps partiel pour des étudiants du secteur.

D'ailleurs, le directeur général du Carrefour Jeunesse Emploi est d'avis que le programme peut être étendu aux autres régions du Québec. « Pour vitaliser un village, c'est clair que de donner cette opportunité-là à des jeunes de 15 ans, de voir que c'est une possibilité d'emploi, ça ouvre la porte [au développement économique] », dit-il.

« Si à 14 ans, tu vois que tu as l'opportunité de partir une savonnerie ou un café étudiant, alors j'imagine qu'à 20 ans, [tu vas] peut-être décider de partir une compagnie d'applications web. Et [tu vas] savoir que ça peut se faire », conclut Bruno Ayotte.

Grand Montréal

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