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chronique

Une fausse nouvelle parmi les contenus les plus populaires sur Facebook en 2017

C'est un portrait du chroniqueur Jeff Yates. Il a l'air exaspéré et il tient son visage dans sa main.

Le chroniqueur Jeff Yates en pleine session d'« empaumage » (« face palm »).

Photo : Radio-Canada / Denis Wong

Jeff Yates

CHRONIQUE - Le palmarès des contenus les plus viraux de 2017 a de quoi faire dresser les poils sur les bras. Les miens, du moins. Il confirme un fait dérangeant : les fausses nouvelles sont non seulement populaires, mais elles sont souvent plus partagées que les vraies nouvelles sur Facebook. Coup d'œil sur ce qui a fait réagir les réseaux sociaux cette année.

L'entreprise d'analyse des réseaux sociaux BuzzSumo dresse chaque année un portrait des contenus les plus populaires sur Facebook (Nouvelle fenêtre). Sans surprise, la vidéo sur YouTube de la chanson Despacito, de Luis Fonsi, a dominé l'année 2017, avec quelque 22,2 millions interactions suscitées sur le réseau social.

Cette version est nettement moins populaire que l'originale, mais elle est meilleure. Ce n'est pas une opinion, c'est un fait.

Vous ne serez pas étonnés d'apprendre qu'une fausse nouvelle s'est aussi glissée au neuvième rang du palmarès. C'est même la troisième « nouvelle » la plus populaire de l'année sur Facebook. Le titre de l'article en question (Nouvelle fenêtre) est « Quelque 20 millions de musulmans manifestent contre le groupe armé État islamique, et les médias de masse n'en parlent pas ». C'est faux.

On voit une photo de milliers de personnes réunies dans une rue. Le titre affirme que « Quelque 20 millions de musulmans manifestent contre l'EI, et les médias de masse n'en parlent pas ». C'est faux. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Fausse nouvelle sur le site Alternative News Network.

Photo : Capture d'écran

L'auteur de l'article affirme que les médias d'information tentent de minimiser l'événement, alors qu'il cite lui-même le quotidien britannique The Independant (Nouvelle fenêtre) (un média de masse) comme source d'information. La marche en question a été abordée dans de nombreux grands médias, que ce soit MSN (Nouvelle fenêtre), Reuters (Nouvelle fenêtre) ou le Washington Post (Nouvelle fenêtre). Donc, ce n'est pas vrai que les « médias ne masse n'en parlent pas ».

De plus, il ne s'agissait pas d'une manifestation, mais plutôt de la marche d'Arbaïn, un pèlerinage annuel effectué par des fidèles chiites en Irak. L'événement a bel et bien eu lieu en dépit des menaces du groupe armé État islamique (EI), mais ce n'était pas une manifestation contre le groupe terroriste, comme l'affirme l'article.

Peu importe, il a été partagé 3,1 millions de fois sur Facebook. Fait curieux : selon le site, l'article a seulement été consulté 1,7 million de fois. C'est donc dire que près de la moitié des personnes qui y ont réagi n'ont même pas pris le temps de cliquer sur l'article et encore moins de le lire.

Tout ça pour dire que les fausses nouvelles ont toujours la cote sur les réseaux sociaux. En fait, il y a peu de vraies nouvelles dans le palmarès, l'essentiel des contenus les plus populaires de l'année étant plutôt des vidéoclips ou des vidéos inspirantes ou contenant des animaux adorables. La nouvelle la plus populaire de l'année - en troisième place dans le palmarès - est l'article de TMZ annonçant le suicide du chanteur de Linkin Park (Nouvelle fenêtre), Chester Bennington.

Vient ensuite, en huitième place, un billet (provenant d'un site de fausses nouvelles basé en Macédoine (Nouvelle fenêtre)) qui affirme que le président américain, Donald Trump, veut forcer les personnes assistées sociales à retourner au travail (Nouvelle fenêtre). La nouvelle est vraie (Nouvelle fenêtre), mais elle est présentée de façon assez biaisée. Il y a aussi un billet de blogue qui relate une étude dont les résultats n'ont pas été validés (Nouvelle fenêtre) par la communauté scientifique. Que dit cette étude? Que le deuxième enfant d'une même famille a plus de chances d'être un criminel. Rien de moins.

À noter aussi que, hormis TMZ, aucun article provenant d'un média d'information reconnu n'apparaît dans les 14 items du palmarès. Zéro. (MISE À JOUR : en fait, une vidéo de The Independent, un quotidien britannique, se retrouve en 11e position. Je me suis trompé puisque plusieurs blogues ont repris la même nouvelle (Nouvelle fenêtre) avec des titres presque identiques. Toutes mes excuses.)

D'autres éléments intéressants du palmarès :

- Les vidéos dominent. Cinq des 14 contenus les plus populaires étaient des vidéos. Les deux plus populaires étaient des vidéoclips musicaux. De plus, 13 des 14 contenus originaux (native), c'est-à-dire qui sont téléversés directement dans Facebook plutôt que partagés, les plus populaires étaient des vidéos.

- Les contenus originaux sont partagés plus souvent. Taux d'engagement moyen d'une publication non originale dans le palmarès : 5,36 millions d'interactions. Pour les publications originales, c'est plutôt 7,76 millions. On voit donc que ces contenus circulent plus, soit une bien mauvaise nouvelle pour les sites qui dépendent de Facebook pour attirer du lectorat vers leurs articles.

Les contenus partisans et l'effet de bulle

On le savait, mais l'analyse de BuzzSumo (Nouvelle fenêtre) le confirme. Les articles politiques « tribaux », c'est-à-dire des contenus créés pour confirmer ou renforcer l'opinion d'un groupe de personnes, fonctionnent drôlement bien sur les réseaux sociaux. Cette catégorie a gagné en popularité en 2017 sur Facebook, fait remarquer BuzzSumo.

« Il semble que les internautes partagent sur Facebook du contenu qui confirme leur appartenance à une "tribu" politique ou leur point de vue. Les publications politiques ont souvent beaucoup plus de partages que de "j'aime" ou de réactions. Il y a des indications que, plus le contenu est partisan, plus la "tribu" qui est visée le partagera. L'effet secondaire de tout ça est bien sûr d'enfermer les utilisateurs dans une bulle. Plus un utilisateur aime du contenu qui concorde à sa "tribu", moins il verra des points de vue divergents », est-il écrit dans l'analyse de BuzzSumo.

C'est une capture d'écran de l'article, avec le logo de l'Huffington Post en haut de page.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Capture d'écran d'un des articles politiques «tribaux» les plus populaires de l'année, un article du Huffington Post intitulé «Je ne sais pas comment vous expliquer qu'on devrait se soucier des autres». L'article, résolument partisan, fustige la réforme de l'impôt américain de l'administration du président, Donald Trump. Selon BuzzSumo, il a été partagé 1,8 millions de fois.

Photo : Capture d'écran

L'effet pervers de Facebook

Au risque de tomber moi-même dans une bulle, cela concorde parfaitement aux résultats de ma petite expérience avec l'algorithme de Facebook, où le pauvre Gérard s'est retrouvé à voir beaucoup de contenu douteux sur son fil d'actualité après avoir réagi à des articles provenant de sources non fiables.

Tout ceci démontre que Facebook, qui n'a pas été conçu comme plateforme de dissémination de nouvelles, peut avoir un effet pervers sur la propagation de l'information. Comme le faisait remarquer le blogueur David Cohn dans cet excellent billet (Nouvelle fenêtre)(sérieusement, allez lire ça, c'est du pur génie), la mission de base de Facebook est de faire miroiter notre identité, et non de nous informer. Nous utilisons Facebook pour montrer au monde qui nous sommes. Nous publions des photos de nos soirées entre amis, nous nous abonnons aux groupes de musique que nous aimons et nous partageons nos états d'âme.

C'est la même chose pour l'information. Quand nous partageons un article, un meme ou une vidéo qui contient de l'information, nous disons moins « ceci est intéressant » et plus « voici une information qui me définit ». Nous partageons souvent du contenu qui renforce notre identité.

Avec cela vient le danger de refuser toute information qui affaiblit notre conception du monde ou, bien sûr, de ne pas vérifier la validité d'une information avant de la partager, puisqu'elle nous réconforte.

En 2018, tentons donc de faire un peu plus attention à ce que nous partageons. Posons-nous ces questions : Pourquoi est-ce que je partage ça? Ça vient d'où? Qui en profite?

Souhaitons aussi ne voir aucun article douteux dans le palmarès à pareille date, l'année prochaine.

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