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Songdo, ville intelligente du futur?

On voit les gratte-ciel de la ville s'aligner au loin le long d'un grand boulevard, où court, parallèlement, une rivière et un parc aménagé en bordure.
Songdo, en Corée du Sud Photo: Radio-Canada / Michel Labrecque

Songdo, en Corée du Sud, est sortie de nulle part en 15 ans. Il s'agit peut-être de la ville la plus intelligente de la planète. Mais voudrait-on y habiter?

Un texte de Michel Labrecque, de Désautels le dimanche

Quand vous débarquez à Songdo, vous voyez des gratte-ciel, de larges avenues et encore des gratte-ciel. Certains sont audacieux, d’autres sont plutôt banals. Il faut apprivoiser davantage Songdo pour comprendre que vous n’êtes pas dans une ville comme les autres.

« Il y a 13 ans, il n’y avait rien ici, raconte l’Américain John Rossant, en fait, c'était plutôt la mer. » Aujourd’hui, c’est une ville de 100 000 habitants.

« Et presque tous les édifices ici sont certifiés LEED, des édifices aux technologies vertes », ajoute le fondateur et président de la New Cities Foundation.

Cet organisme, basé à Montréal, a tenu en juin dernier son colloque annuel à Songdo, cette ville improbable du futur. M. Rossant voulait faire découvrir cette ville nouvelle parce qu’en Asie, au Moyen-Orient et en Afrique, de telles cités sont une partie importante de l’avenir. « Parce que l’urbanisation se poursuit, et il n’y a plus de place dans les grandes métropoles », précise-t-il.

Un centre de contrôle avec plusieurs écrans.L’immense centre de contrôle de la zone de Songdo Photo : Gracieuseté IFEZ

Revenons à la genèse de Songdo : en 2001, les autorités de la Ville d’Incheon, près de Séoul, ont l’idée de créer une zone spéciale qui serait une place forte de l’innovation urbaine, au bord de la mer Jaune.

Les autorités sud-coréennes convainquent la multinationale de l’immobilier Gale de superviser le projet. Gale recrute la prestigieuse firme d’architectes new-yorkaise PDK pour concevoir le plan directeur, le géant de la Silicon Valley Cisco pour s’occuper des réseaux de connectivité et la coréenne Posco, quatrième compagnie d’acier en importance dans le monde, pour assurer la construction.

On voit, à droite, un grand gratte-ciel s'élever vers le ciel. À gauche, quatre édifices plus petits.Le siège social de Posco, à Songdo Photo : Radio-Canada / Michel Labrecque

Un projet fou, pharaonique, une alliance entre le public et le privé, dont le coût estimé est de 40 milliards de dollars américains.

Songdo, ville intelligente?

Treize ans plus tard, Songdo est un laboratoire de la ville intelligente du futur.

Par exemple, vous entrez chez Shelley Choi, au 17e étage d’un immeuble d'appartements. Elle sait que c’est vous qui arrivez, puisqu’elle peut vous voir sur un écran quand vous sonnez à la porte du rez-de-chaussée.

On voit Mme Choi assise à table, dans sa maison, souriant à la caméra.Shelley Choi vit à Songdo depuis cinq ans. Photo : Radio-Canada / Michel Labrecque

Elle peut connaître dans le détail et en temps réel sa consommation d’énergie et d’eau. Elle pourrait aussi bientôt avoir accès à la télémédecine de son appartement.

Et si par hasard elle met dans ses poubelles quelque chose qui pourrait être recyclé, sa « poubelle intelligente » l'en préviendra.

On voit de grandes poches dans une pièce bétonnée servant au tri des matières recyclables.Le système de recyclage à Songdo Photo : Radio-Canada / Michel Labrecque

Aussi, sachez qu’à Songdo on ne trouve pas de camion à ordures, parce qu’on a conçu un système souterrain de collecte qui transporte tous les déchets et les recycle, les brûle ou les enterre, selon les différents types.

« J’aime beaucoup vivre à Songdo », explique Shelley Choi, une employée de l’ONU qui a installé ici son quartier général pour la lutte contre les changements climatiques. Elle y habite depuis cinq ans avec son mari et bientôt un premier enfant.

J’ai vécu à Taipei, Hong Kong, Shanghai, New York, Pékin et Séoul, mais je préfère Songdo, parce que c’est très bien organisé, c’est propre, les gens sont amicaux et civilisés. Vous ne trouverez jamais un sans-abri, c’est très sécuritaire, on peut marcher à l’extérieur à minuit.

Shelly Choi, résidente de Songdo

Une ville sans âme?

On peut aussi ajouter que Songdo compte 40 % d’espaces verts; qu’il y a une école à 10 minutes ou moins de marche partout; que les feux de circulation sur les grandes artères sont « intelligents » et varient selon la circulation en temps réel.

On voit une allée bordée de verdure et un petit pont en bois. En arrière-plan, les gratte-ciel de la ville de Songdo.Le grand parc central de Songdo, un des nombreux espaces verts Photo : Radio-Canada / Michel Labrecque

Songdo a réussi à attirer quelques universités et entreprises importantes. Bref, il y a tout ou presque. Mais où est l’âme? C’est une question que posent beaucoup de visiteurs.

« C’est une ville perturbante », lance Francis Pisani, vétéran journaliste du quotidien français Le Monde, spécialiste des villes intelligentes.

On voit quelques personnes traverser un grand boulevard de Songdo sur un passage pour piétons.Une grande avenue de Songdo : où sont les gens? Photo : Radio-Canada / Michel Labrecque

C’est une ville, a priori, où on n’a pas très envie de vivre, parce que c’est encore un peu vide avec uniquement de grands bâtiments. Une énorme coquille encore pas très remplie.

Francis Pisani, journaliste

C’était le deuxième séjour de M. Pisani à Songdo. Il reconnaît quand même qu’il y a plus de vie et de commerces qu’il y a trois ans. Et qui sait, peut-être que dans cinq ans les choses seront très différentes. Car Songdo est une œuvre inachevée.

« C’est quand même très audacieux », dit l’architecte québécois Hugo Gagnon, qui travaille pour la firme NEUF, un des plus importants cabinets d’architectes au Québec (entre autres concepteurs en partenariat du nouveau CHUM, à Montréal).

Après une ballade piétonnière pour découvrir cette ville, Hugo Gagnon constate qu'il y a « d’excellentes idées, comme les rues qui sont systématiquement séparées en espaces piétons, vélos et autos. »

Il y a aussi une présence végétale très grande, autour des bâtiments. On peut trouver qu’il y a beaucoup de densité, mais la densité est inévitable si on veut des villes qui vont sauver la planète.

Hugo Gagnon, architecte de la firme NEUF
On voit, en perspective, un bassin aménagé entouré de plantes et d'allées piétonnières, entre des édifices de Songdo.La promenade piétonnière et art contemporain, appelée « Canal Walk » pourrait devenir l’âme de Songdo, mais pour certains, elle est trop déserte jusqu'à maintenant. Photo : Radio-Canada / Michel Labrecque

Songdo multipliable?

Près de 100 000 personnes vivent à Songdo. La population pourrait doubler dans les prochaines années.

Les autorités sud-coréennes n’ont pas réussi à attirer autant d’entreprises qu’elles le souhaitaient, ce qui a un peu changé la vocation de la ville. Plutôt qu’une zone économique internationale, la ville est davantage une banlieue de classe moyenne de Séoul, pour le moment du moins.

Et ces investissements pharaoniques de 40 milliards de dollars américains, en valent-ils la peine? Il faut comprendre que la Chine, l’Inde, l’Afrique et le Moyen-Orient ont besoin de créer des villes nouvelles. « Rien qu’en Inde, 700 millions de personnes vont quitter la campagne dans les prochaines années. On ne peut pas les mettre dans des villes comme Delhi ou Mumbai », raconte John Rossant, cofondateur de la New Cities Foundation.

Alors, Songdo est une belle carte de visite pour les Gale, Cisco, PDK et autres multinationales. Il y a plusieurs occasions de répliquer le modèle et de rentabiliser l’investissement.

Francis Pisani lance toutefois un avertissement : il croit qu'on devrait consulter les citoyens dans tous les projets de ville nouvelle. « Et je ne suis pas sûr que ça ait été le cas à Songdo », ajoute-t-il.

Mais quand on construit une ville avant que les citoyens n’arrivent, comment les consulter?

Le reportage de Michel Labrecque est diffusé à Désautels le dimanche, à 10 h, à ICI Radio-Canada Première.

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