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Pénurie de main-d'œuvre en région : un défi aux multiples répercussions

Soudeurs à l'oeuvre dans une usine de Matane.

Soudeur à l'œuvre dans une usine de Matane

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

En 2017, deux importantes entreprises manufacturières de la Gaspésie, LM Wind Power de Gaspé et Verreault Navigation des Méchins, ont lancé des campagnes publicitaires pour recruter des travailleurs. Ces initiatives pourraient être plus nombreuses au cours des prochaines années, puisque la pénurie de main-d'œuvre risque d'être le principal défi des entreprises régionales.

Un texte de Joane Bérubé

Professeure à l’Université du Québec à Rimouski en sciences de la gestion, Catherine Beaudry rappelle qu'Emploi-Québec prédit cette importante pénurie depuis plusieurs années. Elle frappera différemment le marché selon les domaines, mais d'après Emploi-Québec, en 2020, les régions du Bas-Saint-Laurent, de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine ainsi que de la Côte-Nord, compteront plus de postes à pourvoir que d’employés disponibles.

Les problèmes de rétention et d’attraction devraient, dans les prochaines années, être les plus grandes préoccupations des employeurs.

Catherine Beaudry, professeure à l’Université du Québec à Rimouski en sciences de la gestion

Au chantier maritime de Verreault Navigation aux Méchins, le recrutement est déjà un souci.

L’entreprise, qui vient de doubler la capacité de sa cale sèche, projette maintenant d’en élargir la porte pour accueillir de grands navires comme les Panamax, d’une longueur de 295 mètres. Le chantier souhaite lancer les travaux en 2018.

Verreault Navigation est à la recherche d’une cinquantaine d’employés, surtout des journaliers et des soudeurs, et a lancé au cours des dernières semaines une campagne à la télévision locale. « C’est d’être capable d’avoir de la main-d’œuvre pour cette année et aussi dans le futur », commente Richard Beaupré, président et chef de direction pour Verreault Navigation.

Visiteurs au chantier maritime Verreault des Méchins.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Chantier maritime Verreault des Méchins

Photo : Radio-Canada / Léa Beauchesne

Les publicités à la télévision, dans les journaux ou dans les médias sociaux risquent toutefois d’avoir un effet limité, analyse Catherine Beaudry. « C’est intéressant, relève-t-elle, pour se faire connaître, pour développer une marque "employeur", mais cela ne semble pas suffisant pour faire face aux problèmes de main-d’œuvre qui s’en viennent. »

Il ne faut pas penser que ces campagnes vont faire venir des centaines de travailleurs d’un seul coup. C’est un par un qu’ils vont aller les chercher.

Catherine Beaudry, professeure à l’Université du Québec à Rimouski en sciences de la gestion

Effets sur l’économie régionale

L'incapacité des employeurs à pourvoir certains postes commence déjà à se faire sentir, indique Mme Beaudry.

Des employeurs des régions, dit-elle, avouent déjà qu’ils n’arrivent plus à atteindre leurs objectifs, faute de main-d’œuvre. Les petites et moyennes entreprises des régions n’ont pas non plus les moyens financiers pour déployer des campagnes de recrutement de grande envergure.

Chez Verreault Navigation, le problème de main-d’œuvre ne compromettra pas les plans de l’entreprise, mais « ça n’aide pas », admet M. Beaupré.

L’actuelle campagne de publicité permettra à l’entreprise d’évaluer si le recrutement régional lui permettra de répondre à ses besoins lorsque l’agrandissement sera terminé.

Pour contrer la pénurie de travailleurs, certaines entreprises se tourneront vers l’automatisation.

Les crevettes arrivent à l'usine des Pêcheries Marinard à Rivière-au-Renard en Gaspésie.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Usine de transformation de crevettes

Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

D’autres, quand ce sera possible, se tourneront vers la délocalisation pour se rapprocher de bassins de travailleurs plus importants, croit la spécialiste en ressources humaines, Catherine Beaudry. Elle ajoute que les centres urbains pourront compter sur l'arrivée d'une main-d'œuvre immigrante, ce qui n'est pas le cas en région plus éloignée.

La délocalisation n’est pas une avenue pour Verreault Navigation.

Bassin régional et rétention

Richard Beaupré préfère de loin recruter une main-d’œuvre locale, ce qui amplifie le défi.

D’ailleurs, le PDG de Verreault Navigation ne croit pas que les récentes mises à pied au chantier naval Davie, à Lévis, aideront son entreprise à recruter une main-d’œuvre qualifiée.

Les travailleurs de la Davie font de la construction de navires et nous sommes dans la réparation, explique M. Beaupré. « La plupart de ces gens vivent à Québec et ils ont des réticences à déménager en région. Ils veulent rester dans les grands centres. »

De plus en plus, le chantier doit affronter la concurrence des compagnies minières qui offrent des conditions alléchantes. « On a perdu plusieurs de nos gens. Ce sont des jeunes qui n’ont pas de famille, pas d’attache. Dans le Nord, les salaires sont plus hauts que ce qu’on est capable de payer ici », observe M. Beaupré.

La formation a un coût, souligne-t-il, et son entreprise n’a pas les moyens de former quelqu’un qui démissionnerait six mois plus tard.

La rétention de la main-d’œuvre devient donc un élément central de son travail.

Mine du lac Bloom, près de Fermont.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Mine du lac Bloom, près de Fermont

Photo : Radio-Canada / Evelyne Côté

Le candidat idéal de Verreault Navigation est donc un résident de la Gaspésie ou du Bas-Saint-Laurent, qui y vit avec sa famille et ses enfants, et n’a pas envie de s’exiler pour travailler. « On a des pères et des fils qui travaillent ensemble. Les plus anciens ont 20, 30 ans. On essaie d’avoir le maximum pour eux », indique M. Beaupré.

Le soutien du milieu

Selon Catherine Beaudry, les entreprises régionales auront avantage à travailler en réseau pour faciliter le recrutement.

D'autant plus que les petites entreprises ne disposent pas de ressources spécialisées à l’interne. « Il faut voir qu’en région, poursuit Mme Beaudry, il y a énormément de petites entreprises qui n’ont pas de département de ressources humaines, elles n’ont pas d’expertise, ne savent pas comment s’y prendre, et ça devient un frein majeur. »

Sans action concertée, elle estime que c’est l’ensemble de l’économie des régions qui risque d’être pénalisée.

Les employeurs, croit-elle, auront aussi besoin du soutien des organisations de leurs milieux pour que le conjoint d'un nouvel employé, par exemple, puisse obtenir un emploi ou que les enfants s’intègrent aux activités d’une localité. Le recrutement pourrait ainsi devenir l'affaire de toute une municipalité, voire de toute une région.

Gaspésie et Îles-de-la-Madeleine

Emploi