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  • Envoyé spécial
  • La Californie au coeur de la tourmente climatique

    Un pompier prend un moment de répit dans les collines de Carpinteria, au nord-ouest de Los Angeles, en Californie.

    Un pompier prend un moment de répit dans les collines de Carpinteria, au nord-ouest de Los Angeles, en Californie.

    Photo : Radio-Canada / Etienne Leblanc

    Radio-Canada

    La Californie a connu une année mouvementée au point de vue climatique. Et bien qu'on ne puisse affirmer hors de tout doute que les feux qui dévastent le sud de l'État sont liés au réchauffement du climat, on constate tout de même que le cycle des saisons est perturbé.

    Un texte d'Étienne Leblanc, envoyé spécial en Californie

    C'est une année de feu pour la Californie.

    On se souvient des incendies qui ont ravagé la vallée de Napa et la région de Sonoma en octobre dernier. Ils se sont étendus si rapidement que des milliers de personnes ont dû fuir en catastrophe, au péril de leur vie.

    Ce brasier a fait 43 morts.

    Deux mois plus tard, c'est la vaste région de Los Angeles, dans le sud de l'État, qui y goûte. Les feux - il y en a eu cinq en même temps dans la région - refusent de mourir.

    Les plantations d'avocats à Carpinteria, au nord-ouest de Los Angeles, en Californie.

    Les plantations d'avocats à Carpinteria, au nord-ouest de Los Angeles, en Californie.

    Photo : Radio-Canada / Etienne Leblanc

    Dans les deux cas, les incendies ont été nourris par des vents chauds et secs qui naissent à l'intérieur des terres, dans les zones désertiques des États voisins. Le haut désert de l'Utah porte le vent du Diablo vers le nord de l'État, et l'aride Nevada fait naître les vents Santa Ana qui soufflent en direction de la grande région de Los Angeles.

    Ce sont ces vents qui donnent à la Californie son climat si prisé par les Américains. Du temps doux, sec, ensoleillé, dans un climat mixte entre la mer et la montagne.

    Mais ces vents, quand ils soufflent trop fort et quand ils sont trop chauds, comme cette année, peuvent perturber les choses.

    La colline du quartier de Shadow Hills, à Los Angeles, est la proie des flammes.

    La colline du quartier de Shadow Hills, à Los Angeles, est la proie des flammes.

    Photo : Getty Images / Mario Tama

    Tempête parfaite

    Et cette année, en Californie, toutes les conditions étaient réunis pour la tempête parfaite. Il y a d'abord eu un hiver pluvieux qui a fait croître une végétation luxuriante dans les montagnes du sud de l'État. Ensuite, l'État a connu un des étés les plus chauds et les plus secs de son histoire moderne.

    Les broussailles et les buissons engraissés par la pluie de l'hiver sont alors devenus le combustible parfait pour le feu.

    Se sont combinés à cela des vents Santa Ana exceptionnellement forts dont les rafales à 130 km/h avaient des airs d'ouragan de catégorie 1.

    S'ajoute à cela l'effet de cinq années successives de sécheresse intense. Ainsi, l'humidité qui aurait pu être créée par les pluies de l'hiver s'est évaporée dès les premières chaleurs de l'été.

    Malheureusement, ce genre de scénarios risque de se produire plus souvent à l'avenir, augmentant ainsi les risques d'incendie.

    Un homme marche dans la rue avec, au loin, les feux de forêts qui ravagent la Californie.

    En pleine nuit, les feux sont très visibles.

    Photo : Radio-Canada / Janic Tremblay

    Changements climatiques.

    Ce cycle des saisons, avec davantage de pluie l'hiver que l'été, semble perturbé par les changements du climat puisque les experts prévoient que le contraste sera encore plus grand à l'avenir.

    Les périodes de sécheresse seront plus longues et plus intenses. Les pluies seront plus fortes, sur de plus courtes périodes de temps, et feront pousser le combustible végétal qui, l'automne venu, nourrira le feu.

    La saison californienne des feux se termine normalement vers le mois d'octobre. C'est à cette époque de l'année que les pluies arrivent et mettent fin aux menaces.

    Le problème, c'est que les pluies tombent de plus en plus tard et les précipitations sont concentrées sur des périodes de plus en plus courtes. Les experts prévoient à cet égard qu'à l'avenir, il devrait y avoir moins de pluie à l'automne et que la pluie tombera davantage en décembre et janvier.

    C'est précisément le scénario qui semble s'opérer cette année, puisque la première pluie devrait arriver autour du 20 décembre.

    Photo de la côte californienne où un panache de fumée se répand sur la mer.

    Une photo prise de la côte de la Californie depuis la Station spatiale internationale.

    Photo : Reuters / NASA NASA

    Plus d'incendies sur la planète à l'avenir

    La Californie n'est pas une exception. Les changements climatiques devraient créer le même genre de conditions ailleurs sur la planète. L'air est plus chaud, l'eau s'évapore plus rapidement, ce qui provoque des précipitations plus intenses et concentrées, alimentant la croissance d'une végétation qui brûlera plus facilement, la sécheresse venue.

    La forêt boréale du Canada, les forêts de l'Indonésie, de l'Australie, de la Russie, mais aussi celles de la Méditerranée, comme on a pu le voir au Portugal l'été dernier, sont toutes à risque.

    Feux de forêt et banquise arctique

    Et si on en croit une récente recherche de chercheurs californiens, la fonte de la banquise arctique devrait contribuer davantage aux feux de forêt.

    Selon ces experts du Lawrence Livermore National Laboratory et de l'Université de la Californie à Berkeley, la disparition de la glace arctique perturbera la circulation atmosphérique dans le Pacifique-Nord, ce qui empêcherait les tempêtes hivernales provenant du nord d'atteindre la Californie. Cette situation créera des conditions favorables aux sécheresses.

    Jerry Brown, le gouverneur de la Californie, n'a pas l'intention de rester les bras croisés. Depuis l'arrivée de Donald Trump à Washington, il est devenu le meneur américain sur la question climatique.

    De passage dans la région touchée par les feux, il en a profité pour faire une mise en garde à ses concitoyens : « Les feux de forêt plus fréquents seront la nouvelle norme. »

    La vérité fait mal. Mais souvent, il vaut mieux qu'elle soit dite.

    Environnement