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Newtown, une tragédie qui n’a rien changé... ou presque

On voit l'affiche de l'école en gros plan. Derrière, les arbres dénudés de feuilles et un ciel bleu.

L'école Sandy Hook, à Newtown, au Connecticut.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Arnould

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Le 14 décembre 2012, 20 enfants et six adultes étaient abattus à l'école Sandy Hook, au Connecticut. À l'époque, Barack Obama avait enjoint aux Américains et au Congrès de changer les choses en resserrant le contrôle des armes à feu. Cinq ans plus tard, qu'en est-il?

Un texte de Frédéric Arnould

Ne cherchez pas les couloirs ou les classes de l’école où la fusillade a eu lieu en 2012. L’école primaire a été démolie, puis reconstruite. Pour y avoir accès aujourd’hui, il faut passer par une guérite de contrôle.

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L'école Sandy Hook reconstruite, à Newtown, au Connecticut

Photo : Radio-Canada / Frédéric Arnould

Ne cherchez pas non plus la maison où a eu lieu le premier meurtre perpétré par Adam Lanza, dans sa propre maison, là où il a tué sa mère avant d’aller fusiller les enfants et les adultes. Pour ne plus qu’il y ait de traces du tueur, le conseil municipal de Newtown a voté la démolition de cette maison. Aujourd’hui, il ne reste qu’un terrain dévoré par les mauvaises herbes dans ce quartier cossu de la petite ville.

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Le terrain où était située la maison du tueur, démolie en 2015.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Arnould

Tout ce qu’il reste cinq ans plus tard, ce sont 26 parcs pour enfants disséminés sur la côte est des États-Unis. Chacun est dédié à l’une des victimes. Une photo, quelques phrases sur une marquise et c’est tout. Bref, après avoir enterré ses 26 morts, Newtown a enterré sa honte. Un peu comme si rien de tout cela n'était arrivé il y a cinq ans.

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Un parc pour enfants construit à la mémoire d'une des victimes de la tuerie de l'école Sandy Hook.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Arnould

Une fusillade inventée?

C'est d'ailleurs ce que veulent faire croire les conspirationnistes, aujourd'hui encore. Il suffit de faire une recherche sur le web pour se rendre compte que les histoires échafaudées par ceux qui pensent que Newtown était en fait une tragédie inventée de toutes pièces pullulent.

Pour les adeptes de la théorie du complot tels qu’Alex Jones, la fusillade n’était qu’un complot fomenté par ceux qui voulaient renforcer le contrôle des armes à feu. Les conspirationnistes estiment que les parents des victimes étaient des acteurs payés et que certains enfants n’existaient même pas. Bref, la fusillade n’était qu’une mise en scène, selon eux. C'est presque un symptôme du déni de la société américaine face au débat sur les armes à feu. Car depuis Newtown, rien n'a vraiment changé. En fait, pas tout à fait.

Un contrôle des armes à feu « adouci »

Par exemple, plus d'une vingtaine d'États ont adouci leur propre loi pour étendre le droit du port d'armes dans les écoles, les églises ou encore les aéroports. Car la logique diffusée par la National Rifle Association (NRA) et son président, Wayne Lapierre, est la suivante : « La seule façon d’arrêter un méchant gars avec une arme, c’est un bon gars avec une arme ».

Une poignée d'autres États comme la Californie, l’État de Washington, l’Oregon ou New York (des États démocrates) ont quand même renforcé les vérifications d'antécédents pour ceux qui veulent acheter des armes ou ont même banni la vente d'armes d'assaut. Mais rien n'empêche un résident d'aller dans l'État voisin pour acheter tout ce qu'il veut en vente libre.

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Cimetière où repose une des victimes de la fusillade de l'école Sandy Hook

Photo : Radio-Canada / Frédéric Arnould

Le Congrès sourd au changement

Depuis Newtown, le Congrès américain a rejeté plus d'une centaine de projets de loi sur le contrôle des armes à feu.

Après chaque tragédie, c'est la même rengaine : « Il y a un temps pour chaque chose, mais aujourd'hui on doit unir le pays ». Ce sont entre autres des propos tenus par Sara Huckabee Sanders, porte-parole de la Maison-Blanche au lendemain d’autres fusillades récentes. De la véritable musique pour les oreilles du lobby des armes à feu, NRA en tête, qui au cours des 20 dernières années, a dépensé plus de 200 millions de dollars pour se faire entendre auprès des politiciens du Congrès.

Les victimes s’accumulent

Résultat : depuis Newtown il y a cinq ans, il y a eu plus de 1500 fusillades meurtrières aux États-Unis qui ont fait plus de 1800 morts et plus de 6000 blessés. Orlando, Las Vegas, Virginia Tech ou Sutherland Springs, au Texas, sont autant de fusillades qui ont littéralement écrasé le record de nombre de morts lors de la tuerie de Columbine en 1999, qui avait pourtant marqué les Américains. Mais dans ce pays où il y a presque autant d'armes en circulation que de citoyens, difficile de faire bouger les choses.

Le reportage de Frédéric Arnould est présenté au Téléjournal dès 21 h sur ICI RDI et 22 h sur ICI Radio-Canada Télé.

Espoir de poursuite

Cinq ans après la tuerie, les parents des victimes de l'école Sandy Hook s'accrochent à un dernier espoir : celui d'obtenir le droit de poursuivre les manufacturiers d'armes à feu, qui font la promotion démesurée de leurs produits.

Ce ne sera pas facile, car depuis 2005, Washington a accordé en grande partie l'immunité aux fabricants d'armes lorsque leurs produits sont impliqués dans des crimes. Un combat donc presque perdu d'avance, mais nécessaire, selon les parents qui ne veulent pas que leurs enfants soient morts assassinés pour rien.

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