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Ottawa confirme l'achat d'avions de chasse d'occasion de l'Australie

Un CF-18 des Forces armées canadiennes.

Photo : La Presse canadienne / Jason Franson

Radio-Canada

Le gouvernement canadien met ses menaces envers le constructeur américain Boeing à exécution. Ottawa a confirmé mardi l'achat de 18 F-18 d'occasion de l'Australie au coût de 500 millions de dollars ainsi que la relance d'un appel d'offres pour l'achat de 88 chasseurs neufs. Ces derniers devront être livrés d'ici 2025.

Après une plainte de Boeing, le département américain du Commerce avait imposé cet automne des tarifs punitifs de 300 % aux avions de la C Series de Bombardier. « [Boeing] ne devrait pas s'attendre à ce qu'on leur achète des avions s'ils attaquent Bombardier », avait alors soutenu le premier ministre Justin Trudeau.

Ainsi, les appareils australiens serviront de chasseurs de transition en attendant l’achat des avions neufs, mais aussi de réserve de pièces pour réparer les vieux CF-18 canadiens. Ils permettront également à l’aviation canadienne de remplir ses engagements envers l’OTAN et le NORAD.

« Nous avons besoin de ces avions de chasse de toute urgence, ils nous aideront à combler une lacune pour un bon moment », a déclaré le ministre de la Défense nationale, Harjit Sajjan.

Les alliances du NORAD et de l’OTAN forcent le Canada à détenir un certain nombre de chasseurs prêts à décoller en tout temps. Les avions canadiens, c'est-à-dire les 80 CF-18, sur un total de 138, qui sont toujours en service, peuvent voler jusqu’en 2025, selon l’aviation canadienne.

Les premiers appareils australiens, des Hornet « Classiques », devraient commencer à arriver au Canada en janvier 2019, selon les premières estimations. Les États-Unis devront toutefois avaliser la transaction, puisque le manufacturier original de ces avions est américain.

Des avions d'occasion

Les appareils australiens ont près de trois décennies, soit à peu près le même âge que les avions canadiens. Ils ont également la même configuration de base. Ils sont toutefois proches de la « fin de leur vie utile », selon le gouvernement qui souligne que les chasseurs auront besoin d’un « entretien régulier contre la corrosion ».

En octobre dernier, des experts de la défense australienne ont déclaré à CBC que le pays avait peu d’acheteurs pour ses chasseurs d'occasion et que la vente au Canada s’avérait plus facile que la plupart des autres propositions. Ils estiment notamment que le Pentagone n'exigera pas que toute la technologie sensible soit retirée de l'avion.

« Il est difficile de moderniser un aéronef vieillissant sans ajouter trop de poids », a déclaré l'amiral américain à la retraite Bill Gortney, dans une entrevue publiée mardi par le Woodrow Wilson Centre de Washington.

M. Gortney a également prédit que l'achat des appareils australiens ne mettrait pas fin aux difficultés du Canada à produire suffisamment d'aéronefs pour toutes ses missions.

Il est de plus en plus difficile de trouver des pièces détachées pour ces vieux modèles.

L'amiral américain à la retraite Bill Gortney

Les équipes d’entretien sont obligées de « cannibaliser » certains appareils pour permettre aux autres de voler. L’ancien amiral ajoute qu’on ne peut prolonger indéfiniment la vie de ces appareils sans en venir à mettre la sécurité des pilotes en danger.

Le commandant de l’Aviation royale canadienne, s'adressant à CBC avant l'annonce, a déclaré qu'il n'avait « absolument » aucune préoccupation en matière de sécurité au sujet de ces avions de chasse d'occasion. Le lieutenant-général Mike Hood a dit qu'ils auront toutefois besoin d'une mise à niveau pour continuer à voler jusqu'en 2025, un entretien déjà effectué sur les CF-18.

« Ils seront soumis aux mêmes normes rigoureuses de navigabilité et de sécurité aérienne que notre flotte actuelle », a déclaré M. Hood à CBC.

Le reportage de Jean-Michel Leprince

Le ministre Sajjan et sa collègue des Travaux publics, Carla Qualtrough, ont officialisé la nouvelle déjà parue sur Radio-Canada.ca la semaine dernière et, du même souffle, ont annoncé le lancement d’un nouvel appel d’offres pour remplacer sa vieille flotte de CF-18, un processus qui prendra encore plusieurs années.

Le différend avec Boeing

Les libéraux avaient dit, au cours de la campagne électorale de 2015, qu’ils n’achèteraient pas les chasseurs F-35 de Lockheed Martin que les conservateurs s’étaient engagés à acheter. Ils avaient choisi d'acheter des appareils Super Hornet de Boeing.

Mais, contrariés par les agissements de Boeing et des Américains, les libéraux ont décidé de retirer l'avionneur de la liste des « partenaires de confiance ». En dépit de cette décision d’Ottawa, aucun avionneur ne sera exclu de l’appel d’offres pour remplacer la totalité de la flotte de chasseurs canadiens.

Nouveau retour à la case départ

En tirant un trait sur les 18 chasseurs Super Hornet de Boeing, le gouvernement canadien relance le processus de renouvellement de sa flotte d'avions de chasse qui compte 88 CF-18.

L'ajout des 18 appareils australiens portera la flotte canadienne à 94 appareils en 2019.

Ottawa relancera ainsi l'appel d'offres pour l'achat de 88 avions neufs en 2019. L'appel d'offres des conservateurs contenait 65 appareils.

Le contrat, d'une valeur estimée de 15 à 19 milliards de dollars, sera attribué en 2022 et les premiers appareils devraient être livrés aux Forces canadiennes à compter de 2025.

« Les postulants devront assurer des retombées économiques au Canada de l’ordre de la valeur du contrat », soutient le communiqué du gouvernement qui a ajouté une clause qui cible clairement l'avionneur Boeing: « S’il est établi à l’évaluation des propositions qu’un soumissionnaire nuit aux intérêts économiques du Canada, ce soumissionnaire sera nettement désavantagé ».

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