•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  • Envoyé spécial
  • Face aux feux de la Californie, tout le monde est égal

    Un pompier devant une maison en flammes.

    Un pompier regarde, impuissant, une maison entièrement en flammes dans la vallée de San Fernando, au nord de Los Angeles.

    Photo : Reuters / Gene Blevins

    Radio-Canada

    Le brasier qui brûle le sud de la Californie n'épargne personne. Sur son chemin, les pauvres, les riches et les très riches se retrouvent soudainement dans le même bateau. Dans cette Californie qui abrite les plus fortunés de la planète, le feu devient soudainement le dénominateur commun de toutes les classes sociales. Face à lui, tout le monde est équitablement vulnérable.

    Un texte d'Étienne Leblanc, envoyé spécial en Californie

    Le « Golden State » n'aura jamais si bien porté son nom. Les flammes qui consument les forêts et les zones en friche du sud de la Californie donnent à la région une étrange couleur dorée. De grandes zones d'un jaune intense qui traduit l'urgence de la catastrophe.

    Automobiles dans une rue sous un ciel enfumé

    Les microparticules émises par les brasiers détériorent la qualité de l'air en Californie.

    Photo : Radio-Canada / Étienne Leblanc

    Des quartiers qu'on a l'habitude de voir dans les émissions de potinage hollywoodien font aujourd'hui les manchettes des médias traditionnels à cause du feu qui les menace.

    Les flammes sont cruelles dans le fait qu'elles ne distinguent pas les classes sociales, détruisant sur son passage les manoirs, calcinant les voitures de luxe et tuant les chevaux des riches propriétaires équestres.

    Le brasier a ceci de particulier qu'il avance sans discriminer. Il fait souffrir autant les PDG que les travailleurs agricoles, les magnats de l'immobilier autant que les locataires, les rentiers autant que les mères monoparentales.

    Le citoyen de Houston, Larry Colb.

    Le citoyen de Houston, Larry Colb.

    Photo : Radio-Canada / Etienne Leblanc

    Mais n'est-ce pas le lot de toutes les catastrophes naturelles? Pas toujours. On l'a vu à Houston à la suite du passage de l'ouragan Harvey, où les quartiers les plus cossus ont été ensevelis sous l'eau. On l'a vu en Floride, avec les ouragans Irma et Maria, sur la côte est (ouragan Sandy), à Porto Rico (ouragan Maria).

    Mais en contrepartie, de nombreuses catastrophes ont frappé surtout les moins nantis. La Nouvelle-Orléans vient spontanément en tête à cet égard, où ce sont les quartiers les plus pauvres des pauvres qui ont été surtout frappés.

    Photo de l'ouragan Katrina.

    Le 29 août 2005, l'ouragan Katrina déferlait sur la Nouvelle-Orléans.

    Photo : Radio-Canada

    C'est la même chose en général avec les séismes. Un séisme de magnitude 7,0 à Port-au-Prince tuera beaucoup plus de monde qu'un tremblement de terre de magnitude 9,0 au Japon. Les plus pauvres sont souvent les plus vulnérables.

    Mais cette règle s'applique de moins en moins en Californie.

    Juchés sur leur colline de Santa Barbara, surplombant l'océan Pacifique, les plus riches peuvent peut-être construire des maisons assez solides pour résister aux tremblements de terre, mais ils n'y peuvent pas grand-chose quand le feu arrive à leur porte.

    Vestiges d'une maison incendiée.

    Les vestiges d'une maison rasée jusqu'au sol par le feu à Ventura, en Californie.

    Photo : Radio-Canada / Caroline Girard

    L'enfer au royaume du plaisir

    Rien ne symbolise plus cet état de fait que le précédent épisode de feu californien, celui qui a frappé la mythique vallée de Napa et de Sonoma.

    Cette terre du plaisir extrême, région vinicole mondialement connue pour ses nectars magiques et ses tables mémorables, est le symbole même de ce paradoxe.

    Quarante-trois personnes sont mortes des suites du brasier qui a frappé la région. 43! Le feu s'est répandu si rapidement que les résidents ont été trappés près de leur propriété.

    Un vignoble plongé dans la fumée dans la vallée de Napa

    Une épaisse fumée recouvre le vignoble de Patrice Breton, en Californie.

    Photo : Patrice Breton

    La Californie ne fait pas exception à la règle de l'amnésie collective face aux catastrophes naturelles.

    De tout temps, cet État a toujours été frappé par les feux de forêt. Les collines habillées de forêts, de broussailles et de buissons brûlent depuis des millénaires. Quand on la laisse tranquille, la nature fait bien son travail.

    L'histoire de la Californie s'est écrite avec le feu.

    Mais les dernières décennies ont vu un rapprochement rapide entre les zones à risques et les zones habitées. Les Américains ont adopté ces collines en bordure des villes, surplombant le Pacifique, et en ont fait leur maison.

    Les risques d'incendie sont pourtant bien connus. Mais le développement urbain s'opère tout de même, il gruge sans cesse du terrain sur ces terres et rapprochent les citoyens des zones qui brûlent.

    Résultat : le département de l'Agriculture prévoit que les coûts associés aux de forêt en Californie vont doubler d'ici 2050.

    Et pourtant, dans quelques années, on aura oublié, et on reconstruira. Même si on sait que la saison des feux est plus longue qu'avant. Même si on sait que c'est une zone potentiellement dangereuse.

    Pourquoi cela? Allez, tentez une réponse.

    Vous brûlez…

    Ainsi va l'amnésie collective face aux catastrophes naturelles.

    Qu'on soit riche ou pauvre, elle s'étend.

    Amériques

    International