•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Quelle histoire la vidéo virale de l'ours polaire qui meurt de faim raconte-t-elle?

Un ours polaire amaigri et Leo Ikakhik

Le surveillant d'ours polaires Leo Ikakhik précise que l'ours polaire qui fait l'objet d'une vidéo virale dans Facebook n'est pas forcément victime des changements climatiques.

Photo : Radio-Canada / SeaLegacy

Radio-Canada

Alors qu'une vidéo virale d'un ours polaire squelettique dans le Nord canadien fait le tour du monde comme avertissement des effets des changements climatiques sur la faune, un Nunavutois qui travaille auprès des immenses mammifères affirme qu'il ne faut pas tirer de conclusions hâtives.

Depuis 2010, Leo Ikakhik surveille les activités des ours polaires à proximité d’Arviat, une petite communauté située sur la côte ouest de la baie d’Hudson. L’homme inuit travaille avec des organismes, dont le Fonds mondial pour la nature (WWF), afin de réduire le nombre de mortalités des immenses mammifères ainsi que de les garder à l’écart des populations humaines.

« Tout le monde était probablement choqué de voir un ours aussi maigre, mais ce n’est pas la première fois que je vois des choses de même », avoue M. Ikakhik.

Les images, vues plus de 22 millions de fois sur Facebook, ont été captées en juillet par Paul Nicklen, un photojournaliste canadien qui travaillait pour l’organisation de conservation SeaLegacy.

Dans le vidéoclip, l’ours polaire est sur l'île de Baffin et apparaît émacié, l'écume à la bouche, en train de fouiller dans un baril en métal à la recherche de nourriture. L’ours a sorti du baril ce qui ressemblait à un morceau de siège d’une motoneige pour le manger.

Les dernières heures d'un ours polaire

La scène a ébranlé les photographes et l'équipage, explique Cristina Mittermeier, cofondatrice de SeaLegacy. « C’était incroyablement choquant » de voir cet animal à ce stade avancé de famine, a-t-elle ajouté.

Bien qu’elle ne puisse confirmer que l'état de l’ours polaire dans les images est victime de changements climatiques, Mme Mittermeier affirme que le groupe soupçonne la fonte des glaces marines.

Une question de malchance

M. Ikakhik n’en est tout de même pas convaincu.

L’Inuit soupçonne plutôt que la bête était malade ou bien qu’elle se remettait d’une ancienne blessure qui l’avait rendue incapable de chasser.

Un ours polaire dans la toundra dans la région de Churchill.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Un ours polaire dans la toundra dans la région de Churchill.

Photo : Alex Beatty/Centre d'études nordiques de Churchill

Il dit voir souvent des ours polaires bien portants et bien nourris dans l’Arctique, et rappelle que certains animaux « sont tout simplement malchanceux ».

Il cite, à titre d’exemple, le cas d’un ours polaire qui s’était cassé la patte et ne pouvait plus s’occuper de lui-même, et que des gens de la communauté ont dû euthanasier.

Je viens du Grand Nord. Je ne mordrais pas à cet hameçon-là.

Leo Ikakhik, surveillant d’ours polaires

« Je ne blâmerais pas le changement climatique. C’est tout simplement une étape de la vie d’un animal, sa situation à lui », enchaîne-t-il.

Des effets néfastes

Plusieurs études font état de l’impact négatif de la fonte de la glace marine sur les populations d’ours polaires.

Selon une récente étude publiée en décembre 2016 dans la revue scientifique Royal Society, la population mondiale des ours polaires pourrait diminuer de plus de 30 % au cours des 35 prochaines années.

En outre, le déclin rapide de la glace de mer dans l'Arctique réduit gravement la saison de chasse des ours polaires, d’après une étude publiée en septembre 2016 dans le journal scientifique The Cryosphere.

Un ours polaire sur la banquise entre Iqaluit et QikiqtarjuaqAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Un ours polaire sur la banquise entre Iqaluit et Qikiqtarjuaq

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Les ours blancs comptent sur la glace pour avoir accès à leurs sources alimentaires principales. Dans l'Arctique canadien, les hivers deviennent de plus en plus courts, et la glace fond avant que les ours aient pu assembler assez de nourriture pour les maintenir en vie pendant l'hibernation.

Ian Stirling, un professeur auxiliaire de l'Université de l'Alberta qui étudie les ours polaires depuis 40 ans, affirme qu'en raison des changements climatiques la période durant laquelle les ours peuvent s'alimenter dure maintenant trois semaines de moins.

La période d'alimentation diminue progressivement, ce qui fait que les ours arrivent sur la terre ferme avec des réserves de graisse moins importantes et sur lesquelles ils doivent compter pendant plus longtemps, certains n'y arrivant tout simplement pas, explique M. Stirling.

Un ours polaire assis sur une masse de glace dans le détroit de Lancaster, près de l'île de Baffin. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Un ours polaire assis sur une masse de glace dans le détroit de Lancaster, près de l'île de Baffin. Selon des scientifiques, les températures dans l'Arctique montent deux fois plus vite qu’ailleurs sur la planète, mettant les animaux qui dépendent de la glace encore plus en danger.

Photo : Radio-Canada / Jimmy Thomson

Les ours polaires sont capables de se priver de nourriture pendant des mois. M. Stirling précise toutefois qu'un jeûne légèrement plus long et une période plus courte pour faire des réserves de graisse en dévorant un nombre suffisant de phoques pourraient condamner de plus en plus d'ours à mourir de faim.

« Des ours mourants, ça arrive »

Leo Ikakhik souligne qu’il n’est pas en train de nier l’existence des changements climatiques, ni les effets de ceux-ci dans le Nord. Toutefois, il s’objecte à ce qu’une seule séquence filmée soit utilisée pour brosser un portrait plus général de la situation.

« Des choses comme ça, des ours mourants, ça arrive », dit-il.

Radio-Canada a envoyé à SeaLegacy une demande de commentaires complémentaires.

Mme Mittermeier avait avoué, vendredi, qu’en fin de compte, ce qui est arrivé à cet ours-là n’avait pas d’importance.

« Ce qu’il faut retenir, c’est qu’il était affamé, a-t-elle lancé. Et, au fur et à mesure que la glace marine fond, de plus en plus d’ours polaires mourront de faim. »

Avec les informations de CBC

Changements climatiques

Environnement