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Cultiver la vigne européenne en sol québécois

On voit des pieds de vigne cultivés en rang dans une serre. De gros tuyaux noirs courent de pied en pied.

Au Vignoble du Ruisseau, à Dunham, la culture se fait en serres, de mai à septembre.

Photo : Claude Fafard

Radio-Canada

Certains vignerons ont décidé de redorer le blason des vins rouges du Québec. Ils cultivent avec succès des vignes européennes en sol québécois à grand renfort de technologie.

Un texte de Julie Vaillancourt, de La semaine verte

On a longtemps accolé une étiquette peu flatteuse aux vins québécois. Certains vignerons ont décidé de renverser la vapeur et de produire des vins rouges de meilleure qualité que ceux qu’on avait l’habitude de boire dans la province.

Pour y arriver, ceux qui planchent sur la « recette magique » misent sur les vitis vinifera, une variété de vigne européenne qui produit les vins les plus appréciés dans le monde, comme les cabernets sauvignons, les merlots ou les pinots noirs.

Mais ces cépages sont plus sensibles au froid que les cépages hybrides qu’on fait traditionnellement pousser au Québec comme le seyval, le Lucy Kuhlman ou le Maréchal Foch.

Pour que les cépages européens survivent à l’hiver, les vignerons québécois rivalisent d’ingéniosité technologique.

À commencer par Normand Lamoureux, copropriétaire du Vignoble du Ruisseau, à Dunham, dans les Cantons-de-l'Est. L’homme d’affaires, qui a fait fortune dans le domaine de la construction résidentielle, s’est reconverti à la culture de la vigne en 2008 en ne ménageant aucun effort pour réaliser son rêve.

Vue aérienne du vignoble. On voit les rangées de vignes et les serres, avec, en arrière-plan, la forêt de Dunham aux couleurs d'automne.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les installations du Vignoble du Ruisseau, à Dunham

Photo : Claude Fafard

« Je me suis demandé pourquoi on avait de la difficulté à faire de bons vins rouges au Québec », dit le vigneron.

C’est parce qu’on n’a pas assez de degrés-jours pour faire mûrir suffisamment les raisins rouges et obtenir le taux de sucre nécessaire pour être capable de faire des vins qualitatifs.

Normand Lamoureux, copropriétaire du Vignoble du Ruisseau
On voit M. Lamoureux de face, dans une serre, qui parle à la caméra.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Normand Lamoureux, copropriétaire du Vignoble du Ruisseau, à Dunham, en Estrie

Photo : Radio-Canada

Les degrés-jours mesurent l’accumulation de chaleur pendant une saison donnée. À Dunham, il y en a 1150; en Bourgogne, haut lieu de la production du pinot noir, 1400. De là l’idée d’augmenter le nombre de degrés-jours grâce à des serres qui allongent la saison de mûrissement du raisin.

Cela permet à Normand Lamoureux de produire, outre le pinot noir, du merlot et du cabernet sauvignon, deux cépages qui font la renommée de la région française de Bordeaux.

Serres et géothermie

Au Vignoble du Ruisseau, la culture des grappes de raisins a lieu de mai à septembre dans des serres trois saisons. L’hiver venu, les serres sont démontées et les petits arceaux de métal qui encerclent les pieds de vigne sont recouverts de toile.

On voit des rangées de pieds de vigne en hiver ou au printemps, entourés d'arceaux métalliques.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des arceaux de métal encerclent les pieds de vigne et seront recouverts de toile.

Photo : Claude Fafard

La tente ainsi formée est chauffée par un système de géothermie alimenté avec du glycol alimentaire qui circule dans des boyaux de PVC le long des vignes.

Sans compter qu’un autre système de géothermie a été installé sous la terre, lors de la plantation du vignoble, ce qui permet de chauffer les pieds de vigne au printemps pour faire fondre la neige.

L’idée ne plaît pas à tous, à commencer par la sommelière Michelle Bouffard qui organisait cet automne une conférence internationale sur l’impact des changements climatiques sur le vin. La présidente de la section britanno-colombienne de l’Association canadienne des sommeliers professionnels considère qu’on subit trop souvent la nature plutôt que de s’y adapter.

« Si on commence à installer des serres pour faire pousser des bananiers, il y a quelque chose qui ne tourne pas rond », affirme-t-elle, faisant ainsi une analogie avec l’idée d’utiliser des serres pour faire pousser des cépages qui ne pousseraient pas autrement au Québec.

« Écoutons notre microclimat et adaptons-nous à lui », mentionne Michelle Bouffard, qui plaide pour des méthodes plus douces et plus respectueuses du terroir.

On voit Mme Bouffard qui parle à la caméra.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Michelle Bouffard, sommelière

Photo : Radio-Canada

L’une des méthodes qui trouvent grâce à ses yeux est celle utilisée par Yvan Quirion, du Domaine St-Jacques, à Saint-Jacques-le-Mineur, en Montérégie.

L’homme, passionné par la culture du vin, produit plusieurs crus issus de cépages hybrides, les vignes qu’on cultive avec succès au Québec depuis les années 80. Il s’est lui aussi laissé tenter par l’aventure des vitis vinifera, pourtant réputées impossibles à cultiver au Québec.

Je voulais fermer la gueule de mes collègues qui disaient que c’était impossible. Il n’y a pas de raison qu’on ne fasse pas de très bons rouges, on a des terroirs des dieux, au Québec.

Yvan Quirion, propriétaire du Domaine St-Jacques
On voit trois personnes examiner les grappes de raisin rouge dans un grand bac, au vignoble.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Yvan Quirion (à gauche), au moment des vendanges au Domaine St-Jacques, à Saint-Jacques-le-Mineur, en Montérégie.

Photo : Radio-Canada

N’empêche, ses débuts avec les cépages européens ont été difficiles.

« La première année, en 2008, on a perdu 60 % de nos vignes, mais au lieu de dire : "Ça ne marche pas", j’ai dit : " Il y en a 40 % qui ont survécu!" », dit-il en éclatant d’un grand rire.

« On m’annonçait l’apocalypse avec ces cépages-là, particulièrement le pinot noir. » De toute évidence, la catastrophe ne s’est pas produite.

Le reportage de Bernard Laroche et Julie Vaillancourt est diffusé à La semaine verte, samedi, à 17 h, à ICI Radio-Canada Télé.

Toiles géotextiles

Sa planche de salut : des toiles géotextiles qui recouvrent les pieds de vigne pendant l’hiver et les protègent lorsqu’il fait -20 °C ou encore plus froid.

« J’ai voulu développer une technique de protection hivernale avec une tente. J’ai commencé avec des polythènes et toutes sortes d’isolants pour finalement arriver avec des géotextiles qu’on a fait développer par des fournisseurs », explique-t-il.

« On a développé des tissages particuliers [...] pour nous donner un gradient isolant d’environ 10 °C. Quand il fait -28 °C, sous la toile géotextile, il fait -18 °C ». Outre le pinot noir, Yvan Quirion produit aujourd’hui d’autres cépages européens comme le gamay, le merlot, le cabernet franc et la syrah.

On voit des ouvriers dérouler, à l'aide d'un tracteur, de grandes toiles et les fixes sur les rangs de vignes.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Une toile géotextile est installée sur les vignes pour les protéger du froid.

Photo : Radio-Canada

Tous ces efforts devraient porter leurs fruits. La sommelière Michelle Bouffard est optimiste. « Ça change, on a des belles surprises », dit-elle.

Quand on est une nouvelle région viticole comme le Québec et qu’on se compare à la France ou l’Italie, on est en apprentissage c’est certain, mais ça devient de plus en plus facile. Et je pense que le meilleur est à venir pour le Québec.

Michelle Bouffard, sommelière
On voit les barriques qui contiennent le vin, alignées dans la cave aux murs de brique.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les caves du Vignoble du Ruisseau, à Dunham.

Photo : Radio-Canada

Depuis quand fait-on du vin au Québec?

En 1608, lorsque Samuel de Champlain s’est installé sur le site de la future ville de Québec, il y a planté des vignes françaises, des vitis vinifera, qui n’ont pas survécu au premier hiver.

Au 19e siècle, la viticulture renaît lorsque certains vignerons importent des États-Unis des hybrides rustiques plus résistants au froid. Charles Gibbs, un viticulteur de la Montérégie, réussit même à cultiver 47 variétés de raisins sur le mont Yamaska, des hybrides nord-américains et des croisements européens.

Mais il faut attendre 1985 pour que la première véritable vigne québécoise – hybride et rustique – voie le jour : le Vandal-Cliche, un cépage blanc. Ce cépage a été élaboré par deux spécialistes du croisement de la vigne : Joseph-O. Vandal, considéré comme le père de la viticulture moderne au Québec, et Mario Cliche, un enseignant de l’Institut de technologie agroalimentaire de Saint-Hyacinthe.

Aujourd’hui, les principaux cépages rustiques cultivés au Québec sont :

– pour le blanc : le Vandal-Cliche, le Vidal et le Saint-Pépin;

– pour le rouge : le seyval, le Lucy Kuhlman, le De Chaunac, le Maréchal Foch, le Sainte-Croix et le sabrevois.

Enfin, le frontenac se décline en blanc et en rouge.

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