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Québec mise sur le revenu minimum garanti pour sortir 100 000 personnes de la pauvreté

Le compte rendu de Camille Simard
Radio-Canada

Le gouvernement Couillard a présenté dimanche son plan d'action de lutte contre la pauvreté, dans lequel figure l'instauration d'un revenu minimum garanti pour les personnes qui ont des contraintes à l'emploi sévères. Le plan, qui inclut des investissements de près de trois milliards de dollars, a pour objectif de sortir 100 000 personnes de la pauvreté.

« Il y a des gens qui ne sont pas capables d’avoir d’emplois, même si on leur donne tous les programmes du monde. Il faut amener ces gens-là à un niveau de revenu qui correspond au seuil de pauvreté défini par Statistiques Canada et d’autres, le panier de service [par exemple]. On va y arriver et peut-être même le dépasser. Et ça, on ne s’était jamais fixé cet objectif-là et c’est vraiment important », a présenté le premier ministre Philippe Couillard en conférence de presse.

Ainsi, dès 2018, une personne seule devrait recevoir 876 $ de plus par année. En 2023, ce montant devrait atteindre 5280 $ pour un revenu de base annuel de 18 000 $.

Cette mesure toucherait jusqu’à 84 000 personnes au Québec.

Seul problème, la loi devra être changée afin d’y inclure ce revenu minimum garanti. Le gouvernement ne s’en inquiète guère et affirme que cela devrait être fait d’ici 2023. Le projet de loi pourrait même être déposé avant la fin du mandat actuel.

Avec ce plan pour les cinq prochaines années, Québec mise aussi sur plusieurs incitatifs favorisant le retour au travail de personnes qui bénéficient actuellement de l'aide sociale.

Dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre dans plusieurs domaines, le gouvernement insiste sur l’intégration économique et ce jusque dans le libellé même du plan de lutte à la pauvreté d’aujourd’hui qui se nommera dorénavant le « Plan d’action gouvernemental pour l’inclusion économique et la participation sociale ».

Au total, c’est près de 43 mesures qui devraient être mises en place d’ici 2023. Du nombre, les primes au travail seront bonifiées, il y aura une augmentation des montants de l’exemption des revenus de travail et le programme objectif-emploi prévoit des allocations plus généreuses. Par contre, certaines pénalités pourraient aussi voir le jour pour les personnes qui n’accepteraient pas de participer au programme.

Accueil mitigé du plan par les organismes de lutte à la pauvreté

« Ce qu’il y a d’intéressant avec la mesure, c’est qu’on reconnaît enfin qu’une personne qui est considérée comme en contrainte sévère à l’emploi doit [être assuré d’un] minimum vital », a présenté Serge Petitclerc, porte-parole du Collectif pour un Québec sans pauvreté.

Cependant, il voit un problème dans l’annonce du gouvernement. En ne s’attaquant pas aux autres catégories de personnes assistées sociales ou en situation de pauvreté par exemple, Québec crée une division entre les catégories de personnes à faibles revenues. « Comme s’il y avait des bons pauvres, ceux qui ont des problèmes de santé [et qu’ils vont aider], et les autres [qui devront] aller sur le marché du travail. »

M. Petitclerc est aussi d’avis que les pénalités qu’imposera Québec à ceux qui ne participeront pas au programme objectif-emploi ne font qu’éloigner encore plus ces gens de la réussite. Cela lui laisse croire que « ce n’est pas un plan de lutte à la pauvreté, mais un plan d’insertion à l’emploi ».

Ce matin, en entrevue à RDI, Jean-Paul Faniel, coordonnateur de la Table de concertation sur la faim et le développement social du Montréal métropolitain, disait également que, selon lui, l’objectif du gouvernement était « peu ambitieux ».

« Le portrait de la pauvreté, ce n’est pas des chiffres. La pauvreté, c’est des personnes qui vivent difficilement, qui arrivent de peine et de misère à surnager. La pauvreté s’accompagne d’une misère de la vie de tous les jours », a-t-il ajouté.

De son côté, la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) estime que le plan dévoilé dimanche représente un « effort significatif », mais qui demeure « malheureusement encore nettement insuffisant ».

Pour Louise Chabot, présidente de la CSQ, les sommes annoncées par Québec permettront certes de hausser le revenu de base des personnes ayant des contraintes sévères à l'emploi, mais qu'elles « ne bénéficieront toujours pas de la marge de manoeuvre pour faire des choix et surmonter les imprévus ».

On déplore par ailleurs le maintien de mesures coercitives et de pénalités « pour les gens incapables de se conformer au plan d'intervention et d'intégration à l'emploi ».

Avec les informations de Stéphanie Tremblay

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