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250 infirmières françaises victimes d'iniquité salariale au Québec

Des infirmières françaises manifestent contre une iniquité salariale

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Un litige empoisonne actuellement les relations entre la France et le Québec : dans une quinzaine d'hôpitaux de la province, quelque 250 infirmières françaises qui se sont installées au Québec avant 2014 sont moins bien payées que celles qui s'y sont installées après 2014, à qualification et expérience égales.

Un texte de Catherine François

À l'origine du problème : les établissements en question ne leur reconnaissent pas leurs années d'expérience. Cette situation d'iniquité est dénoncée par plusieurs, mais dure depuis bientôt quatre ans.

Il y a un an, ces infirmières ont manifesté à Montréal pour dénoncer cette situation, mais le problème n’est toujours pas réglé.

Différentes interprétations

Il tient sa source d’une entente signée en février 2014 entre la France et le Québec sur la reconnaissance du diplôme français des infirmières installées au Québec.

Cet accord, mieux connu sous le nom de ARM (pour Arrangement de reconnaissance mutuelle), a permis aux infirmières françaises de se faire payer comme cliniciennes (plutôt que comme techniciennes) et de faire reconnaître leurs années d’expérience.

Si la majorité des hôpitaux québécois ont fait les ajustements salariaux nécessaires pour se conformer à cette entente, une quinzaine d’entre eux ne s’y sont conformés qu’à moitié, car ils n’ont pas reconnu aux infirmières qui se sont installées au Québec avant 2014 – date de la signature de cet accord – les années d’expérience qu’elles avaient. Elles sont donc moins bien payées que celles qui sont arrivées après 2014.

« Certains centres hospitaliers ont fait comme si nous étions nouvellement diplômées en mars 2014. Donc, en fait, pour ma part, j’ai perdu à peu près 10 000 dollars par an de salaire », explique Marie-Laure Necade, une infirmière française qui s’est installée au Québec en 2008.

Les 250 infirmières françaises réclament donc à ces établissements des arriérés salariaux qui avoisinent les 5 millions de dollars. « C’est une somme qui nous est due; c'est du travail que nous avons effectué », déclare Marie-Laure Necade.

Une iniquité reconnue

Tous les intervenants dans ce dossier reconnaissent l’iniquité dont sont victimes ces infirmières, mais il reste à déterminer qui va payer : les établissements hospitaliers concernés à même leurs budgets de fonctionnement, ou l’État québécois par une enveloppe spéciale?

Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, lance la balle dans la cour des hôpitaux. « Ma position est que l'accord doit être appliqué tel qu'il est, et ça n'a pas été le cas partout; [c'est] donc aux institutions de régler leurs problèmes, dit-il. Nous, on l'a dit aux institutions : "Vous avez quand même une responsabilité, il faut l'observer". »

Au Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM), principal hôpital francophone de Montréal et celui qui emploie le plus d’infirmières françaises, on réplique qu’on n’a pas les budgets pour verser à la centaine d’infirmières concernées les 2,3 millions de dollars qu’elles réclament. Mais on se dit « en mode solution ».

Le président du syndicat des infirmiers et infirmières du CHUM, Guy Brochu, en doute. Il croit que seul le premier ministre Philippe Couillard peut régler le problème. « Il faut qu’il intervienne dans le dossier pour dire : "Vous allez reconnaître l’expérience de ces infirmières françaises", dit-il. Cela ne va se régler qu’avec de la pression politique, cette situation ».

Un avis partagé par l’infirmière Marie-Laure Necade. « Qui va donner le O.K. pour qu'on soit payées? demande-t-elle. On en appelle maintenant au premier ministre. C'est à lui de donner les directives pour qu’effectivement, on ait la rétroaction qui nous est due, depuis quatre ans, dans son intégralité. »

Une question de reconnaissance

Dans l’espoir de faire bouger les choses, les infirmières du CHUM ont fait appel à la consule de France à Québec, Laurence Haguenauer. Elle a écouté leurs arguments et a fait des représentations auprès du ministre Barrette, mais aussi des plus proches conseillers du premier ministre Couillard.

La consule a bon espoir que la question se débloque et elle dit constater une volonté de régler le problème.

« Je pense qu'aujourd'hui, il n'y a plus d'interrogation sur la légitimité de la demande de ces 250 infirmières, mais il faut déterminer qui va payer, constate-t-elle. C'est un sujet qui relève des autorités québécoises. »

Elle souligne que les infirmières françaises ont été recrutées pour faire fonctionner les hôpitaux québécois.

« [Elles] sont venues ici avec beaucoup de volonté et d'engagement, et [elles] sont très contentes d'être là, dit-elle. Alors c’est une question de reconnaissance aussi pour ces infirmières. Ce, d’autant plus que des infirmières françaises, les hôpitaux québécois continuent d’en recruter. »

Ces infirmières françaises ont bon espoir que ce dossier, dans lequel les intervenants ne cessent de se renvoyer la balle, se règle prochainement. Elles ont hâte de tourner la page, après presque quatre ans de combat mené sur plusieurs fronts.

« Ça fait 12 ans que je suis ici; j'aime le Québec, c'est ma maison. J'aime travailler, j'aime ce que je fais, je me donne à 100 % pour offrir des soins sécuritaires et de qualité aux patients. Mais cette histoire, c’est vraiment une épine dans le pied de tout le monde, et à tous les niveaux, et cette épine, il faut absolument qu'on l'enlève et puis qu'on passe à autre chose », conclut Marie-Laure Necade.

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