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Utiliser des chaussettes parce que c'est moins cher que les serviettes hygiéniques

Denise McDonald croit que les serviettes hygiéniques et les tampons devraient être plus accessibles au Manitoba

Photo : Radio-Canada / Wildinette Paul

Radio-Canada

Près de 92 000 Winnipégoises seraient incapables de s'acheter les produits hygiéniques féminins dont elles ont besoin chaque mois, selon le Centre de ressources à l'éducation sexuelle. Des intervenantes qui travaillent auprès d'organismes pour femmes dressent le portrait de la situation.

Un texte de Wildinette Paul

Tricia Shingoose a du mal à s’acheter des serviettes hygiéniques ou des tampons. Pour elle, les règles sont tout un casse-tête.

Les serviettes hygiéniques et les tampons coûtent beaucoup d’argent.

Tricia Shingoose, Winnipégoise

« Savoir que je peux en avoir gratuitement quelque part, c’est en quelque sorte une bénédiction et ça aide », affirme Mme Shingoose. À cette étape de son cycle menstruel, elle se rend au Centre pour femmes West Central de Winnipeg pour obtenir ces produits de première nécessité.

Tricia Shingoose au centre pour femmes West Central.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des Winnipégoises se rendent tous les jours de leurs règles à des centres de la ville pour avoir droit à des serviettes hygiéniques ou des tampons

Photo : Radio-Canada / Fernand Detillieux

Les femmes qui en font la demande à l’organisme reçoivent seulement quatre serviettes pour une journée. Ce qui n'est pas toujours suffisant. Certaines marques populaires recommandent de changer de protection toutes les trois heures.

Une forte demande

Des cas comme celui de Tricia Shingoose sont fréquents, assure le Centre pour femmes. « C'est un grand besoin dans la communauté », affirme la directrice des communications, Denise McDonald.

Des centaines de femmes réclament des produits d’hygiène féminine, et l’organisme distribue des milliers de serviettes et de tampons quotidiennement. « C’est beaucoup plus répandu qu’on le pense, précise Denise McDonald. On a aussi une forte population qui vit dans une situation de pauvreté, et les histoires que nous entendons ici sont les mêmes que dans des camps de personnes réfugiées. »

C'est vraiment difficile pour une femme qui doit choisir entre des serviettes hygiéniques, être propre et la nourriture ou des vêtements pour son enfant.

Denise McDonald, directrice des communications West Central Women’s Ressource

L'organisme n'a pas les ressources pour répondre à la demande, admet Mme McDonald. « Nous avons la capacité de donner ce que l'on donne. C'est difficile d'aller plus loin et nous faisons ce que nous pouvons. »

« De l’argent sur le dos des femmes »

« Une femme menstruée au début de son adolescence jusqu’à sa ménopause, [à raison de trois à six jours par mois] ça totalise à peu près sept ans de vie », explique Blandine Tona, coordonnatrice au Centre de ressources à l'éducation sexuelle.

Blandine Tona.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Pour Blandine Tona, les produits d'hygiène féminine ne sont pas un luxe, mais une nécessité

Photo : Radio-Canada / Fernand Detillieux

D'ailleurs, les Canadiennes menstruées entre 12 et 49 ans dépensent près de 520 millions de dollars en produits pour les règles, a révélé en 2015 le site canadianmenstruators.ca. Pour Blandine Tona, ces produits sont tout sauf du luxe.

On commence à se faire de l'argent sur le dos d'un besoin primaire de personnes avec des organes génitaux féminins. Donc, c'est un peu difficile.

Blandine Tona, coordonnatrice au Centre de Ressource d’éducation sexuelle

Des solutions de rechange peu hygiéniques

Des histoires de femmes qui trouvent des solutions de rechange, Blandine Tona, tout comme Denise McDonald, en ont entendu plus d’une.

« Des femmes me racontent qu'elles utilisent une serviette par jour. Je me demande comment elles font », déclare Mme Tona. Elle ajoute que certaines font l’usage de serviettes lavables : « Il y a en qui se les échangent entre elles, mais on ne sait pas dans quelles conditions ces lingettes sont lavées. »

« J’ai déjà entendu l'histoire d’une femme qui utilisait des chaussettes parce que c’était moins cher que les serviettes », mentionne Denise McDonald.

Pour venir en aide aux plus démunies, un groupe de l’Université de Winnipeg collecte des serviettes hygiéniques et des tampons. « On veut ouvrir des conversations avec la communauté pour [diminuer les obstacles auxquels] beaucoup de femmes [se heurtent] », dit Alexandria Kazmerik, secrétaire au Global College. « Même pour moi, c’est difficile, alors qu’en est-il pour une femme qui a une famille et qui n’a pas beaucoup d’argent? »

En 2015, le Canada a décidé d'abolir la taxe fédérale sur les serviettes hygiéniques, les tampons, les ceintures hygiéniques, les coupes menstruelles et tous les autres produits similaires. Si cela demeure un bon début, les intervenantes considèrent que cette initiative est insuffisante.

Elles encouragent le gouvernement à réviser ses politiques et aimeraient les voir gratuites et plus accessibles tout comme les condoms le sont dans les centres et les établissements scolaires.

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