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L'ex-entraîneur de ski Bertrand Charest a des projets d'affaires

L'ex-entraîneur de ski Bertrand Charest.

Avant d'être condamné à 12 ans de prison, Bertrand Charest abordait de façon très positive sa libération éventuelle.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Bertrand Charest prépare sa sortie de prison en faisant des plans pour démarrer de nouvelles entreprises. Des rapports déposés à la Cour cet automne révèlent que l'ancien entraîneur de l'équipe canadienne junior de ski alpin, détenu depuis mars 2015, aborde de façon très positive sa libération éventuelle. C'était avant de se faire imposer une peine de 12 ans de détention pour crimes sexuels.

Un texte de Geneviève Garon

« Le justiciable n'est toutefois pas démuni, profitant de sa période d'incarcération pour préparer l'investissement de deux nouvelles compagnies. Il envisage de s'associer avec son beau-frère ainsi qu'un codétenu », écrit l'agente de probation Karine Leduc-Simard, dans un rapport présentenciel au sujet de Bertrand Charest, daté du 5 octobre dernier.

Le détenu de 52 ans, qui a une formation d'ingénieur mécanique et une maîtrise de HEC Montréal, lui a mentionné « être suffisamment aisé monétairement pour ne pas travailler » et avoir l'intention de s'investir « auprès de personnes fantastiques pour grandir » et non pas pour faire de l'argent.

Avant d'être arrêté, les deux entreprises de Bertrand Charest, Gesthink inc. et Think Glass Le verre repensé inc., lui auraient permis d'engranger un salaire annuel de 150 000 dollars. Son associé assumerait la direction en son absence.

Au moment de tenir ces propos, Bertrand Charest s’attendait à se faire imposer une peine de deux à trois ans de détention. Or, ce vendredi, le juge l’a plutôt condamné à 12 ans de pénitencier, desquels il faut soustraire la détention préventive : il lui reste donc sept ans et dix mois à purger.

Il veut renouer avec ses deux enfants

Même si Bertrand Charest n'a pas vu son garçon et sa fille depuis son arrestation il y a plus de deux ans et demi, il a confiance de pouvoir renouer facilement avec eux.

« Concernant ses enfants, le justiciable dit entretenir un lien "fantastique" avec les deux. Faisant référence à son absence, il énonce que tout se répare avec l'amour », apprend-on dans le rapport de Mme Leduc-Simard.

Sa mère prépare une fête

Selon ses dires, l'ex-entraîneur de ski a des amis très compréhensifs qui l'attendent à sa sortie et « plusieurs croiraient que ses gestes ne sont pas immoraux. »

La mère de Bertrand Charest a d'ailleurs mentionné qu'elle soutient « entièrement » son fils et que « la famille lui préparait une grande fête pour souligner sa libération », comme il est indiqué dans le rapport d'évaluation psychosexuelle du psychologue Eric Bergeron en date du 21 septembre dernier.

Si Bertrand Charest est débouté en appel, il devra toutefois être patient puisqu’en principe, il sera admissible à aller en maison de transition dans 25 mois et pourra faire une demande pour une libération conditionnelle totale dans 31 mois. Et rien ne garantit que la Commission des libérations conditionnelles du Canada, qui accorde beaucoup d'importance aux remords exprimés par un délinquant, tranchera en sa faveur.

Il aurait plus « évolué » que sa conjointe

La conjointe des seize dernières années de Bertrand Charest semble s'être éloignée dans les derniers mois.

Le détenu a d’ailleurs modifié son testament en août afin de la retirer des bénéficiaires. Il a déclaré à Eric Bergeron que sa conjointe a été « la seule » à être ébranlée par le processus judiciaire.

« Il considère de son côté avoir plutôt bénéficié de son expérience pour évoluer et donc, ne plus être au même "niveau émotionnel" que madame. »

Le psychologue souligne le manque d'empathie et de compréhension du détenu.

Thérapie : il ne voit pas l'utilité

Malgré sa condamnation pour 37 crimes de nature sexuelle sur neuf jeunes athlètes, Bertrand Charest ne ressent pas le besoin de faire une thérapie.

« Monsieur se dit d'avis qu'avec tout le cheminement accompli depuis 20 ans, il ne voit pas l'utilité d'autres démarches », note le psychologue.

Pour sa part, l'agente de probation qualifie de « saugrenue » l'idée de Bertrand Charest d'aller donner des conférences dans les écoles afin d'informer les jeunes athlètes de « leurs responsabilités à prendre à l'égard de leurs émotions envers leurs entraîneurs. Il désirerait prévenir les jeunes que les entraîneurs peuvent être ceux qui "vont payer plus tard" à l'égard de leurs comportements. »

Peu d'interventions possibles

Si les professionnels s'entendent que le risque de récidive sexuelle de Bertrand Charest est faible, ils sont préoccupés par le fait qu'il semble « incapable d'une remise en question réelle », rapporte Éric Bergeron.

Des détenus comme lui avec une personnalité narcissique seraient difficiles à traiter et l'intervention « est rarement efficace », estime le psychologue. « Présentement, nous n'avons perçu aucune fissure dans l'édifice narcissique du prévenu qui permettrait à l'intervention de prendre place. »

Bon espoir de gagner en appel

En discutant avec le psychologue, Bertrand Charest affirme que sa bataille devant la Cour d'appel sera une « formalité » et a bon espoir de l'emporter.

« Le sujet considère n'avoir agressé aucune des victimes, mais laisse entendre que le consentement était peut-être ''vicié''. Pour plusieurs, c'est pas grand-chose », aurait mentionné l’ex-entraîneur à Éric Bergeron.

Karine Leduc-Simard souligne que le quinquagénaire considère « avoir simplement contribué à des peines d'amour et que ce serait la société qui interprète la présence d'une illégalité à l'intérieur de ses gestes. »

Lors des observations sur la peine, le mois dernier, les neuf victimes de Bertrand Charest ont confié au tribunal avoir souffert d'anxiété, de honte et de dépression à la suite des agressions. L'une lui a aussi reproché d'avoir « volé son enfance » et l'a traité de « monstre ».

Ce qu'il a dit :

Des extraits du rapport d'évaluation psychosexuelle :

« J'étais pas en amour avec des adolescentes, mais avec des filles qui des fois étaient des adolescentes. » - Bertrand Charest

« Les filles ont dit que je savais que c'était pas correct, si elles le savaient, c'est qu'elles n'étaient pas nounounes. » - Bertrand Charest

« Le prévenu prétend que les plaignantes lui avaient même reproché d'être trop à leur écoute. Monsieur nous explique avoir senti que la situation allait finir par se savoir. ''À force de dire non à l'une, non à l'autre, ça l'a explosé.'' »

« Il mentionne avoir été ''parachuté'' comme entraîneur des filles puisqu'un autre entraîneur ne voulait absolument pas diriger ''des plottes''. »

Justice et faits divers