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Le coût du Brexit? Entre 60 et 68 milliards de dollars

La première ministre britannique Theresa May est accueillie par le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, à Bruxelles.

Photo : Reuters / Yves Herman

Radio-Canada

Les Britanniques devront finalement verser entre 60 et 68 milliards de dollars à l'Union européenne (UE) en guise de partage des dettes et des actifs dans la foulée du Brexit, a finalement dévoilé le gouvernement de Theresa May.

Il s’agit d’un montant plus élevé que celui mentionné par le première ministre May en septembre dernier, mais moins que de nombreuses estimations qui circulaient jusqu’ici. La facture devra être réglée en quatre ans.

L'information tant attendue a été rendue publique alors que le Royaume-Uni et l'UE viennent finalement de boucler la première phase des négociations entourant le Brexit. Ces discussions portaient sur les modalités du divorce entre les deux parties, prélude aux discussions commerciales tant attendues.

Après des mois de lents progrès, les événements se sont accélérés depuis lundi jusqu'à cette rencontre à Bruxelles entre la première ministre britannique, Theresa May, et le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker.

Moins d'une heure après le début de la rencontre, la commission, qui mène les négociations sur la sortie du Royaume-Uni au nom de l'UE, a annoncé qu'elle estimait que des progrès suffisants avaient été réalisés dans trois domaines clés.

Il s'agit de la gestion de la frontière entre l'Irlande et la province britannique d'Irlande du Nord, du règlement financier de la séparation et des droits des citoyens expatriés.

La frontière irlandaise au coeur du litige

Cette rencontre matinale, annoncée au dernier moment, a couronné une nuit intense de négociations pour tenter de parvenir à cet accord, qui achoppait notamment sur la question de la frontière irlandaise.

Satisfaite de l'entente que son gouvernement a négociée, la première ministre britannique Theresa May a assuré publiquement qu'aucune frontière ne sera établie entre l'Irlande du Nord et l'Irlande, qui, elle, demeure au sein de l'UE.

En Irlande du Nord, nous garantirons qu'il n'y aura pas de frontière dure.

Theresa May, première ministre du Royaume-Uni

La chef du gouvernement britannique s'est aussi félicitée du passage à la phase suivante des discussions sur le Brexit qui porteront sur le commerce et la sécurité.

Le premier ministre irlandais Leo Varadkar a lui aussi salué ce premier accord qui marque, selon lui, « la fin du début des négociations ».

« Nous avons réalisé tout ce que nous avions prévu de réaliser au cours de la phase  . Nous avons les assurances et les garanties dont nous avons besoin du Royaume-Uni », a déclaré Leo Varadkar, soulignant qu'il n'y aura « aucune infrastructure physique » à la frontière entre l'Irlande et la province britannique d'Irlande du Nord.

Je suis convaincu que des progrès suffisants ont été réalisés sur les questions irlandaises. Les paramètres ont été fixés et ils sont bons

Leo Varadkar, premier ministre irlandais

Dublin s'est aussi réjoui des garanties obtenues sur la protection de l'accord du Vendredi saint, entente conclue en avril 1998 qui avait mis fin à 30 années de violence entre les nationalistes et les unionistes nord-irlandais.

L'avenir de la frontière entre l'Irlande et l'Irlande du Nord était le dernier obstacle majeur à l'ouverture de la deuxième phase des négociations.

Les gouvernements britannique et irlandais étaient parvenus en début de semaine à un compromis, mais le Parti unioniste démocrate (DUP), parti nord-irlandais sur lequel Mme May s'appuie pour disposer de la majorité à la Chambre des Communes, y avait opposé son veto.

Le compromis conclu lundi prévoit un « alignement réglementaire » des deux côtés de la frontière entre la République d'Irlande et l'Irlande du Nord. Mais le DUP refusait toute différence de réglementation entre l'Irlande du Nord et le reste du Royaume-Uni.

Selon Philippe Marlière, professeur en sciences politiques à l’University College de Londres, Londres a fait une concession sur la question de l’Irlande.

« La campagne de pro-Brexit avait été menée en disant : ''On sort de l’Union européenne et tout ce qui appartient au Royaume-Uni sort des frontières européennes et de la juridiction'', a dit M. Marlière en entrevue à l’émission Midi info vendredi. Or, il y a déjà une exception avec l’Irlande, puisque [en] Irlande, il y a une partition dans l’île […] Les frontières vont rester ouvertes, ça veut dire que la législation européenne va encore s’appliquer d’une certaine manière puisqu’il y aura un mouvement des personnes entre les deux parties de l’Irlande. »

Durant la phase de transition, il est prévu que le Royaume-Uni demeure dans l’union douanière et dans le marché unique européen et qu’il soit soumis à la législation européenne. Toutefois, il ne participera plus aux décisions de l’UE et n’aura pas le droit de vote dans ses instances.

Les droits des ressortissants protégés

En ce qui a trait à la question entourant le statut et les droits des citoyens de l'UE qui vivent au Royaume-Uni, ou à l'inverse des Britanniques qui vivent sur le territoire de l'UE, ils pourront continuer de vivre, de travailler et d'étudier librement, selon les mêmes règles et dans le pays de leur choix, selon l'accord conclu vendredi.

L'accord avec le Canada comme modèle

« L'Union européenne travaillera sur un accord commercial avec le Royaume-Uni sur le modèle de celui conclu avec le Canada », a expliqué le négociateur en chef du Brexit pour l'UE, Michel Barnier.

« Compte tenu des exigences britanniques, il reste un modèle possible : une entente de libre-échange sur le modèle du Canada [...] Ce sera sur ce modèle-là que nous travaillerons », a expliqué M. Barnier.

Selon le professeur Philippe Marlière, il ne s’agit pas d’une solution viable si Londres veut rester dans l’espace économique européen.

« La Grande-Bretagne, jusqu’à preuve du contraire, se trouve en Europe, soutient-il. Et donc il serait plutôt logique qu’elle se tourne vers ses premiers partenaires économiques, qui sont européens. Ce n'est pas le Canada, ce ne sont pas les États-Unis. Et donc elle se mettrait dans une situation, en termes de commerce, de traités, de droits de douane, qui est tout à fait défavorable, et on se demande bien pourquoi. »

« Pour ceux qui critiquent la position du gouvernement, dit-il, ce sont des reculs qui sont tout à fait inacceptables. »

Qui gagne? Qui perd?

« Quand on regarde de près cet accord, la ligne rouge qui avait été tracée par la première ministre britannique, c’est-à-dire des conditions non négociables en quelque sorte dans le dossier de sortie de l’Union européenne, il y a eu des reculs importants », soutient Philippe Marlière.

« De son côté, l’Union européenne, avec M. Juncker et M. Barnier, finalement ils ont eu ce qu’ils voulaient. »

M. Marlière est d’avis qu’il y a des contents et des mécontents dans les deux camps. Mais il note surtout des réactions « contrastées ».

L’Union européenne garde un profil assez sobre, se satisfait que cette première phase ait été franchie, mais sans plus... tandis qu’à Londres, du côté du gouvernement, on crie plutôt à la victoire, alors qu’il n’y a pas de victoire. Je crois qu’il y a eu surtout des reculs, mais qui ont été nécessaires pour justement garder ces négociations à flot et ne pas sombrer.

Philippe Marlière, professeur en sciences politiques à l’University College de Londres, lors d'une entrevue à Midi info

Une deuxième phase à saveur plus commerciale

Le Conseil européen, instance qui regroupe les dirigeants des États membres, devra maintenant valider le constat de la commission à un sommet le 15 décembre. Cette procédure permettra d'ouvrir la deuxième phase des négociations, qui portera notamment sur la relation commerciale qui unira désormais l'UE et Londres.

Nous savons tous que se séparer est dur, mais se séparer et construire une nouvelle relation est encore plus dur.

Donald Tusk, président du Conseil de l'Union européenne

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, est convaincu d'obtenir ce feu vert de la Commission.

La date d'entrée en vigueur du Brexit est prévue à la fin de mars 2019.

Avec les informations de Reuters, et Agence France-Presse

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