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Cellulaire au volant : des pénalités sévères qui n’ont pas l’effet escompté

Les policiers du Service de police de la Ville de Gatineau ont mené une opération visant à contrer l’utilisation du cellulaire au volant.

Photo : iStock

Radio-Canada

Québec s'apprête à resserrer les règles pour les apprentis conducteurs et l'utilisation du cellulaire au volant. En Ontario, certaines de ces mesures sont déjà en vigueur. Or, malgré des pénalités sévères, la distraction au volant en Ontario est la première cause des accidents de la route. Le gouvernement Wynne souhaite donc, d'ici le printemps, adopter les règles les plus sévères du pays.

Un texte de Christian Noël

« Arrête ici, au feu de circulation. Tourne à droite. Surveille ton angle mort. » Julianna Pazzini suit à la lettre les directives de son instructeur de conduite. Elle a déjà son permis temporaire (G1). Elle souhaite obtenir bientôt son permis permanent (G2).

Comme conductrice en probation, j’ai une liberté limitée. Je peux seulement conduire durant le jour, sous la supervision d’un autre conducteur. Et je n’ai pas le droit de prendre l’autoroute.

Julianna Pazzini, conductrice ontarienne

Certaines limites qui vont bientôt s’appliquer aux jeunes conducteurs du Québec.

Selon le projet de loi que le gouvernement Couillard devrait déposer aujourd’hui, les apprentis conducteurs ne pourront plus conduire la nuit ni transporter plus de trois passagers. Ils devront également être accompagnés d’un titulaire de permis valide. Cependant, ils pourront conduire sur les autoroutes, contrairement aux apprentis conducteurs ontariens.

Des limites qui sont frustrantes pour les jeunes conducteurs, reconnaît Julianna Pazzini, mais qui sont nécessaires.

Quand tu commences à conduire, tu penses tout savoir. Mais quand tout à coup survient une situation imprévue, c’est mieux d’avoir quelqu’un avec toi, pour éviter les erreurs.

Julianna Pazzini, conductrice ontarienne

Baisse d’accidents chez les jeunes Ontariens

Son instructeur, Bob Karmakar, enseigne la conduite depuis plus de 30 ans. Le vrai test pour les jeunes conducteurs, selon lui, survient après celui du ministère des Transports.

Quand les jeunes conducteurs prennent le volant pour la première fois, ils se sentent libres et invincibles. Et parfois, sous la pression des pairs, ils font des choses stupides.

Bob Karmakar, instructeur de conduite

À son avis, limiter un peu la liberté des apprentis conducteurs permet de tempérer les ardeurs et de limiter les situations qui peuvent causer des accidents.

Avant, les accidents chez les Ontariens de 16 à 19 ans survenaient surtout la nuit, avec de jeunes passagers à bord. Dès l’adoption de nouvelles mesures restrictives il y a 20 ans, le nombre d’accidents chez les jeunes a chuté de 31 %.

Mais depuis 4 ou 5 ans, les accidents chez les jeunes ont recommencé à grimper, et ce, pour deux raisons, croit Bob Karmakar : la rage au volant, mais, surtout, la distraction au volant.

Il y a trop de gadgets pour nous distraire : les cellulaires, les tableaux de bord, les GPS. J’ai deux règles pour mes apprentis conducteurs : mains sur le volant et yeux sur la route.

Bob Karmakar, instructeur de conduite

Cellulaire au volant

Dans les locaux de Drivewise à Barrie, tous les accidents sont permis. Et même encouragés. La compagnie se spécialise dans les cours de conduite par simulateur, pour les chauffeurs commerciaux et les particuliers. « Avoir une collision virtuelle, c’est mieux qu’un vrai accident dans la rue, dit le propriétaire Martin de Repentigny. Ici au moins, il y a seulement les égos qui sont blessés. »

Les effets de la distraction au volant sont pervers et difficilement reconnaissables par le conducteur fautif, selon lui.

Le conducteur qui regarde son cellulaire ne voit pas qu’il a frôlé une portière ouverte ou un piéton. Il ne se rend pas compte des quasi-collisions, alors il se sent en contrôle. Mais il ne l’est pas.

Martin de Repentigny, directeur de Drivewise

Il suffit de passer 10 minutes dans un des simulateurs de Drivewise pour s’en rendre compte.

Le simulateur

Voici le scénario : il neige un peu et il faut traverser le centre-ville en voiture, tout en répondant aux textos urgents d’un collègue. Au début, ça va. Ou du moins, ça semble aller. « Tu ne l’as pas remarqué indique M. de Repentigny, mais tu as changé de voie deux ou trois fois sans le vouloir. »

Il y a un feu rouge au loin. Le conducteur commence à ralentir beaucoup trop tôt, pour se donner le temps de lire un texto qui rentre. Les conducteurs derrière lui s’impatientent. « C’est vert, tu peux y aller. Vas-y, vas-y! », lance l’instructeur. Mais c’est un piège. Une fois dans l’intersection, une voiture sur la droite brûle son feu rouge, sans être vue par le conducteur qui répond au texto… et bang!

La distraction au volant a le même effet sur le cerveau que la conduite en état d’ébriété. L’attention est réduite et le temps de réaction aussi.

Martin de Repentigny, directeur de Drivewise

En Ontario depuis le début de l’année, la distraction au volant est la première cause des accidents de la route. Elle est responsable de plus de 6000 collisions, soit plus que la vitesse et l’alcool au volant réunis.

« C’est un gros problème de société que nous avons », lance le constable Guy Prévost, de la Police provinciale de l'Ontario (PPO) à Ottawa. Les gens veulent être branchés en tout temps, même quand c’est inapproprié.

Au lieu d’attendre d’arriver chez eux, ils veulent regarder leur courriel tout de suite dans leur voiture. C’est un comportement qui va prendre du temps à changer, comme avant avec la conduite en état d’ébriété.

Guy Prévost, constable de la PPO, Ottawa.

Serrer la vis

L’éducation doit être partie prenante de la stratégie des gouvernements, croit le constable. Mais à son avis, les pénalités doivent également être augmentées.

C’est justement ce que souhaite faire le gouvernement du Québec. Le projet de loi qui devrait être déposé aujourd’hui doublerait les amendes pour l’utilisation du cellulaire au volant, pour atteindre 600 $ pour un récidiviste multiple.

Mais selon plusieurs experts ontariens, les futures pénalités québécoises seront insuffisantes pour avoir un effet dissuasif. À preuve, l’Ontario a déjà des pénalités semblables, mais n’a pas réussi à faire diminuer la distraction au volant.

L’exemple de l’Ontario

Pour lutter contre ce « problème de société », l’Ontario a décidé de prendre les grands moyens, et de devenir la province la plus sévère contre l’utilisation du cellulaire au volant.

Un projet de loi déposé à Queen’s Park cet automne prévoit des amendes de 1000 $ (première offense), 2000 $ (deuxième offense) et 3000 $ (troisième offense et plus); de 3 à 6 points d’inaptitude pour les récidivistes; et une suspension du permis de conduire, pouvant aller de 3 à 30 jours.

Le gouvernement veut faire mal aux gens en leur enlevant leur véhicule. Si c’est la seule façon de leur faire comprendre que c’est une chose sérieuse.

Guy Prévost, constable de la PPO, Ottawa.

Si ça a fonctionné pour l’alcool au volant, croit le constable Prévost, ça devrait fonctionner pour le texto au volant.

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