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Combien donnent les Canadiens?

Radio-Canada

À l'approche des Fêtes, les campagnes de financement et les guignolées battent leur plein. En 2013, les organismes de bienfaisance ont recueilli 12,8 milliards de dollars, mais d'un bout à l'autre du pays, les Canadiens ne donnent pas de la même façon ni les mêmes montants.

Un texte de Ximena Sampson

Si l'on considère seulement les dons de charité mentionnés dans les déclarations fiscales, ce sont les habitants du Nunavut qui ont donné le plus en 2015, soit un don médian de 570 $ par donateur.

À l’inverse, ce sont les Québécois qui se sont montrés les moins généreux, avec un don médian de 130 $. À l’échelle du pays, la médiane est de 300 $.

Il s’agit ici du don médian, c’est-à-dire que la moitié des dons sont plus élevés que ce montant et l'autre moitié, moins élevés.

Mais ces données ne prennent en compte que les personnes ayant réclamé un crédit d’impôt. Entre 20 % et 25 % des Canadiens le font.

Si on s’attarde plutôt aux données recueillies dans le cadre de l’Enquête sociale générale, menée auprès d’un échantillon de 25 000 personnes d’un bout à l’autre du pays, 82,4 % des Canadiens ont dit avoir fait des dons en 2013, sans avoir nécessairement réclamé des crédits d’impôt.

Il peut s’agir de faibles montants recueillis à l’épicerie, des collectes dans la rue ou de la sollicitation à domicile, ou alors d’un don de denrées ou de vêtements.

Encore une fois, les Québécois ont déclaré donner moins que les autres Canadiens, soit un montant médian de 69 $, contre 220 $ en Saskatchewan et en Alberta. La médiane canadienne est de 125 $.

Le cas du Québec

Qu’est-ce qui explique les dons moins élevés au Québec par rapport aux autres provinces?

C’est avant tout une question de culture, croit Caroline Bergeron, chercheuse associée au Laboratoire montréalais de recherche sur la philanthropie canadienne.

On ne peut pas dire spontanément : les Québécois sont moins généreux. Ce n’est pas ça.

Caroline Bergeron, chercheuse associée au Laboratoire montréalais de recherche sur la philanthropie canadienne

« Il y a eu un retard au Québec dans la création de cette industrie qu’est la philanthropie », croit la chercheuse.

Traditionnellement, les Québécois ont toujours donné à travers l’Église. Ils ont aussi fait le choix de donner au gouvernement le mandat de s’occuper des plus démunis, quitte à payer plus d’impôts, explique Mme Bergeron.

« Avant, c’était le gouvernement et les grandes communautés religieuses qui soutenaient les gens les plus démunis », renchérit Daniel Asselin, président de la firme d’experts-conseils en collecte de fonds Épisode.

Une femme recueille le don d'un automobilisteCollecte de dons pour la guignolée, le 7 décembre 2017 Photo : Radio-Canada

Maintenant, l’État se désengage et les gens se détournent de la religion. Mais « avant d’instaurer une culture philanthropique, ça prend 25 ou 30 ans », soutient M. Asselin.

D'un autre côté, la culture de l’entraide est très développée chez les anglophones. « Dès leur plus jeune âge, dans les écoles primaires, on favorisait le soutien à la communauté, ce qu’on avait moins chez les francophones », ajoute M. Asselin.

Daniel Asselin, dont la firme publie depuis une dizaine d’années une étude sur les tendances en philanthropie au Québec, a cependant constaté au cours des dernières années une augmentation du montant des dons faits par les Québécois, qui serait due à une amélioration de la situation économique, mais aussi à l'élargissement du bassin de donateurs.

« C’est la première fois qu’on voit une augmentation significative du don moyen, qui est passé de 232 $ en 2013 à 252 $ en 2015 », affirme M. Asselin.

C’est le début d’une culture philanthropique francophone qui s’installe au Québec.

Daniel Asselin, président de la firme d’experts-conseils en collecte de fonds Épisode

À qui donne-t-on?

Un peu partout au pays, on donne sensiblement pour les mêmes causes. En tête de liste : les organismes religieux et ceux liés à la santé et aux services sociaux.

Ce sont les églises, mosquées, synagogues et autres institutions religieuses qui remportent la cagnotte avec 5,2 milliards de dollars recueillis en 2013.

Par contre, si on se base plutôt sur le nombre de donateurs, ce sont les organismes liés à la santé, comme les hôpitaux et les centres de réadaptation, les organismes d’éducation en santé ainsi que les fondations liées aux soins de santé, qui arrivent en premier.

Quelque 53 % des Canadiens qui ont donné l’ont fait pour cette cause, contre 33 % pour la religion.

Les grands donateurs (c’est-à-dire les 10 % de donateurs qui versent le plus d’argent) sont ceux qui changent la donne, puisqu’ils versent des montants très importants aux organismes religieux.

Les grands donateurs ont versé 8,4 milliards de dollars en 2013, soit 66 % du montant total des dons.

Renouveler le bassin de donateurs

« Ce sont encore les personnes âgées qui donnent le plus, parce que leur revenu disponible est plus important et parce qu’elles ont l’habitude de le faire », indique Caroline Bergeron.

La chercheuse est cependant optimiste pour l’avenir. « On commence plus jeune à donner », soutient-elle. « Les gens de la génération Y sont plus sensibles à la culture philanthropique que ne l’étaient au même âge les boomers ou la génération X. » Cela s’explique notamment par une sensibilisation au bénévolat et au communautaire dès l’école, croit la chercheuse.

C'est ce que constate également Daniel Asselin. « Depuis plusieurs années, on sent chez les générations plus jeunes un engouement à l’idée de faire partie d’un mouvement philanthropique », affirme-t-il.

Même si ce ne sont pas encore de grands contributeurs, « c’est bon signe pour l’avenir », conclut-il.

Société